Bouaflé, 12 fév 2026 (AIP)-Le directeur régional de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (DRENA) de Bouaflé, Cina Ouattara, a dressé un tableau sans complaisance du fonctionnement de plusieurs écoles primaires de sa circonscription, mercredi 11 février 2026, à l’occasion d’une rencontre-bilan avec les inspecteurs de l’enseignement primaire (IEP), les conseillers pédagogiques et les directeurs d’écoles.
Cette réunion, présidée par le préfet de la région de la Marahoué et préfet du département de Bouaflé, Gonbagui Gueu Georges, tenue à la salle de conférences de la préfecture de Bouaflé, intervient après une série de visites inopinées effectuées par le premier responsable régional de l’éducation dans plusieurs établissements primaires.
Il s’agit d’évaluer le respect des normes administratives et pédagogiques, et rappeler les exigences du ministère.
Au cœur des préoccupations du DRENA figure l’absence de rapports issus des réunions hebdomadaires dans certaines écoles.
« Les réunions hebdomadaires doivent être assorties de rapports. Si ces rapports n’existent pas, pour nous, cela signifie que ces réunions ne se tiennent pas », a-t-il martelé, soulignant que ces documents constituent des outils de vérification essentiels pour l’administration, y compris lors de visites ministérielles.
Selon lui, l’absence de procès-verbaux des réunions de maîtres et de conseils de maîtres empêche toute évaluation objective du travail accompli et fragilise la crédibilité des équipes dirigeantes.
Le constat le plus alarmant demeure, selon M. Ouattara, l’insuffisance voire l’absence de préparations écrites dans plusieurs écoles. Des directeurs, a-t-il affirmé, ne disposent pas eux-mêmes de fiches pédagogiques et ne visent pas celles de leurs adjoints.
« Comment peut-on dispenser un cours sans fiche préparée ? Comment suivre la progression ? C’est un bricolage intellectuel qui mérite correction », a-t-il dénoncé.
Pour le directeur régional, un directeur qui n’est pas à jour dans ses propres préparations ne peut exiger de la rigueur de ses collaborateurs. Cette défaillance compromet non seulement la qualité des enseignements, mais aussi l’encadrement des enseignants stagiaires. Il s’est indigné du fait que certains stagiaires, à quelques semaines de leur certification, ne disposent toujours pas de fiches préparées.
« Quand on n’encadre pas correctement un stagiaire, on met sur le terrain un enseignant mal formé », a-t-il averti, rappelant que la certification doit sanctionner un travail rigoureux et non faire l’objet de pressions ou d’interventions.
Autre sujet d’irritation : la non-distribution des manuels du Programme national d’appui aux premiers apprentissages (PNAPAS) dans certaines inspections, malgré leur mise à disposition par l’Etat.
« Ce sont des documents destinés à aider les enfants à s’exercer à l’école et à la maison. Tant qu’ils ne sont pas distribués, on freine les réformes engagées », a-t-il déploré. Il a également relevé l’indisponibilité des résultats du test ASER et l’absence de fiches de progression dans plusieurs établissements visités.
Le DRENA a, par ailleurs, dénoncé l’absentéisme et les retards constatés dans certaines écoles, où des enseignants arrivent parfois à 9 h, alors que les cours ont déjà débuté.
« Quand vous êtes absents et que vous ne rattrapez pas les heures perdues, vous volez l’enfant et vous volez l’Etat de Côte d’Ivoire », a-t-il lancé, rappelant que le salaire constitue la contrepartie d’un travail effectif.
Contrairement au secondaire, a-t-il précisé, il n’existe pas de plages formelles de rattrapage au primaire, ce qui rend chaque heure perdue préjudiciable aux apprentissages.
Citant les textes réglementaires encadrant la fonction de directeur d’école, M. Ouattara a insisté sur la nécessité de faire preuve d’enthousiasme pour la chose pédagogique et d’assumer un rôle d’ambassadeur de l’école auprès des parents et de la communauté.
« Si cet enthousiasme vient à mourir, cela signifie que vous avez échoué », a-t-il prévenu, exhortant les directeurs à exercer pleinement leur autorité pédagogique et non à faire de la figuration.
Il a également dénoncé l’usage de fiches pédagogiques préconçues, utilisées sans adaptation au contexte local. « Celui qui prépare son cours doit pouvoir donner des exemples tirés de son environnement », a-t-il insisté, qualifiant cette pratique d’acte anti-professionnel.
Des exemples à suivre malgré ces manquements, le directeur régional a salué le travail de plusieurs enseignants engagés. Il a notamment cité en exemple une institutrice de N’douffoukankro, félicitée pour la qualité de ses préparations et son sérieux professionnel.
En conclusion, le DRENA a appelé l’ensemble des acteurs du système éducatif de la région à une prise de conscience collective. Rappelant que des milliers de candidats se disputent chaque année les places au Centre d’animation et de formation pédagogique (CAFOP) il a exhorté les enseignants à honorer la confiance placée en eux par l’Etat.
« Nous devons tous à ce pays. Si vous avez eu la chance d’être recrutés, vous devez la traduire par un travail bien fait », a-t-il conclu, déterminé à poursuivre les contrôles de terrain pour garantir une école primaire plus rigoureuse et performante dans la région de Bouaflé.
(AIP)
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