dimanche, avril 19

Abidjan, 19 avr 2026 (AIP)- Le conte connaît aujourd’hui un renouveau porté notamment par des femmes engagées, qui s’imposent progressivement comme des figures de leadership dans les arts vivants en Côte d’Ivoire.

A la faveur de la 14e édition du Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan (MASA), certaines de ces “étoiles montantes” de cet art longtemps perçu comme un art traditionnel en perte de vitesse, ont fait montre de leurs talents.

Directrice de la compagnie culturelle Syrah de Bouaké et coordonnatrice du festival « Ani Oula », Keita Katiéné Kady, alias Sirany Katiéney, incarne cette dynamique. Conteuse depuis environ cinq ans, elle voit dans cet art un puissant outil de transmission des valeurs sociales et culturelles. « Le conte est un retour à nos valeurs ancestrales. C’est un moyen d’éducation et de sensibilisation, notamment sur la paix, la cohésion sociale et les droits de la femme », explique-t-elle.

À travers ses prestations en Côte d’Ivoire et à l’international, Sirany Katiéney adapte ses messages aux réalités des publics, abordant des thématiques variées allant de l’unité sociale à la promotion des droits humains. Pour elle, le conte est aussi un espace de conquête féminine : « Le défi aujourd’hui, c’est d’être au même niveau que les hommes, de s’imposer et de vivre de son art. »

Un constat partagé par Kouadio Affouet Flor, alias Flopy Mendosa, conteuse professionnelle depuis 2013. Forte de plus de 350 représentations en Europe, elle affirme que les femmes ont toute leur place dans ce secteur, même si elles restent encore minoritaires. « Il n’y a pas assez de femmes, mais celles qui s’engagent prouvent qu’elles peuvent réussir et porter haut la culture ivoirienne », souligne-t-elle.

Pour Flopy Mendosa, le leadership féminin dans le conte repose avant tout sur le talent, la formation et la persévérance. Elle insiste également sur l’importance du rôle de modèle : « Quand les jeunes filles nous voient sur scène, cela suscite des vocations. Il faut continuer à sensibiliser et accompagner la relève. »

Malgré ces avancées, les deux artistes pointent des difficultés communes, notamment le manque de financements et de reconnaissance institutionnelle. Selon eux, monter un spectacle de conte exige des moyens techniques et artistiques souvent sous-estimés. « Il ne s’agit pas seulement de raconter une histoire, mais de créer un univers complet », a confié Flopy Mendosa.

Face à ces défis, les conteuses appellent à un soutien accru des pouvoirs publics et des partenaires culturels, afin de renforcer l’autonomisation des femmes artistes et assurer la pérennité de cet art.

Dans un contexte marqué par une quête de cohésion sociale, ces femmes conteuses apparaissent ainsi comme des actrices clés du changement, utilisant la parole et l’imaginaire pour éduquer, rassembler et inspirer. Le conte, loin d’être un simple héritage du passé, s’affirme désormais comme un levier de leadership féminin et de transformation sociale en Côte d’Ivoire.

(AIP)

cz/fmo

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