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Côte d’Ivoire – AIP/ MASA 2026 : la culture africaine face au défi de prouver son impact (Papier d’analyse)

Côte d’Ivoire – AIP/ MASA 2026 : la culture africaine face au défi de prouver son impact (Papier d’analyse)

Par Kouamé Lambert / 18 avril 2026 à 08:09 / il y a 2 heures / Temps de lecture : 4 min

Abidjan, 18 avr 2026 (AIP) — Au-delà des scènes vibrantes et des performances artistiques, la 14e édition du Marché des arts du spectacle africain (MASA) aura mis en lumière une question désormais centrale pour les industries culturelles africaines : celle de la preuve. Non plus seulement exister, séduire ou mobiliser, mais démontrer, chiffres à l’appui, son impact réel sur l’économie et la société.

De la célébration artistique à l’exigence de redevabilité

Longtemps perçus comme des espaces de création et de diffusion, les événements culturels africains entrent dans la phase de la redevabilité. L’atelier stratégique organisé par KreAfrica, en marge du MASA, en a été l’illustration la plus nette. Chercheurs, organisateurs et partenaires y ont confronté une réalité peu confortable : la majorité des initiatives culturelles peine encore à quantifier ses retombées.

Les interrogations posées par Ribio Nzeza Bunketibuse sur le nombre d’emplois créés et le volume financier injecté dans l’économie nationale ont mis en évidence un angle mort du secteur. Derrière la vitalité artistique, les outils de mesure restent embryonnaires.

Une économie culturelle bien réelle, mais mal documentée

Le paradoxe est frappant. Sur le terrain, les effets économiques et sociaux sont tangibles. Festivals et salons génèrent des flux financiers, structurent des chaînes de valeur locales et stimulent des activités connexes, souvent informelles.

Pourtant, ces dynamiques restent largement invisibles dans les bilans officiels. Les témoignages d’acteurs comme Amira Hammami ou Amina Seck révèlent des pratiques encore artisanales à travers un comptage manuel des publics, des estimations empiriques des ventes, et même le suivi approximatif des retombées médiatiques.

Ce déficit de structuration produit une conséquence majeure telle l’incapacité à transformer une intuition, celle de “la culture crée de la valeur”, une démonstration crédible auprès des bailleurs et partenaires.

Le tournant stratégique de la donnée

Face à ce constat, un changement de paradigme s’impose. Pour des experts comme Céline De Quartebarbes, la professionnalisation passe par la mise en place de véritables systèmes d’information capables de collecter, traiter et analyser des données fiables.

Même exigence du côté de Nathaniel Gberno, qui invite à dépasser la logique événementielle, tout en soulignant que l’impact ne se limite pas au temps du spectacle, il s’inscrit dans la durée. Emplois durables, transformations sociales, renforcement du lien communautaire : autant d’indicateurs encore peu exploités.

Cette évolution implique d’intégrer l’évaluation dès la conception des projets : définition d’indicateurs, collecte de données avant et après les activités, voire comparaison avec des publics non exposés. Une démarche encore marginale, mais appelée à devenir la norme.

Données, financement et compétition : un nouvel équilibre

Dans un environnement culturel de plus en plus concurrentiel, la donnée devient un levier stratégique. Elle conditionne l’accès aux financements, renforce la crédibilité des projets et favorise leur pérennisation.

Produire des rapports structurés, documenter les retombées, objectiver les résultats : ces exigences redéfinissent les standards du secteur. Désormais, la qualité artistique ne suffit plus ; elle doit être accompagnée d’une capacité à raconter, preuves à l’appui, l’histoire de son impact.

Une mutation portée par de nouveaux acteurs

Des initiatives comme KreAfrica, soutenues notamment par l’université Senghor, TRACE et l’Agence française de développement, accompagnent cette transformation. Formations, ateliers et séminaires visent à doter les acteurs culturels africains des compétences nécessaires pour entrer dans l’ère de la donnée.

Prouver pour exister davantage

Au sortir des échanges, une conviction, telle la culture africaine n’a pas à prouver qu’elle est un moteur de développement , s’impose. Mais dans un contexte où les ressources sont limitées et la concurrence accrue, sa reconnaissance passe désormais par sa capacité à se mesurer.

Le MASA 2026 marque ainsi un tournant discret mais décisif, celui du passage d’une culture vécue à une culture démontrée. Une évolution qui, à terme, pourrait redéfinir en profondeur les politiques culturelles et les modèles économiques du continent.

(AIP)

Kkl/kp