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Côte d’Ivoire-AIP/ Le retour du manuel scolaire unique suscite des réactions contrastées dans le secteur éducatif (Reportage)

Côte d’Ivoire-AIP/ Le retour du manuel scolaire unique suscite des réactions contrastées dans le secteur éducatif (Reportage)

Par SIMON NESSENOU / 14 septembre 2026 à 12:25 / il y a 10 heures / Temps de lecture : 5 min

Abidjan, 14 sept 2026 (AIP)- La Côte d’Ivoire renoue, pour l’année scolaire 2026-2027, avec le principe du manuel scolaire unique à travers la publication d’une liste corrigée et consolidée des manuels et supports didactiques autorisés. Présentée comme un moyen d’harmoniser les apprentissages sur l’ensemble du territoire national, cette réforme est diversement appréciée par les acteurs du système éducatif. Enseignants, élèves et parents d’élèves interrogés par l’Agence ivoirienne de presse (AIP), jeudi 10 septembre 2026, à quatre jours de la rentrée, y voient à la fois des avantages certains et quelques limites.

Pour Affi Michel, enseignant à l’école primaire publique (EPP) Groupe scolaire bilingue Djaïkê Frane, dans le secteur de Mandéké 2 (Agboville), l’instauration du manuel unique constitue avant tout un facteur d’équité.

Pour lui, cette uniformisation favorisera aussi la collaboration entre enseignants. Un instituteur confronté à une difficulté pédagogique pourra plus facilement solliciter l’aide d’un collègue exerçant dans une autre région, puisque tous travailleront à partir du même support.

« Un élève d’Abidjan, de Korhogo ou d’une autre localité disposera des mêmes supports et des mêmes contenus d’apprentissage », explique-t-il, estimant que cette harmonisation offrira à tous les apprenants des chances égales d’accès aux connaissances, quel que soit leur établissement.

Même son de cloche chez Latte Juliette, enseignante au Groupe scolaire CTY de Cocody. Selon elle, le manuel unique permettra également aux enseignants de s’appuyer sur une référence commune pour préparer et dispenser leurs cours. « Lorsqu’un enseignant est affecté dans une classe, il sait immédiatement quel manuel utiliser. Cela facilite la préparation des leçons et permet de mieux maîtriser les activités proposées aux élèves », souligne-t-elle.

Un allègement attendu des dépenses scolaires

Au-delà de son intérêt pédagogique, la mesure est accueillie favorablement par plusieurs parents d’élèves qui y voient une opportunité de réduire les coûts liés à la scolarité.

Ouattara Donald, père de famille, estime que le manuel unique pourrait alléger les dépenses des ménages ayant plusieurs enfants dans une même classe. « Au lieu d’acheter plusieurs livres différents ou un exemplaire pour chaque enfant, je pourrai utiliser le même manuel pour deux enfants lorsqu’ils sont au même niveau », explique-t-il.

Dans un contexte où les dépenses de rentrée représentent une charge importante pour de nombreuses familles, cette rationalisation est perçue comme un avantage non négligeable.

Un outil pouvant renforcer la solidarité entre élèves

L’utilisation généralisée d’un même manuel pourrait également favoriser l’entraide entre apprenants.

Élève en classe de Quatrième au lycée moderne de Koumassi, Thiékou Magny Odile Esther estime que les élèves pourront plus facilement se prêter leurs ouvrages, réaliser ensemble leurs exercices et suivre les mêmes contenus.

Cette analyse est partagée par M. Ouattara, qui considère qu’un élève pourra aider un camarade, même dans une autre ville, puisque les deux disposeront des mêmes références pédagogiques.

Des inquiétudes sur la richesse des contenus

Si les avantages du manuel unique sont largement reconnus, certains acteurs expriment toutefois des réserves quant à la capacité d’un seul ouvrage à couvrir l’ensemble des besoins d’apprentissage.

Pour Ouattara Donald, un manuel unique risque de limiter l’accès à certaines informations complémentaires nécessaires à une compréhension approfondie des matières.

« Un seul livre ne suffit pas toujours pour enseigner une discipline dans toute sa complexité », soutient-il, évoquant notamment les besoins spécifiques des élèves des classes d’examen.

Les élèves plaident pour des ouvrages complets

Chez les élèves, la principale préoccupation porte sur la qualité et l’exhaustivité des contenus.

Sié Esmel Jean-Chris Emmanuel, élève en classe de Troisième au lycée moderne de Koumassi, juge le principe pertinent à condition que les ouvrages retenus regroupent l’ensemble des connaissances exigées par les programmes.

« Le livre unique peut être utile s’il contient tout ce qu’on doit apprendre », affirme-t-il, soulignant que les candidats aux examens ont souvent besoin de ressources suffisamment détaillées pour approfondir certaines notions.

Des ressources complémentaires toujours envisageables

Pour autant, l’adoption d’un manuel unique ne signifie pas la disparition des autres ressources pédagogiques.

Selon Mme Latte, certains parents pourraient continuer à acquérir des ouvrages complémentaires afin d’enrichir les connaissances de leurs enfants lorsque le besoin s’en fait sentir.

Le manuel unique apparaîtrait ainsi comme un support de référence commun à tous les élèves, sans exclure le recours à d’autres outils d’apprentissage.

Au final, le retour du manuel scolaire unique suscite un accueil globalement favorable auprès des acteurs de l’école. Les enseignants saluent l’harmonisation des enseignements et la simplification de leur travail, tandis que les parents espèrent une réduction des dépenses scolaires et que les élèves y voient un moyen de renforcer l’entraide.

Toutefois, plusieurs voix insistent sur la nécessité de proposer des ouvrages suffisamment complets et adaptés aux exigences des programmes. Pour nombre d’acteurs interrogés, le succès de cette réforme dépendra donc de la qualité des contenus retenus et de leur capacité à répondre aux besoins réels des apprenants.

(AIP)

lef/sn/cmas