Côte d’Ivoire-AIP/ Filière coton : Silué Fatogoma veut fédérer les producteurs autour du défi des 600 000 T en 2030 (Interview)
Par SIONFOLO SORO / 19 septembre 2026 à 11:19 / il y a 4 heures / Temps de lecture : 8 minRéalisée par Soro Sionfolo, AIP Korhogo
Korhogo, 19 sept 2026 (AIP)- Élu le 19 juillet 2026 à la présidence de la Fédération nationale des producteurs de coton de Côte d’Ivoire, Silué Fatogoma dit « Nouzari » entend mobiliser les producteurs et les différents acteurs de la filière autour de l’objectif de porter la production nationale à 600 000 T à l’horizon 2030.
Dans un entretien accordé à l’AIP, vendredi 18 septembre 2026 à Clochakaha, dans le département de Sinématiali, il expose ses priorités, notamment l’amélioration des rendements, la maîtrise du coût des intrants, la diversification des productions et le règlement des difficultés de commercialisation dans certaines zones.
Question : Vous venez d’être élu à la tête de la Fédération nationale des producteurs de coton de Côte d’Ivoire. Quelle est votre ambition pour votre mandat ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : Mon élection constitue à la fois une joie et une grande responsabilité. Je voudrais remercier l’ensemble des producteurs de coton qui m’ont accordé leur confiance.
Je ne suis plus le président d’une coopérative ou d’une région. Je suis désormais le président de l’ensemble des producteurs de coton de Côte d’Ivoire. Mon devoir est donc de défendre leurs intérêts, sans distinction de région, de coopérative ou de famille.
Notre ambition est d’inscrire ce mandat dans des actions concrètes au bénéfice des producteurs. Les dirigeants qui nous ont précédés ont posé des bases. Il nous appartient de consolider ces acquis et d’aller plus loin, dans un esprit de responsabilité, de dialogue et de rassemblement.
Je voudrais également saluer le travail accompli par le président sortant de la Fédération, M. Yacouba, ainsi que par le président sortant de l’Intercoton, M. Soro Moussa. Ils ont contribué au maintien du dialogue entre les producteurs et l’État et à la gestion des difficultés rencontrées par la filière.
Question : La Côte d’Ivoire ambitionne de porter sa production de coton à 600 000 tonnes à l’horizon 2030. Comment la Fédération compte-t-elle contribuer à cet objectif ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : Aujourd’hui, nous sommes autour de 300 000 tonnes. Atteindre 600 000 tonnes à l’horizon 2030 représente donc un défi important.
Nous pouvons nous rapprocher de cet objectif si tous les acteurs de la filière travaillent ensemble. Ce travail ne peut pas être celui d’une seule organisation ou d’une seule personne. Il doit associer les producteurs, les sociétés cotonnières, l’État et l’ensemble des partenaires de la filière.
Notre priorité sera notamment d’améliorer les rendements. L’objectif est que le producteur puisse gagner davantage grâce à son exploitation. Lorsque les rendements et la rémunération s’améliorent, le producteur est davantage encouragé à maintenir son activité.
Question : L’amélioration des rendements constitue donc un enjeu majeur. Quelles sont les principales difficultés auxquelles les producteurs sont confrontés ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : L’une des principales difficultés concerne les intrants, notamment les engrais. Dans le nord de la Côte d’Ivoire, les sols sont relativement pauvres et nécessitent des fertilisants adaptés pour améliorer les rendements.
Nous devons parvenir à un rendement d’au moins 1,5 tonne à l’hectare. Avec des rendements de 800 ou 900 kilogrammes à l’hectare, même lorsque le producteur vend son coton à un prix intéressant, il lui est difficile de dégager un revenu suffisant.
Nous devons donc agir sur la disponibilité et le coût des intrants. Les prix des engrais ont fortement augmenté ces dernières années, notamment dans le contexte international marqué par la crise en Ukraine. Nous allons continuer à échanger avec l’État afin de rechercher des mécanismes permettant de réduire le coût des intrants et de mieux accompagner les producteurs.
Question : Comment comptez-vous agir sur la question des fertilisants ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : Nous devons également encourager la production et l’utilisation de fertilisants organiques. Dans nos zones de production, les mêmes engrais sont utilisés pour le coton, le maïs, le riz, le sorgho et d’autres cultures.
La hausse du prix des engrais affecte donc l’ensemble de l’exploitation agricole. Nous pouvons notamment valoriser les déjections animales, en particulier celles des bovins, pour fertiliser les champs.
Cette approche permettrait de réduire progressivement notre dépendance aux engrais minéraux, tout en contribuant à la préservation des sols.
Question : Les producteurs de coton pratiquent aussi des cultures vivrières. Quelle place accordez-vous à cette diversification ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : Elle est très importante. Le producteur ne doit pas dépendre d’une seule spéculation. Le coton reste une culture essentielle, mais les cultures vivrières occupent également une place importante dans les exploitations.
Le développement du maïs, du riz, du sorgho et d’autres productions contribue à renforcer les revenus et la sécurité alimentaire des ménages agricoles. La question des intrants doit donc être abordée de manière globale, parce qu’elle concerne l’ensemble de ces cultures.
Question : La commercialisation du coton connaît actuellement des difficultés dans certaines zones, notamment dans la zone 4. Que comptez-vous faire pour favoriser une commercialisation apaisée ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : Nous sommes en train de travailler à la recherche d’une solution aux difficultés qui opposent certains acteurs de la filière dans cette zone. Selon les éléments dont nous disposons, près de 8 000 hectares sont revendiqués par Sicosa 2.0, tandis que la COIC revendique plus de 4 000 hectares encadrés dans la même zone.
Notre préoccupation est d’éviter que les producteurs ne soient les premières victimes de ces différends. Certains ont déjà reçu des intrants ou des semences financés pour la campagne. Il faut donc trouver les mécanismes permettant de respecter les engagements pris et d’éviter que les producteurs ou les autres acteurs concernés ne subissent les conséquences de cette situation.
Les coopératives et les groupements doivent également prendre leurs responsabilités. Lorsqu’une coopérative contracte un financement pour une campagne agricole, elle doit respecter ses engagements, notamment en matière de remboursement. Nous devons renforcer la rigueur dans la gestion des campagnes afin de prévenir les situations conflictuelles.
Question : Quel message adressez-vous aux sociétés cotonnières concernées par cette situation ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : Je leur demande de privilégier le dialogue et la collaboration. Lorsqu’une société dispose d’une superficie qui lui a été attribuée, elle doit pouvoir y travailler dans le respect des règles établies.
En cas de chevauchement ou de difficulté, les différents acteurs doivent se parler afin de rechercher une solution. Les sociétés cotonnières sont des partenaires de la même filière. Elles doivent donc collaborer pour éviter que les producteurs ne se retrouvent au centre des différends.
Notre objectif est que chacun puisse travailler dans la sérénité et que la production soit préservée.
Question : Quel rôle la Fédération entend-elle jouer dans le renforcement des relations entre producteurs, État et sociétés cotonnières ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : La Fédération doit être un cadre de représentation et de dialogue. Nous devons maintenir les échanges avec l’État, les sociétés cotonnières, les organisations professionnelles et l’ensemble des partenaires.
Notre responsabilité est de faire remonter les préoccupations des producteurs et de contribuer à la recherche de solutions. Le dialogue doit rester permanent, particulièrement lorsqu’il existe des difficultés susceptibles d’affecter la production ou les revenus des producteurs.
Question : Pour terminer, quel message adressez-vous aux producteurs de coton de Côte d’Ivoire ?
Silué Fatogoma dit « Nouzari » : Je leur demande de rester mobilisés et confiants. Je suis désormais le président de tous les producteurs de coton de Côte d’Ivoire et je ne défendrai pas seulement une région ou une catégorie de producteurs.
Nous allons travailler pour l’ensemble de la filière, avec l’État, les sociétés cotonnières, les organisations professionnelles et les autres partenaires. Notre ambition est d’améliorer les rendements, de réduire les difficultés liées aux intrants et de permettre au producteur de mieux vivre de son travail.
L’objectif des 600 000 tonnes à l’horizon 2030 est important. Pour nous en rapprocher, nous devons travailler collectivement. Je demande donc à tous les producteurs, petits et grands, de rester unis autour de cet objectif.
(AIP)
Ss/kp