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Fact-checking

AIP-Fact-checking/ Désinformation : des images anciennes utilisées pour une fausse alerte sécuritaire à Duékoué

AIP-Fact-checking/ Désinformation : des images anciennes utilisées pour une fausse alerte sécuritaire à Duékoué

Par RAYMOND DIBI / 21 avril 2026 à 14:48 / le 21 avril 2026 à 14:48 / Temps de lecture : 5 min / 157 vues

Abidjan, 21 avr 2026 (AIP)-Une publication diffusée, le lundi 20 avril 2026,  sur Facebook par une page se présentant comme un cyber activiste alerte sur de supposés faits sécuritaires graves à Duékoué, à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Illustrée par des images choquantes, cette information entend susciter inquiétude et confusion chez les internautes.

Capture d’écran de cette publication mensongère diffusée sur Facebook par « Cauchemar des apatrides », utilisant des images anciennes et hors contexte pour faire croire à une fausse crise sécuritaire à Duékoué.

FAIT
La page Facebook dénommée « Cauchemar des apatrides » affirme qu’un événement sécuritaire violent serait en cours à Duékoué, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, en s’appuyant sur plusieurs images présentées comme actuelles.

VERDICT : Faux. Aucune source officielle ivoirienne ni aucun média crédible ne confirme cette information. Les images utilisées sont anciennes et sorties de leur contexte.

TEXTE
La publication faite, le lundi 20 avril 2026,  par la page Facebook  Cauchemar des apatrides, qui compte environ 12 000 abonnés, affirme :
« #URGENT
Depuis hier a #DUÉKOUÉ dans une commune de la #côte_divoire ,nous suivons de près une crise #gén0cdaire,des populations sont #m∆ssacrés et sonné a quitté les lieux pour les villes 🥲
Tous ces #m∆ssacres pour la gloire de #Dram∆ne et les intérêts de la #Fr∆nce🥹
Que dieu protège la côte d’ivoire 👇 »

VÉRIFICATION
Les vérifications menées par l’AIP montrent que cette publication repose sur des éléments trompeurs. Aucune source sécuritaire ivoirienne, notamment les forces de défense et de sécurité, n’a confirmé les faits évoqués. De même, aucun média crédible en Côte d’Ivoire n’a relayé une telle information.

L’analyse des images via l’outil Google Lens a permis d’établir qu’elles ne sont pas récentes. huit des visuels utilisés ( 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; ) proviennent en réalité des massacres survenus à Duékoué en 2011, au plus fort de la crise postélectorale ivoirienne.

Image issue de Wikipédia montrant des habitations incendiées lors du massacre de Duékoué (27–29 mars 2011).
Cliché de Paris Match montrant des populations de Duékoué en fuite lors des combats de mars 2011.
Photographie publiée par Le Monde montrant un corps calciné découvert à Duékoué après les massacres des 29 et 30 mars 2011 (source : AFP/Zoom Dosso).
Extrait vidéo publié le 6 mai 2011 sur France 24, montrant un enfant en pleurs lors du massacre de Duékoué en mars 2011.
Extrait vidéo diffusé le 7 septembre 2015 sur la chaîne YouTube de Radio France Internationale, revenant sur les massacres de Duékoué de mars 2011 durant la crise postélectorale ivoirienne.
Illustration extraite d’un article de RTS publié le 4 avril 2011, montrant la fuite de civils face aux combats à Duékoué (source : Zoom Dosso).
Illustration publiée sur Abidjan.net relayant un article du journal Nord-Sud (10 janvier 2011) sur l’intervention de la Croix-Rouge à Duékoué, où près de 80 blessés ont été pris en charge et environ 12 000 déplacés assistés.
Une image issue d’un article de Jeune Afrique (8 avril 2014) montrant un habitant de Duékoué retournant chez lui en avril 2011 après l’incendie de sa maison survenu trois semaines plus tôt (source : © Philippe Desmazes/AFP).

Une autre image correspond à l’attaque du camp de déplacés de Nahibly, situé à la lisière de la ville de Duékoué. Cet événement documenté, qui a eu lieu en 2012,  s’inscrit dans un contexte historique précis, sans lien avec les faits actuellement évoqués dans la publication.

Illustration du camp de Nahibly à Duékoué (20 juillet 2012), publiée par Radio France Internationale le 13 octobre 2012, dans un article sur l’ouverture d’une enquête relative aux morts de la fosse commune de Duékoué (source : Reuters/Stringer).

Une image supplémentaire, également vérifiée avec Google Lens, provient quant à elle de la région du Kivu, en République démocratique du Congo, où des violences liées au groupe armé M23 ont été documentées en 2022.

Image publiée sur L’Humanité (7 décembre 2022) montrant des milliers de réfugiés fuyant vers Goma (RDC) après des attaques du M23 (© Alexis Huguet/AFP).

L’utilisation de ces images anciennes vise à donner du crédit à une information infondée en jouant sur l’émotion et la sensibilité des internautes.

CONCLUSION
La publication diffusée par la page « Cauchemar des apatrides » s’inscrit dans une logique de désinformation. En recyclant des images de violences anciennes survenues à Duékoué en 2011 et 2012, ainsi qu’un cliché pris en République démocratique du Congo en 2022, elle tente d’accréditer à tort l’existence d’une crise sécuritaire actuelle en Côte d’Ivoire.

L’AIP invite les populations à faire preuve de discernement face aux contenus viraux et à privilégier les sources d’information fiables avant tout partage.

(AIP)

rd/kkf