AIP/ Biodigesteur en Côte d’Ivoire: quand les déchets deviennent une source d’énergie et de revenus (Feature)
Par MARYAM COULIBALY / 21 septembre 2026 à 20:47 / il y a 1 heure / Temps de lecture : 7 minAbidjan, 21 sept 2026 (AIP)- Dans les foyers ruraux comme dans les unités de transformation agroalimentaire, les déchets organiques pourraient bientôt changer de statut. Longtemps considérés comme des résidus encombrants, les déjections animales, les restes végétaux et certains déchets issus des activités agricoles et d’élevage constituent désormais une matière première pour produire de l’énergie et fertiliser les sols.
C’est tout l’enjeu du biodigesteur, une technologie mise en avant par le ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH) et l’Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre (AB-AOC), à l’occasion du Mois du biodigesteur 2026 commémoré en septembre en Côte d’Ivoire.
Lors d’une conférence de presse organisée lundi 21 septembre à l’hôtel Palm Club, à Abidjan Cocody, les acteurs de cette initiative ont expliqué les possibilités offertes par cette technologie et les conditions nécessaires à son développement à grande échelle.
Une technologie qui transforme les déchets
Le principe du biodigesteur repose sur la fermentation de matières organiques dans une cuve hermétiquement conçue à cet effet. Sous l’action de bactéries, ces matières produisent du biogaz, principalement composé de méthane, ainsi qu’un résidu appelé digestat.
Le biogaz peut être utilisé pour la cuisson, l’éclairage ou encore la production d’électricité, selon les équipements disponibles. Le digestat, quant à lui, constitue un fertilisant organique susceptible d’améliorer la qualité des sols et de réduire le recours aux engrais chimiques.
« Une matière qui pouvait être considérée comme un déchet devient une ressource énergétique, agronomique et économique », a souligné le conseiller technique du MIRAH chargé des productions animales, Dr Dagnogo Komissiri.
Cette valorisation s’inscrit dans une logique d’économie circulaire : les résidus d’une activité peuvent servir à alimenter cette même activité ou d’autres activités économiques locales.
Un dispositif au croisement de plusieurs enjeux
Le principe est relativement simple. Le biodigesteur reçoit des matières organiques, notamment des déjections animales, des résidus agricoles ou certains déchets issus des activités agroalimentaires. Leur fermentation en l’absence d’oxygène produit principalement du biogaz, riche en méthane, ainsi qu’un digestat pouvant être valorisé comme fertilisant organique.

Pour le directeur des productions animales et point focal national de l’AB-AOC en Côte d’Ivoire, Dr Tré Bi Tré Christian, cette technologie répond à plusieurs défis auxquels sont confrontés simultanément l’agriculture et l’élevage : gestion des effluents, valorisation des matières organiques et besoins énergétiques des producteurs et transformateurs.
Le biogaz peut ainsi être utilisé pour la cuisson, l’éclairage ou certaines productions énergétiques, tandis que le digestat peut servir à améliorer la fertilité des sols. La technologie permet donc de transformer une matière considérée comme un déchet en ressource énergétique, agronomique et économique.
Cette logique d’économie circulaire apparaît particulièrement pertinente dans les zones rurales, où l’accès à une énergie abordable demeure un enjeu pour les petites unités de transformation. La production locale de biogaz peut contribuer à réduire certaines contraintes énergétiques et à maintenir davantage de valeur ajoutée au niveau des territoires.
De la cuisine à l’exploitation agricole
Les bénéfices du biodigesteur sont particulièrement visibles dans les activités de transformation agricole. À Bohoussoukro, dans le département de Duékoué (Ouest ivoirien, région du Guémon), des productrices d’attiéké utilisent déjà le biogaz pour la cuisson de leur production.
Cette solution leur permet de réduire le recours au bois de chauffe, de limiter leur exposition à la fumée et de diminuer certaines charges liées à leur activité. Le digestat issu du processus est également valorisé dans les cultures maraîchères.
D’après Sylvie Yameogo, Account Manager (responsable) de l’AB-AOC pour la Côte d’Ivoire, un biodigesteur domestique de quatre mètres cubes pourrait permettre d’éviter l’émission d’environ quatre tonnes de CO₂ par an, selon les conditions d’utilisation. Elle a également évoqué des économies liées à la réduction des achats de bois-énergie et de gaz butane.
La technologie présente ainsi un intérêt à la fois énergétique, environnemental et économique, notamment pour les ménages disposant de matières organiques en quantité suffisante.
Un potentiel important dans les abattoirs
Au-delà des ménages et des coopératives, le biodigesteur ouvre des perspectives dans les abattoirs et les unités agroalimentaires. Ces infrastructures génèrent d’importantes quantités de déchets organiques et d’effluents dont la gestion constitue un enjeu sanitaire et environnemental.

Le MIRAH envisage notamment la valorisation de certains sous-produits issus des activités d’abattage. Le biogaz produit pourrait être utilisé pour des opérations nécessitant une source de chaleur, tandis que les déchets seraient traités dans des conditions techniques appropriées.
Un biodigesteur d’une capacité de plus de 100 mètres cubes est en cours de réalisation au niveau de l’abattoir de la SIVAC, à Yopougon. Cette installation illustre la volonté d’explorer des applications de grande capacité adaptées aux besoins des entreprises.
Les filières du palmier à huile, du cacao, du manioc, du maïs, du riz, du coton et du karité pourraient également bénéficier de cette technologie, à travers la valorisation de leurs résidus organiques.
La ratification de la convention, prochaine étape
Pour le secrétaire exécutif de l’AB-AOC, Dr Mourima Maï Moussa, le développement durable du biodigesteur passe par la mise en place d’un cadre institutionnel et financier adapté. C’est pourquoi, un atelier d’information et de sensibilisation a été initié le 16 septembre à l’hôtel Palm Club, à l’intention de parlementaires (députés et sénateurs).
Créée en 2018, l’Alliance regroupe actuellement huit pays, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Elle œuvre à la structuration du marché du biodigesteur, au renforcement des capacités des acteurs, à la mobilisation des financements et au partage d’expériences entre les Etats membres.
La Côte d’Ivoire a déjà signé la convention portant création de l’Alliance et adopté en Conseil des ministres le projet de loi autorisant sa ratification. L’aboutissement de cette procédure demeure toutefois une étape attendue pour permettre au pays de bénéficier pleinement des mécanismes de coopération et d’appui de l’organisation.
La direction des productions animales du MIRAH, qui assure le rôle de Structure focale nationale (SFN) de l’AB-AOC, entend poursuivre les actions de sensibilisation, de formation et de démonstration sur le terrain.
Une mobilisation multisectorielle

La promotion du biodigesteur ne relève pas du seul secteur de l’élevage. Elle concerne également l’agriculture, l’énergie, l’environnement, l’industrie, la santé, la recherche, la formation et l’assainissement.
Le MIRAH appelle les collectivités territoriales, les organisations professionnelles, le secteur privé, les partenaires techniques et financiers ainsi que les communautés à s’impliquer dans la diffusion de cette technologie.
Pour Dr Dagnogo Komissiri, l’ambition est de faire émerger progressivement un écosystème national reposant sur la formation des acteurs, la disponibilité des équipements, l’accompagnement des porteurs de projets et la création de marchés viables.
À travers le Mois du biodigesteur 2026, les autorités souhaitent également mobiliser les médias afin de mieux faire connaître cette solution auprès des populations.
Du traitement des déchets à la production d’énergie, en passant par la fertilisation des sols et la création d’emplois verts, le biodigesteur se présente comme un outil transversal au service de la transition écologique et du développement local.
(AIP)
cmas