AIP/ Pollution au plomb en Côte d’Ivoire : vers une feuille de route nationale pour protéger les enfants
Par GEORGES AUBIN KONAN / 5 octobre 2026 à 12:47 / il y a 4 heures / Temps de lecture : 5 minAbidjan, 05 oct 2026 (AIP) – Le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique a ouvert, lundi 5 octobre 2026 à Abidjan, une consultation nationale de deux jours devant aboutir à une feuille de route pour renforcer la gestion du plomb et lutter contre la pollution et l’exposition des populations, en particulier les enfants, les femmes enceintes et les travailleurs.
La cérémonie a été présidée par la directrice de cabinet adjointe, Indira Yanni-Domingo, représentant le ministre Abou Bamba.
« Notre responsabilité est claire, mieux prévenir cette pollution et protéger les populations, particulièrement les enfants, les femmes enceintes et les travailleurs exposés », a déclaré Mme Yanni-Domingo.
Au nom du ministre, elle a remercié le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Alliance mondiale pour la santé et la pollution (GAHP) et l’Union européenne, qui cofinancent le projet dans lequel s’inscrit cette rencontre.
Elle a rappelé que le plomb est un métal toxique qui, mal géré, peut contaminer l’air, l’eau et les sols, puis pénétrer dans l’organisme par les poussières respirées ou les substances contaminées ingérées.
Chez l’enfant, l’exposition peut compromettre durablement le développement du cerveau, les capacités d’apprentissage et la concentration. Chez l’adulte, elle peut affecter les reins et accroître les risques cardiovasculaires. Pendant la grossesse, elle menace le développement de l’enfant à naître.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappelle qu’il n’existe pas de concentration de plomb dans le sang sans danger et que les jeunes enfants peuvent absorber, pour une même quantité ingérée, jusqu’à quatre à cinq fois plus de plomb que les adultes. Elle recommande que, dès que la concentration atteint 5 microgrammes par décilitre, la source d’exposition soit recherchée et des mesures prises pour y mettre fin.
En Côte d’Ivoire, une étude menée en septembre 2023 à Abidjan par le Projet d’élimination de l’exposition au plomb (LEEP) et le Centre africain pour la santé environnementale, à la demande des services du ministère de la Santé, a relevé des teneurs supérieures à 90 parties par million dans 21 des 56 échantillons de peintures analysés, soit 37,5 %. Le maximum mesuré atteignait 52 000 parties par million, près de 578 fois la limite de 90 recommandée par l’OMS et le PNUE.
Les batteries au plomb usagées appellent également toute l’attention. Leur collecte, leur stockage, leur transport et leur recyclage doivent être maîtrisés, car le démontage et la fusion dans des conditions inadéquates exposent les travailleurs et les communautés riveraines, tout en dispersant la pollution.
La directrice de cabinet adjointe a invité l’Agence nationale de l’Environnement (ANDE) à renforcer la prise en compte du risque plomb dans l’évaluation des projets concernés, notamment ceux de traitement et de recyclage des batteries, et dans le suivi des mesures prescrites.
Elle a également invité le Centre ivoirien Antipollution (CIAPOL), doté depuis mars 2024 d’un laboratoire mobile d’une valeur d’environ 600 millions de FCFA, à contribuer, avec les institutions de recherche et les services de santé, à l’identification des sites à risque, à la production de données fiables et au suivi de l’efficacité des mesures correctives.
Au cours de ces deux journées, les participants examineront les données disponibles, identifieront les lacunes et conviendront des actions prioritaires. Le bilan massique du plomb préparé par le PNUE avec l’appui de la GAHP servira d’outil de travail, aux côtés d’un projet préliminaire de feuille de route.
« J’attends de cette consultation une feuille de route nationale courte, pratique et partagée. Pour chaque action retenue, elle devra préciser les responsabilités, les résultats attendus, les indicateurs de suivi, les échéances et les besoins techniques et financiers », a souligné Mme Yanni-Domingo.
Elle a transmis trois messages du ministre Abou Bamba. Premier message, la santé des enfants doit être une priorité non négociable, il faut identifier ensemble les zones à risque, renforcer l’information des familles et proposer un dépistage ciblé ainsi qu’une prise en charge adaptée.
Selon elle, aucune valorisation économique ne doit se faire au prix de la santé des travailleurs et des communautés, producteurs, importateurs, distributeurs et recycleurs doivent assumer leurs responsabilités sur l’ensemble du cycle de vie des produits.
Enfin, Mme Yanni-Domingo a indiqué que la feuille de route doit engager l’action et permettre d’en rendre compte, avec des priorités réalisables, des responsables identifiés, des échéances, des indicateurs et des besoins de financement clairement établis.
La consultation nationale des parties prenantes sur le renforcement de la gestion du plomb pour lutter contre la pollution se tient les 5 et 6 octobre 2026 à Abidjan. Elle est organisée dans le cadre du projet du PNUE « Addressing Lead and Endocrine Disrupting Chemicals (EDCs) », cofinancé par l’Union européenne, avec la GAHP comme partenaire d’exécution et le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique comme point focal national.
La directrice de cabinet adjointe a déclaré ouverte la consultation, invitant les participants à des échanges « francs et constructifs », à la hauteur des enjeux sanitaires, environnementaux et économiques.
(AIP)
gak/zaar