Côte d’Ivoire-AIP/ Routes, eau, électricité… Guillaume Gbato alerte sur la précarité dans le département de Danané (Interview)
Par Moîse Théodore YAO / 23 avril 2026 à 12:06 / il y a 5 heures / Temps de lecture : 6 minAbidjan, 23 avr 2026 (AIP)– En marge de sa tournée de remerciement dont la première étape s’est déroulée du 13 au 17 avril 2026 dans le département de Danané, le député Guillaume Gbato a dressé un tableau préoccupant des conditions de vie des populations, confrontées à un déficit criant d’infrastructures de base. Dans cet entretien accordé à l’AIP, à l’issue de la mission, il a plaidé pour un désenclavement urgent de l’axe Danané–Sipilou et appelle à une mobilisation accrue de l’État.
AIP : Honorable, vous venez d’effectuer une tournée dans plusieurs localités de votre circonscription. Pouvez-vous présenter brièvement le département de Danané et ses spécificités ?
Guillaume Gbato : Le département de Danané est vaste et composé de plusieurs sous-préfectures, notamment Daleu, Gbon-Houyé, Kouan-Houlé, Seileu, ainsi que la zone centrale de Danané. C’est une région riche, avec des terres fertiles où cohabitent harmonieusement populations autochtones et allogènes. Le canton Gouroussé que vous avez visité est le grenier du département, avec une forte production de cacao, de café et de vivriers. Malheureusement, malgré ce potentiel, nos localités restent fortement enclavées. Les populations vivent isolées, avec des difficultés énormes d’accès aux services sociaux de base.
AIP : Justement, vous insistez sur la question du désenclavement. Quelle est l’ampleur du problème ?
Guillaume Gbato : Elle est critique. Depuis la crise de 2002, il n’y a quasiment pas eu d’investissement public dans les routes. Résultat : nos villages sont isolés, les produits agricoles ne peuvent pas être évacués, et les pertes post-récoltes atteignent parfois 80%. Cela a un impact direct sur la vie des populations. De fait, les prix des denrées augmentent, tout comme le coût des matériaux comme le ciment. Notre plaidoyer est clair : la route Danané–Sipilou, inscrite au Programme national de développement (PND), doit devenir une priorité. Vous savez, la route précède le développement. Même lorsqu’un projet d’école est programmé, l’enclavement décourage les techniciens de venir travailler. C’est pourquoi, notre priorité reste la route. Sans route, il n’y a pas d’évacuation des produits agricoles, pas d’accès facile aux services sociaux, et donc pas de développement durable. Cette voie est stratégique, non seulement pour le développement économique, mais aussi pour la sécurité, car elle dessert une zone frontalière avec la Guinée.
AIP : Au-delà des routes, qu’en est-il des autres infrastructures sociales comme l’eau potable, l’électricité et la santé ?
Guillaume Gbato : La situation est tout aussi préoccupante. Dans plusieurs villages, il n’y a pas d’eau potable, pas de centres de santé dignes de ce nom, et l’électricité reste insuffisante ou parfois non connectée malgré la présence des poteaux. À Zoupleu, par exemple, il n’y a pas de château d’eau, alors que c’est une grande agglomération. Dans l’ensemble de la sous-préfecture, à part Daleu qui dispose d’un système amélioré, il n’existe pas d’accès structuré à l’eau potable. Le Président de la République a pourtant déclaré 2026 comme l’année de l’eau potable, mais sur le terrain, les besoins restent énormes. Dans plusieurs villages, il n’existe ni centre de santé fonctionnel, ni infrastructures adéquates. À Kata par exemple, les populations sont obligées de se débrouiller avec des moyens précaires, ce qui est inquiétant pour une zone aussi peuplée. Sur le plan éducatif, les infrastructures sont insuffisantes et souvent dégradées. A Goueugbopleu, par exemple, l’école est composée de seulement trois classes de fortune construites par les populations elles-mêmes. Cela illustre parfaitement les difficultés. À Daleu également, les établissements existent mais les effectifs sont pléthoriques, car la population augmente rapidement. Dans certaines classes, on compte plus de 100 élèves, parfois jusqu’à 135 au CP2, avec des enfants assis à quatre ou cinq par banc. Les bâtiments sont souvent en mauvais état et les conditions d’apprentissage très difficiles. Sans oublier l’absence de logements pour les enseignants.
AIP : Le gouvernement a pourtant engagé des programmes d’électrification et d’accès à l’eau. Quel est votre constat ?
Guillaume Gbato : Concernant l’électricité, il faut reconnaître les efforts du gouvernement. Avant 2010, aucun village n’était électrifié dans cette zone. Aujourd’hui, des progrès ont été réalisés, mais plusieurs villages disposent encore de poteaux sans raccordement effectif. Concernant l’eau potable, malgré les annonces, la couverture reste très faible dans cette sous-préfecture. C’est une urgence sociale surtout que l’année 2026 a été dédiée à cette question.
AIP : Les populations fondent beaucoup d’espoir sur vous. Quelle garantie pouvez-vous leur donner ?
Guillaume Gbato : Elles ont raison d’attendre beaucoup de nous. C’est justement pour cela que nous sommes élus. Cela dit, il n’y a pas de garantie au sens strict. Le député n’a pas de budget d’investissement. Mais notre rôle est de porter la voix des populations et d’alerter les autorités. C’est pourquoi j’ai tenu à faire venir les journalistes sur le terrain, afin que vous constatiez vous-mêmes la réalité. Je suis convaincu que ce travail de plaidoyer portera des fruits. L’État a tout à gagner à investir ici, car c’est une zone à fort potentiel agricole qui peut contribuer à nourrir la Côte d’Ivoire.
AIP : Certains évoquent aussi les tracasseries routières et les difficultés des jeunes, notamment les taxi-motos. Quelles solutions envisagez-vous ?
Guillaume Gbato : C’est une préoccupation réelle. Les « jeunes motards », par exemple, subissent des coûts liés aux barrages, qu’ils répercutent ensuite sur les populations. Nous avons déjà échangé avec les autorités administratives et sécuritaires, et nous allons leur faire un compte rendu précis afin de trouver un équilibre entre les impératifs de sécurité et les réalités économiques des populations.
AIP : Un dernier mot ?
Guillaume Gbato : Nos populations sont courageuses, elles travaillent, elles produisent. Mais elles ont besoin de l’État. Cette partie de la Côte d’Ivoire ne doit pas rester en marge du développement. Nous appelons à un regard attentif des autorités pour sortir durablement nos villages de l’enclavement et améliorer les conditions de vie.
(Interview réalisée par Yao Moïse Théodore)
(AIP)
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