Séguéla, 06 déc 2024 (AIP) – De Kavena à Gbalo en passant par Gbohovo, les femmes de nombreux villages du département de Séguéla s’adonnent pour la plupart au métier de potière. À Gbohovo, les femmes potières jouent un grand rôle dans l’économie locale. Cet art, bien que traditionnel, est devenu la principale source de revenus pour de nombreuses familles.
L’AIP a exploré l’univers des potières, retraçant l’origine de cet artisanat, son impact sur les conditions de vie des familles et des communautés, ainsi que les défis et perspectives qui marquent cette activité. (Reportage)
En cette matinée brumeuse du mercredi 04 décembre 2024, l’harmattan souffle à Gbohovo. Malgré les lèvres fendillées, les femmes, rassemblées sous un arbre près de la mosquée du village, chantent dans l’allégresse en malaxant l’argile qui prend les formes souhaitées. Ici, on fabrique des ustensiles de toutes sortes. Les créations artisanales vont des jarres pour la conservation de l’eau aux pots, en passant par les canaris et autres ustensiles de cuisine.
L’origine de l’art de la poterie à Gbohovo

De façon générale, cet art de la poterie se transmet de mère en fille dans la région, mais Gbohovo constitue une exception. Selon le chef du village, Dosso Kountiègbè Daouda, la poterie a été introduite dans le village grâce au mariage des femmes venues d’autres villages, épouses des hommes de Gbohovo.
Il a fait savoir que ces femmes mariées ont apporté avec elles des techniques ancestrales de poterie, enrichissant ainsi le patrimoine culturel et économique du village. « Aujourd’hui, beaucoup de femmes s’intéressent à cette activité. Ce qui les rend autonomes », a affirmé M. Dosso Daouda.
La fabrication des ustensiles
Selon la porte-parole des femmes du village, Nossan Dosso, la fabrication des ustensiles se fait avec de l’argile. La potière se rend en brousse, souvent à plusieurs kilomètres du village, pour extraire l’argile. Cette extraction se fait à l’aide de pioches pour creuser. Une fois collectées, les mottes d’argile sont transportées au village à l’aide de tricycles. « Le chargement coûte au moins 5000 FCFA. Mais ça peut coûter plus cher en fonction de la distance », a révélé Mme Dosso. Elle a ajouté qu’une fois l’argile au village, il faut la faire sécher, la piler ensuite pour obtenir une poudre qui sera tamisée pour la débarrasser de toutes les impuretés.
L’argile séchée, trempée d’eau, est pétrie pour obtenir une pâte qui servira à donner une forme aux pots sur un tour traditionnel, fabriqué par la potière elle-même. La potière utilise les outils les plus rudimentaires, fournis par la nature, pour le modelage.
La potière met ensuite le pot au soleil. Elle applique souvent de la terre rouge ou le jus de « Sagba » ( nom d’un arbre en langue locale) pour renforcer les éclats de l’article. Après le modelage, chaque pièce est séchée. Quand le pot est bien sec, les femmes font la cuisson. À la cuisson, les artisanes placent d’abord le bois, puis les pots qu’elles couvrent d’herbes. Toute la cuisson est surveillée. Elle se termine avec la fin de la combustion, qui se reconnaît par la couleur blanche des cendres. Les pots sont enfin retirés pour la teinture.
La contribution à la famille et à la communauté

« Les prix des objets fabriqués sont variés. Des commerçantes de Daloa ou de Séguéla viennent les acheter et les transportent dans des camions de transport appelés communément « massa » vers leur destination », a dit Dosso Nossan. Elle a affirmé que les femmes potières de Gbohovo sont un soutien énorme pour leurs familles. Elles contribuent à la scolarisation des enfants et aident leurs maris à supporter les dépenses du foyer. Leur travail permet d’améliorer les conditions de vie de leurs proches et de renforcer la cohésion familiale.
Les défis rencontrés par les femmes potières

Les potières rencontrent plusieurs défis dans la fabrication des poteries, tels que les conditions difficiles d’extraction de l’argile, la coupe et le transport du bois, la fragilité des pots fabriqués et les problèmes de paiement.
Mme Dosso a souligné les conditions difficiles d’extraction de l’argile. Les femmes doivent souvent parcourir de longues distances pour trouver de l’argile de bonne qualité. En outre, la cuisson des pots nécessite une grande quantité de bois, ce qui implique la coupe et le transport de ce bois, une tâche ardue et chronophage. Elles sont souvent exposées aux morsures de scorpions et de serpents.
De plus, les pots fabriqués sont souvent fragiles et se brisent facilement. Cette situation représente une perte économique significative pour les potières. « Quand les pots sont cassés, nous sommes obligées de les broyer à nouveau pour pouvoir les utiliser dans les prochaines fabrications », a-t-elle dit, pensive. Elle a indiqué que le pire, c’est lorsque des commerçantes « sans cœur » viennent souvent prendre la marchandise en promettant de revenir les payer, mais refusent de payer en faisant croire que les pots sont cassés.
« Les commerçantes venant de Daloa et Séguéla prennent souvent les pots à crédit et ne paient pas toujours à temps, créant des difficultés financières pour les potières », a ajouté Mme Dosso.

Coopération et soutien mutuel
Actuellement, chaque femme fabrique ses pots de manière isolée, sans coopérative pour les unir. La création d’une coopérative pourrait les aider à surmonter les défis économiques et logistiques. En se regroupant, elles pourraient mutualiser leurs ressources, partager les coûts et les bénéfices, et mieux gérer les pertes subies.
Espoirs et perspectives d’avenir
Les femmes potières de Gbohovo espèrent que des initiatives de bonne volonté ou des interventions gouvernementales pourront les aider. L’acquisition de fours modernes pourrait réduire la dépendance au bois, préservant ainsi les forêts locales et améliorant les conditions de travail des potières. De plus, la formation et le soutien pour la création d’une coopérative pourraient renforcer leur résilience économique.
Les femmes potières de Gbohovo sont des artisanes résilientes qui, malgré les nombreux défis, continuent de dynamiser l’économie locale. Leur savoir-faire et leur détermination méritent d’être soutenus et valorisés pour assurer un avenir meilleur à leur communauté.
(AIP)
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