Abidjan, 28 nov 2025 (AIP) – Elles ont entre 40 et 60 ans, sillonnent chaque jour les marchés de Niangon à Abidjan-Yopougon, vendent légumes, condiments, cubes d’assaisonnement ou tout autre denrée alimentaire. Elles sont mères, parfois veuves, souvent soutiens de famille. Le mercredi 26 novembre 2025, à l’usine MAGGI d’Abidjan, cinq de ces commerçantes, appelées « Mamies Maggi », ont été célébrées pour avoir brillamment obtenu le Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE), un accomplissement rendu possible grâce au programme d’alphabétisation mis en œuvre depuis 2017 par Nestlé Côte d’Ivoire et l’UNESCO.
Depuis huit ans, ce programme offre à plus de 2 500 femmes un apprentissage structuré, notamment, cours tous les mercredis après-midi dans des écoles primaires, visites de formateurs sur les marchés le mardi pour les révisions, et un smartphone équipé d’une application mobile illustrée et ludique pour continuer l’apprentissage en tout lieu.

Pour beaucoup, il s’agit d’une seconde chance, d’une revanche sur une enfance marquée par le manque de moyens, la maladie ou la peur de l’école.
Portraits de femmes battantes
Toto Ahou Madeleine, 53 ans, commerçante au marché de Niangon-sud, couturière et vendeuse de condiments, a débuté l’alphabétisation à 48 ans. « Au départ, je n’avais que le niveau CE1. Même à la maison, quand mes enfants arrivaient à ce niveau, je ne pouvais plus les suivre. Je regardais leurs cahiers, mais je ne comprenais rien », confie-t-elle, encore émue de son parcours.

Elle raconte sans détour ce qui l’a poussée à reprendre les études. « Souvent tu as besoin de soutien, tu es obligée d’aller mendier chez les autres. J’ai vu que ce n’est pas bien. Quand tu fais les enfants, toi aussi, tu dois supporter ton mari », affirme-t-elle. Aujourd’hui, elle lit couramment, y compris sa Bible. « J’arrive à lire plus rapidement, j’arrive à comprendre ce que je note au marché », dit-elle.
Madeleine rêve désormais plus haut. « Si Dieu me donne longue vie, je vais avoir mon BEPC et même mon BAC. Je ne vais pas m’arrêter, je veux aller loin », confie-t-elle avec joie, notant que ses enfants sont « très fiers ».
S’adressant à ses “mamans du marché”, maman Toto déclare qu’il n’est jamais tard. « Quand elles finissent de placer leurs bagages au marché, qu’elles s’arrangent pour aller suivre les cours. Comme ça, partout où elles seront, elles pourront se défendre sans l’aide de personne. »
Autre lauréate, Gnewehi Bléou Eulalie, 47 ans, veuve et mère de six enfants. Vendeuse de légumes, elle devait sans cesse solliciter ses enfants pour les calculs du commerce. « Chaque fois je les appelais pour m’aider. On disait que l’alphabétisation n’était pas pour moi. Mais je me suis dit : est-ce que je n’ai pas de tête ? ».

Inscrite depuis quatre ans, elle vient de décrocher son CEPE avec 137 points. « Je suis tellement émue. Je ne savais pas qu’à mon âge j’allais avoir mon entrée en 6e et être honorée comme ça », soutient-elle, tout en ajoutant, « il ne faut jamais se décourager. Il y a de l’espoir. »
Un programme transformateur
Représentant le directeur général de Nestlé à la cérémonie d’hommage à ces « mamie », Mame Pane Sakho a salué « l’incroyable parcours de cinq femmes qui prouvent qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre, croire en soi et réaliser ses rêves ».
« En Côte d’Ivoire, l’analphabétisme touche deux femmes sur trois. Parmi les 24 000 Mamies Maggi avec lesquelles nous travaillons, 85 % n’ont jamais eu accès à l’éducation formelle », ajoute Mme Sakho. Pour elle, ce programme « transforme un obstacle en opportunité ».
La marraine de la cérémonie, l’entrepreneure Koné Florence, ancienne responsable commerciale Maggi, a rendu hommage à ces femmes qu’elle décrit comme « des modèles de courage, de résilience et de dignité ».
Au-delà du diplôme, ces femmes gagnent confiance, autonomie, et une meilleure gestion de leurs activités commerciales. Leur réussite, célébrée par leurs pairs, leurs formateurs et leurs familles, confirme cette évidence : l’éducation change les vies, à tout âge.
(AIP)
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