Abidjan, 01 déc 2025 (AIP) – À l’occasion de la 38e Journée mondiale de lutte contre le sida (JMLS), célébrée ce 1er décembre, l’AIP s’est entretenue avec un expert du Programme national de lutte contre le sida (PNLS) afin de faire le point sur la situation épidémiologique en Côte d’Ivoire, les progrès enregistrés et les défis persistants.
AIP : Quel est aujourd’hui l’état de la situation du VIH/sida en Côte d’Ivoire ?
En 2024, la Côte d’Ivoire a enregistré 8 209 nouvelles infections et 8 366 décès liés au sida. La prévalence nationale se situe à 1,7 % chez les 15-49 ans, en légère baisse par rapport à 2022 (1,82 %). Les jeunes de moins de 25 ans représentent 40 % des nouvelles infections, ce qui constitue un signal d’alerte important.
AIP : Qui sont les populations les plus touchées par les nouvelles infections ?
Les jeunes constituent la catégorie la plus exposée, notamment les moins de 25 ans. Par ailleurs, les populations clés (travailleurs du sexe, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, usagers de drogues injectables) restent particulièrement vulnérables en raison de divers facteurs sociaux, économiques et comportementaux.
AIP : Comment se transmet le VIH ?
Le VIH se transmet :
- lors de rapports sexuels non protégés,
- lors du partage de matériel d’injection,
- de la mère à l’enfant pendant la grossesse, l’accouchement ou l’allaitement,
- par contact avec du sang contaminé.
AIP : Quels sont les principaux symptômes à surveiller ?
Les premiers symptômes, deux à six semaines après l’infection, ressemblent à un syndrome grippal : fièvre, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, ganglions gonflés, éruptions cutanées ou diarrhée.
Au stade avancé, le sida se manifeste par des infections opportunistes, une perte de poids importante, des sueurs nocturnes ou certains cancers.
Cependant, beaucoup de personnes restent asymptomatiques pendant longtemps, d’où l’importance du dépistage.
AIP : Où peut-on se faire dépister en Côte d’Ivoire ?
Le dépistage peut s’effectuer :
- dans les centres de santé et laboratoires,
- via un autotest acheté en pharmacie,
- auprès d’associations habilitées, grâce aux tests rapides (TROD).
L’autotest donne un résultat en 15 minutes, mais tout test positif doit être confirmé par un test sanguin.

AIP : Quelles sont les méthodes de prévention disponibles ?
La prévention repose sur :
- l’utilisation du préservatif,
- le dépistage régulier,
- l’utilisation de matériel stérile pour l’injection,
- la prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour les personnes à haut risque.
AIP : Qu’en est-il de la prise en charge par les traitements antirétroviraux ?
Les antirétroviraux (ARV) permettent aux personnes vivant avec le VIH de mener une vie normale. La Côte d’Ivoire applique la stratégie mondiale « 95-95-95 » : dépister 95 % des personnes vivant avec le VIH, traiter 95 % des personnes dépistées et obtenir une charge virale indétectable chez 95 % des personnes sous traitement.
En 2024, environ 77 % des personnes vivant avec le VIH étaient sous ARV. Les traitements sont gratuits depuis 2008 grâce au soutien du gouvernement et des partenaires.
AIP : Où en est la prévention de la transmission mère-enfant (PTME) ?
La PTME a permis une réduction de 75 % des nouvelles infections chez les enfants de 0 à 14 ans entre 2010 et 2022. Les mesures incluent :
- le dépistage systématique des femmes enceintes,
- la mise sous ARV des femmes séropositives,
- l’administration d’ARV au nouveau-né.
Cependant, le taux de transmission reste encore élevé chez les 0-4 ans (10,7 % en 2022).
AIP : Pouvez-vous expliquer ce qu’est la PrEP ?
La prophylaxie pré-exposition (PrEP) consiste à administrer un traitement ARV à des personnes séronégatives mais exposées à un risque élevé d’infection. Elle peut être prise :
- quotidiennement,
- ou « à la demande » selon les situations d’exposition.
Elle est très efficace si elle est bien utilisée, mais ne remplace pas les autres méthodes de prévention.
AIP : Quelles actions sont menées en faveur des orphelins et enfants vulnérables (OEV) ?
Le PN-OEV coordonne plusieurs interventions :
- soutien psychosocial,
- visites à domicile,
- recherche active des patients perdus de vue,
- appui scolaire et économique avec l’aide des communautés et des ONG.
AIP : Comment est financée la lutte contre le VIH/sida en Côte d’Ivoire ?
Le financement provient du budget national (via le FNLS), du Fonds mondial — avec près de 49 milliards de FCFA alloués pour 2024-2026 — et d’initiatives locales comme la vente de timbres et pagnes de solidarité.
Le PEPFAR, qui avait investi plus de 900 millions USD depuis 2004, a cessé ses financements en 2024.
Les ONG jouent un rôle essentiel dans la prise en charge médicale, psychosociale et communautaire.
AIP : Quels sont les principaux défis à relever ?
Les défis majeurs restent :
- la lutte contre la stigmatisation,
- l’amélioration de l’accès aux soins dans les zones rurales,
- la réduction des nouvelles infections chez les jeunes,
- la pérennisation du financement.
À l’échelle mondiale, plus de 9 millions de personnes n’ont toujours pas accès aux ARV, ce qui rappelle l’urgence d’accélérer les efforts pour atteindre l’objectif d’éradication du sida d’ici 2030.
(AIP)
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