Abidjan, 16 juil 2024 (AIP) – Le recours au travail forcé par la Corée du Nord à l’encontre de ses citoyens est devenu profondément institutionnalisé et soulève de graves préoccupations en matière de droits humains, a indiqué dans un rapport le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies, relevant que dans certains cas, ce système pourrait relever de l’esclavage pouvant constituer « un crime contre l’humanité ».
Dans un rapport accablant, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) détaille comment les habitants de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) sont « contrôlés et exploités par un vaste système de travail forcé à plusieurs niveaux », rapporte le site onu.info, mardi 16 juillet 2024.
Le document s’est ainsi concentré sur un système institutionnalisé avec six types différents de travail forcé, y compris en détention et pendant la conscription militaire minimale de 10 ans. Le rapport pointe du doigt aussi d’autres formes de mobilisation forcée comme l’envoi à l’étranger de travailleurs, une source de devises toujours sous strict contrôle.
Il existe également des emplois obligatoires assignés par l’État et le recours à des « Brigades de choc » révolutionnaires, ou à des groupes de citoyens organisés par l’État et forcés d’effectuer un « travail manuel pénible », souvent dans la construction et l’agriculture.
« Les témoignages contenus dans ce rapport donnent un aperçu choquant et angoissant des souffrances infligées par le travail forcé à des personnes, tant par son ampleur que par les niveaux de violence et de traitement inhumain », a déclaré dans un communiqué, Volker Türk, chef des droits de l’homme de l’ONU.
Les préoccupations les plus graves concernent en particulier les lieux de détention, où les victimes du travail forcé sont systématiquement contraintes de travailler sous la menace de violences physiques et dans des conditions inhumaines.
« Dans certains cas, le niveau de contrôle, le type de traitement et le niveau d’exploitation des personnes soumises au travail forcé peuvent s’apparenter à la propriété », détaille le rapport, ce qui pourrait « constituer un crime contre l’humanité ».
Le HCDH s’est appuyé sur diverses sources pour établir ce rapport, notamment 183 entretiens menés entre 2015 et 2023 avec des victimes et des témoins qui ont réussi à fuir la Corée du Nord et vivent à l’étranger.
Après avoir terminé l’école ou le service militaire, chaque Nord-Coréen est affecté à un lieu de travail par l’État. C’est également l’État qui détermine le lieu de résidence.
Les conscrits de l’armée, qui doivent servir pendant 10 ans ou plus, sont régulièrement contraints de travailler dans l’agriculture ou la construction. Le rapport décrit leur travail comme « dur et dangereux, sans mesures de santé et de sécurité adéquates ».
Parmi les autres formes de mobilisation figurent les « brigades de choc », qui sont des groupes de citoyens organisés par l’État et contraints d’effectuer des « travaux manuels pénibles », souvent dans les secteurs de la construction et de l’agriculture, selon le rapport.
Pour la main d’œuvre envoyée à l’étranger pour la quête de devises, elle perdait jusqu’à 90 % du salaire au profit de l’État.
L’ONU appelle la Corée du Nord à « mettre fin au travail forcé sous toutes ses formes», à «mettre fin à l’esclavage et aux pratiques esclavagistes » et à « abolir le recours au travail des enfants ».
Afin de garantir l’obligation de rendre des comptes, le rapport exhorte la communauté internationale à enquêter et à poursuivre les personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes internationaux. Il invite également le Conseil de sécurité des Nations Unies à saisir la Cour pénale internationale (CPI) de la situation.
(AIP)
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