Abidjan, 12 août 2026 (AIP) – Le Centre d’excellence régional contre la faim et la malnutrition (CERFAM) appelle à une transition vers la documentation rigoureuse des modèles nationaux de mise en œuvre, afin de traduire les politiques d’allaitement maternel en résultats durables et d’atteindre l’objectif mondial de 60 % d’allaitement exclusif d’ici 2030.
S’exprimant à l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel 2026, l’institution basée à Abidjan souligne que la réponse aux défis de la nutrition infantile ne réside plus dans l’identification d’interventions éprouvées, mais dans la compréhension précise de leur fonctionnement, de leur financement et de leur pérennisation dans les contextes locaux.
En 2022, la Région africaine de l’OMS affichait un taux d’allaitement exclusif de 48,0 % chez les nourrissons de moins de six mois, frôlant la cible initiale de 50 % fixée pour 2025. Toutefois, la prolongation et le relèvement de cet objectif à 60 % par l’Assemblée mondiale de la Santé en 2025 imposent une révision stratégique et budgétaire des plans nationaux.
La législation a avancé, le financement n’a pas suivi
Selon les données analysées, si la région a accompli des progrès notables sur le plan législatif (avec 34 pays sur 47 dotés de lois alignées sur le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel), le financement et la protection de la maternité accusent un retard significatif.
Seuls quatre pays africains (Burkina Faso, République centrafricaine, Malawi, Madagascar) atteignent le seuil recommandé de 5 dollars US par naissance pour les programmes d’allaitement, et aucun ne remplit l’ensemble des normes de l’Organisation internationale du Travail (OIT) relatives au congé de maternité.
Cette situation d’allaitement sous-optimal entraîne un coût économique lourd pour l’Afrique subsaharienne, estimé à environ 42 milliards de dollars US par an en pertes de revenus futurs (23,6 milliards USD) et en capacités cognitives (18,3 milliards USD).
Cette perte représente 2,58 % du revenu national brut de la région, contre une moyenne mondiale de 0,70 %, faisant de l’Afrique subsaharienne la zone la plus impactée économiquement.
Face à ce constat, le CERFAM souligne l’importance d’étudier l’interaction entre les recommandations globales et les réalités locales (budgets, institutions, lieux de travail). Actuellement, seuls 15 % des pays de la région ont collecté des données représentatives et récentes sur l’allaitement exclusif au cours des cinq dernières années, ce qui limite le pilotage des politiques publiques.
Trois expériences africaines qui méritent d’être documentées
Afin de combler cet écart de mise en œuvre, plusieurs trajectoires nationales méritent une analyse approfondie. Le Rwanda, qui maintient un taux d’allaitement exclusif élevé compris entre 80 % et 90 % depuis 2000 (81,8 % en 2025) grâce à un maillage d’agents de santé communautaires et un financement basé sur la performance.
Le Sénégal, appuyé par une coordination multisectorielle ancrée au sommet de l’État (Conseil national de Développement de la Nutrition) et un cadre favorable sur les lieux de travail. La Côte d’Ivoire, qui a déployé un service de conseil communautaire à l’échelle des districts.
Placé sous l’autorité du Vice-président de la République de Côte d’Ivoire, le CERFAM s’engage, à travers son Plan stratégique 2026-2028, à documenter d’ici 2028 les bonnes pratiques d’au moins la moitié des États africains selon une méthodologie standardisée, tout en visant l’appropriation de sa plateforme de connaissances par au moins 30 % des pays et partenaires du continent.
Quatre priorités pour passer de la décision politique à l’impact
Pour accélérer la dynamique régionale, quatre axes stratégiques sont préconisés, utiliser l’argumentaire d’investissement 2026 pour actualiser les chiffrages nationaux et combler le déficit de financement, passer de l’adoption du Code à sa mise en application effective et son suivi réglementaire, combler l’écart en matière de protection de la maternité, notamment en étendant les garanties au secteur informel qui représente 87,6 % de l’emploi en Afrique subsaharienne, combler le déficit de mesure par la mise en place d’évaluations nationales régulières.
En capitalisant sur ces expériences documentées et évaluées, les États africains disposeront des leviers nécessaires pour renforcer l’efficacité de leurs programmes et assurer un apprentissage Sud-Sud durable d’ici 2030.
(AIP)
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