Bouaké, 22 août 2026 (AIP)- Vingt-cinq acteurs issus d’Organisations communautaires de base (OCB) de Bouaké ont participé, jeudi 20 et vendredi 21 août 2026, au foyer Jeune Viateur de Bouaké, à un atelier de renforcement des capacités sur la gouvernance foncière et la résilience climatique, en vue de prévenir les conflits et de promouvoir l’inclusion.
Cette session de formation s’inscrit dans le cadre du projet « Terres de Paix : Renforcement de la gouvernance foncière et de la résilience climatique pour prévenir les conflits et promouvoir l’inclusion en Côte d’Ivoire, dans les localités de Bouaké et Man », porté par l’ONG SOS Exclusion, en partenariat avec l’Organisation pour la prévention, l’environnement, la santé, l’éducation et l’agriculture Vie (OPCA-Vie), avec le financement de la Fondation Robert Bosch.
L’activité vise à renforcer les capacités des organisations communautaires afin de leur permettre de contribuer à une meilleure gestion des ressources foncières, à la prévention et à la résolution pacifique des conflits, ainsi qu’à l’adaptation des communautés aux effets du changement climatique.
À l’ouverture de l’atelier, le superviseur chargé du suivi et de l’évaluation du projet Terre de Paix, Vazoumana Koné, a rappelé que la gouvernance foncière constitue un enjeu de paix sociale, de cohésion communautaire et de développement durable en Côte d’Ivoire.
Selon lui, les questions foncières restent sensibles dans plusieurs localités, dont Bouaké, en raison de la pluralité des acteurs, de la coexistence entre les règles coutumières et les dispositions légales, de la pression exercée sur les terres agricoles et de l’accès inégal des femmes et des jeunes aux ressources foncières.
À ces facteurs s’ajoutent les effets du changement climatique, qui accentuent la pression sur les terres, les ressources naturelles et les moyens de subsistance des populations et peuvent contribuer à l’apparition ou à l’aggravation des tensions communautaires.
L’objectif de l’atelier était de permettre aux membres des 25 OCB participantes de devenir des acteurs de changement capables de contribuer à une meilleure gouvernance foncière locale et au renforcement de la résilience climatique de leurs communautés.
La formation devait permettre aux participants d’améliorer leurs connaissances du cadre juridique et institutionnel de la gestion des terres en Côte d’Ivoire, de comprendre l’importance des droits fonciers des femmes et des groupes vulnérables et de maîtriser des techniques de médiation et de résolution pacifique des conflits fonciers.
Elle visait aussi à renforcer les capacités des acteurs du secteur agricole en matière de pratiques durables et adaptées aux risques climatiques, à favoriser la participation des femmes, des jeunes et des personnes vulnérables aux mécanismes locaux de gouvernance et à établir un cadre de concertation et d’action commune face aux effets du changement climatique dans le département de Bouaké.

Cinq modules ont été inscrits au programme de la formation. Le premier module, consacré au « Cadre juridique et institutionnel de la gestion des terres en Côte d’Ivoire », a été animé par le professeur Oura Raphaël, enseignant à l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké. Il a porté sur les interactions entre les droits coutumiers et le droit positif ainsi que sur la problématique de la gestion des terres en pays baoulé au regard des dispositions légales et réglementaires en vigueur. Les connaissances acquises doivent permettre aux participants de mieux accompagner les communautés dans les processus de sécurisation des terres dans le département de Bouaké.
Le deuxième module, intitulé « Typologie et médiation des conflits fonciers », a été animé par le sociologue Yao N’Guessan Yves. Il a permis aux participants d’identifier les différentes formes de conflits fonciers, leurs causes et les mécanismes locaux de médiation et de règlement. Les échanges ont également porté sur les conflits opposant agriculteurs et éleveurs.
Le troisième module, consacré à la « Protection de l’environnement : cadre légal et réglementaire, engagements climatiques de la Côte d’Ivoire, impacts du changement climatique sur les terres et les ressources naturelles, pratiques durables à observer », a été développé par un représentant de la Direction régionale de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique de Gbêkê.
Le quatrième module, portant sur « Agriculture, utilisation des terres et changement climatique : pratiques agricoles durables et adaptées pour réduire les risques climatiques », a été présenté par un représentant de la Direction régionale de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières de Gbêkê.
Le cinquième module, consacré à l’« Élaboration d’un plan d’action communautaire intégrant gouvernance foncière, médiation et résilience climatique », a été conduit par Vazoumana Koné.
Les participants ont été appelés à mettre en pratique les connaissances acquises dans leurs communautés, à renforcer le dialogue entre les différents acteurs et à favoriser la recherche de solutions concertées aux différends liés à l’accès et à l’utilisation des terres.
Représentant le préfet de la région de Gbêkê et du département de Bouaké, Tuo Fozié, le chef de division à la préfecture de Bouaké, N’Goran Faustin, a souligné l’importance du projet Terre de Paix et invité les acteurs communautaires à s’impliquer dans sa mise en œuvre.
« Le projet Terre de Paix naît d’un constat simple : la pression sur nos ressources s’accentue, le climat change et bouleverse nos calendriers agricoles. Tout cela menace notre cohésion sociale. Notre responsabilité aujourd’hui est d’anticiper. Nous ne devons pas agir après que le dialogue s’est rompu », a-t-il déclaré.
M. N’Goran a insisté sur la nécessité de prévenir les conflits fonciers par le dialogue et la concertation. « Le désordre foncier est le premier vecteur de discorde, nous devons y mettre fin », a-t-il affirmé.
Il a également mis l’accent sur la participation des femmes et des jeunes aux mécanismes de décision. « L’inclusion est la clé de voûte de ce projet. Le projet Terre de Paix garantit une place centrale aux femmes et aux jeunes dans le processus de décision. Leur voix compte. Leur accès à la terre sera facilité », a-t-il souligné.
Au terme de l’atelier, les participants ont procédé à la mise en place du Comité foncier, environnement et climat (CFEC), présenté comme un cadre de gouvernance participative décentralisé et permanent pour le département de Bouaké.
Le CFEC a pour vocation de contribuer à la préservation de la paix et de la cohésion sociale, à la sécurisation foncière rurale et au renforcement de la résilience des communautés face aux effets du changement climatique. Cette structure doit servir de cadre de concertation entre les différents acteurs concernés par la gestion des terres, la protection de l’environnement, l’agriculture, la médiation des conflits et l’inclusion sociale.
(AIP)
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