Duékoué, 15 oct 2026 (AIP) – À Duékoué, chef-lieu de la région du Guémon (Ouest ivoirien), la collecte de ferraille, communément appelée « fers morts », constitue une source de revenus pour de nombreux jeunes et contribue à la valorisation des déchets métalliques. Encore largement informelle, cette activité présente un potentiel économique dont la pleine exploitation dépend notamment d’une meilleure organisation de la filière et d’une prise en compte des risques auxquels sont exposés ses acteurs.
Des jeunes au cœur de la collecte
Dans les cinq points de collecte visités par l’AIP, le fonctionnement de la filière est similaire. Des jeunes, âgés pour certains de 13 à 18 ans, parcourent les quartiers à la recherche de débris métalliques qu’ils acheminent vers les sites de regroupement. La ferraille y est pesée, puis chargée dans des semi-remorques à destination d’Abidjan, où elle est destinée au recyclage.
« Ces fers morts sont des débris issus de ventilateurs, de réfrigérateurs et de tout autre produit fabriqué à base d’acier que nous récupérons dans les différents quartiers de la ville. Une fois en notre possession, nous procédons à la pesée. Le poids obtenu détermine le prix à verser aux enfants », explique Sékou Traoré, un acteur du secteur qui exerce cette activité depuis plus de 15 ans.
Selon lui, les jeunes collecteurs sont rémunérés entre 50 et 100 FCFA le kilogramme. Les métaux récupérés sont ensuite acheminés vers des entreprises à Abidjan pour être recyclés et transformés en nouveaux produits.
Les opérations de collecte et d’expédition s’organisent au rythme des chargements, généralement planifiés par trimestre. Les revenus des chargeurs, notamment ceux de l’équipe dirigée par M. Traoré, peuvent atteindre 10 000 à 15 000 FCFA à la fin d’un chargement.
Une source de revenus et des ambitions professionnelles
Malgré des gains modestes et irréguliers, la collecte de ferraille représente une possibilité de revenus pour les jeunes qui y prennent part. Assetou Fofana, mère d’un jeune collecteur, y voit notamment un moyen pour son enfant de s’occuper tout en contribuant à certaines dépenses familiales. Elle indique que l’argent gagné permet à son fils de participer à l’achat de ses fournitures scolaires.
Pour Mohamed Sylla, jeune collecteur, cette activité constitue aussi une première expérience qui nourrit un projet professionnel. Il ambitionne de se spécialiser dans les métiers du métal et de devenir ferronnier, à l’image de son oncle.
« J’aimerais plus tard m’investir dans le travail du fer et devenir ferronnier comme mon oncle. J’ai toujours admiré sa bravoure depuis mon plus jeune âge. L’argent qu’on gagne n’est pas beaucoup, mais avec l’aide de Dieu, je m’en sortirai », confie-t-il.
Au-delà de ces parcours individuels, la filière pourrait offrir des perspectives économiques plus importantes si elle bénéficiait d’un encadrement adapté.
Un secteur en quête de professionnalisation
Fort de son expérience, Sékou Traoré appelle les autorités compétentes à accorder davantage d’attention à cette activité, qu’il estime insuffisamment reconnue malgré les possibilités d’emploi qu’elle offre.
« Nous voudrions plaider auprès de nos autorités compétentes pour la prise en compte de cette doléance, afin de professionnaliser ce secteur d’activité, certes négligé, mais qui peut aider plus d’un », plaide-t-il.
Une meilleure structuration permettrait notamment de mieux organiser les collecteurs, de renforcer leurs compétences et de faciliter leur intégration dans la chaîne nationale de recyclage. Elle pourrait également favoriser la valorisation des déchets métalliques, contribuer à l’assainissement des quartiers et soutenir le développement de l’économie circulaire.
La formalisation de la filière pourrait, à terme, offrir aux acteurs un cadre de travail plus stable et permettre aux pouvoirs publics de mieux encadrer les transactions et d’envisager les retombées fiscales liées à cette activité.
Des risques sanitaires à ne pas négliger
Toutefois, la collecte de ferraille expose les travailleurs à des risques liés à la manipulation de métaux coupants ou rouillés et de déchets de nature parfois inconnue. L’absence éventuelle d’équipements de protection adaptés accroît les risques de blessures et d’infections.
Hervé Yobouet, un riverain, estime qu’une meilleure organisation de la filière doit également intégrer la protection sanitaire des personnes qui y travaillent.
« Cette activité comporte tout de même des risques sanitaires qu’il ne faudrait pas négliger. Il s’agit certes de fer, mais avant tout de rouille. Des cas de tétanos et d’infections de ce genre peuvent vite se déclarer. Je trouve qu’il appartient à nos autorités de professionnaliser ce secteur pour la sécurité sociale et sanitaire des usagers », souligne-t-il.
La prévention des accidents, la sensibilisation aux risques sanitaires et la mise à disposition d’équipements de protection figurent ainsi parmi les mesures susceptibles d’améliorer les conditions de travail des collecteurs.
À Duékoué, la collecte de ferraille se situe donc à la croisée de plusieurs enjeux : l’emploi des jeunes, la gestion des déchets et la protection de la santé. Son encadrement, associé à la formation des acteurs et à de meilleures conditions de travail, pourrait contribuer à transformer cette activité informelle en une filière plus structurée, porteuse de revenus et utile à l’économie locale.
(AIP)
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