Abidjan, 17 juil 2025 (AIP) – La désinformation galopante en Afrique de l’Ouest et du Centre expose les équipes de Médecins sans frontières (MSF) à de graves risques sécuritaires, tout en compromettant l’accès humanitaire aux populations les plus vulnérables, a alerté mercredi 16 juillet 2025, l’organisation lors d’un échange avec des professionnels de médias à Abidjan.
Les rumeurs accusant MSF d’être liée au trafic d’organes, à l’espionnage ou encore à des groupes armés prolifèrent sur les réseaux sociaux et les médias locaux, avec des conséquences concrètes sur le terrain. « Nous avons été accusés d’être le bras armé de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française ou de soutenir des groupes terroristes. Ces récits nous empêchent d’accéder à certaines zones, voire de travailler tout court », a expliqué le responsable communication MSF du Mali, Lamine Kéita.
Dans plusieurs pays, notamment au Mali, au Niger et au Cameroun, ces accusations ont mené à des menaces directes contre le personnel. « Nous avons frôlé des attaques à cause de fausses informations diffusées par des influenceurs ou des figures locales. Il nous arrive d’être convoqués par des groupes de jeunes en colère, persuadés que nous complotons contre leur communauté », a-t-il témoigné.
En République centrafricaine, les rumeurs de trafic d’organes ont eu un effet immédiat : « Quand nous avons organisé des collectes de sang, personne ne s’est présenté. La population était persuadée que nous contaminions ou revendions le sang », a-t-il poursuivi lors de son intervention.
Les accusations touchent tous les champs de l’activité de MSF, du recrutement supposé ethniquement biaisé à la complicité supposée avec des puissances étrangères. Dans certains cas, les ONG sont purement expulsées : « Le CICR a été chassé du Niger. MSF est aujourd’hui en train de renégocier son accord avec les autorités », a affirmé une source interne.
MSF tente d’apaiser les tensions par le dialogue communautaire, mais les campagnes coordonnées sur les réseaux rendent ce travail complexe. « Même des leaders religieux ou des journalistes locaux participent à la diffusion de rumeurs », a-t-il déploré.
Face à la multiplication des fake news, MSF dit privilégier les solutions diplomatiques : réunions bilatérales avec les communautés, réponses ciblées aux accusations, mais sans confrontation directe.
« La désinformation ne tue pas seulement la vérité, elle met aussi nos équipes et nos bénéficiaires en danger », a conclu le responsable communication Mali de l’organisation.
(AIP)
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