(Interview réalisée par Piechion Benjamin)
Abidjan, 17 avr 2026 (AIP) – Radiologue et professeur de médecine, Benoît Gallix a mené une brillante carrière académique entre la France et le Canada, notamment en tant que chef du service d’imagerie au CHU de Montpellier, puis responsable du département hospitalier et titulaire de la chaire universitaire d’imagerie à l’Université McGill. En visite en Côte d’Ivoire, il annonce, dans le cadre de cette interview, l’ouverture prochaine d’un centre de check-up à Abidjan, calqué sur le modèle de ceux de Paris, afin de renforcer la prévention et la détection précoce des maladies cardiovasculaires avant qu’elles n’atteignent un stade avancé.
Vous êtes médecin, radiologue et professeur de médecine, avec une carrière en France et à l’international, notamment au Canada. Aujourd’hui directeur général de l’Hôpital Américain de Paris, qu’est-ce qui motive votre présence en Côte d’Ivoire ?
Ma présence en Côte d’Ivoire s’inscrit avant tout dans la continuité d’un projet initié avant ma prise de fonction à la direction de l’Hôpital Américain de Paris. Il s’agit de développer, ici à Abidjan, un centre de check-up, à l’image de ceux que nous avons à Paris. Ce projet vise à offrir des bilans de santé complets, dans le respect des standards d’excellence qui font la réputation de notre institution. Au-delà de cette initiative, notre établissement entretient une relation particulièrement forte avec la Côte d’Ivoire. Une part importante de nos patients est ivoirienne ; il s’agit même de la troisième nationalité accueillie à l’hôpital, après les Français et les Américains. Cette proximité historique justifie pleinement notre présence et notre volonté de renforcer les liens dans le domaine de la santé.
Pouvez-vous préciser les modalités de mise en place de ce centre de check-up ainsi que le calendrier prévu ?
Ce projet est réalisé en partenariat avec des acteurs locaux, notamment l’Institut Cœur de Grâce, récemment ouvert à Abidjan. Un espace y sera spécifiquement dédié aux bilans de santé. Nous n’avons pas vocation à ouvrir un hôpital en Côte d’Ivoire, mais plutôt à partager notre expertise. Dans un premier temps, nous accueillerons environ dix patients par jour, avec une montée en charge progressive. À Paris, nous recevons actuellement près de quarante patients quotidiennement. Notre centre de check-up parisien est une référence en Europe, avec plus de 10 000 bilans réalisés chaque année. À titre de comparaison, la Mayo Clinic, l’un des plus grands centres hospitaliers au monde, en réalise environ 14 000. Nous disposons donc d’un savoir-faire reconnu, que nous développons également à l’international, notamment à Bruxelles avec le CHU Saint-Luc. L’ouverture du centre d’Abidjan est prévue dans les semaines à venir, avant l’été.
Concrètement, qu’apportera ce centre aux populations ?
L’objectif est de promouvoir une médecine préventive de haut niveau, avec les mêmes standards que ceux appliqués à Paris ou dans les plus grands centres internationaux. Il s’agit de changer de paradigme : ne plus attendre la maladie pour agir, mais intervenir en amont.
Lorsqu’un patient arrive à l’hôpital avec un infarctus ou un accident vasculaire cérébral, il est parfois déjà trop tard pour éviter certaines séquelles. En revanche, en intervenant dix à quinze ans plus tôt, il est possible de modifier significativement la trajectoire de santé. La prévention ne repose pas uniquement sur les médicaments, mais également sur des changements précis du mode de vie. Il ne s’agit pas de recommandations générales, telles que « mieux s’alimenter » ou « pratiquer une activité physique », mais d’un accompagnement individualisé fondé sur des données médicales approfondies, permettant de réduire durablement le risque de pathologies graves, notamment cardiovasculaires ou cancéreuses.

Quelles stratégies envisagez-vous pour diffuser cette culture de la prévention à l’échelle nationale en Côte d’Ivoire ?
Dans de nombreux pays occidentaux, près de 97 % des dépenses de santé sont consacrées à des soins curatifs, souvent dispensés à un stade avancé de la maladie. Cette approche, bien qu’indispensable, montre ses limites. Une stratégie proactive, centrée sur la prévention, permettrait d’améliorer significativement les résultats en matière de santé publique. C’est précisément cette vision que nous souhaitons promouvoir à travers ce centre : offrir aux patients la possibilité d’anticiper plutôt que de subir la maladie. Il convient toutefois de préciser que ce type de prestation s’inscrit dans une démarche volontaire et implique une participation financière, puisqu’il s’agit d’investir dans la préservation de sa santé. À terme, notre ambition est de favoriser une diffusion plus large de cette culture de la prévention. À Paris, la concurrence entre différents centres contribue déjà à démocratiser progressivement l’accès aux bilans de santé. Nous espérons qu’un mouvement similaire émergera en Côte d’Ivoire.
Quel impact concret ce modèle de prévention pourrait-il avoir sur le système de santé ivoirien à moyen et long terme ?
Ce centre s’adresse avant tout à des personnes en bonne santé souhaitant anticiper la survenue de pathologies. Il s’agit d’investir dans sa santé en amont, plutôt que d’intervenir dans l’urgence une fois la maladie déclarée. La prévention constitue non seulement un levier majeur d’amélioration de la santé des populations, mais également une approche économiquement vertueuse. Prévenir la maladie coûte, à long terme, moins cher que la traiter.
Comment comptez-vous sensibiliser les populations ivoiriennes à la prévention ?
Je ne souhaite pas donner de leçons, mais partager une expérience. La prévention constitue un défi universel. Par exemple, en France, le dépistage du cancer du sein est gratuit, mais seule une femme sur deux y a recours. Les freins sont souvent psychologiques, culturels ou comportementaux. Cependant, des évolutions positives sont observées. À l’Hôpital Américain de Paris, la demande en matière de bilans de prévention est très forte, avec des délais d’attente pouvant atteindre six mois. Environ 17 % des patients présentent une pathologie inconnue, souvent détectée à un stade précoce.
Quels conseils pratiques donneriez-vous pour réduire les risques cardiovasculaires ?
Il existe des tests simples et peu coûteux permettant de dépister un prédiabète ou d’évaluer les risques cardiovasculaires. Idéalement, ils devraient être réalisés dès 35 ou 40 ans. Les trois piliers fondamentaux sont : une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et un sommeil de qualité. Le sommeil joue un rôle essentiel dans la prévention de nombreuses pathologies, notamment cardiovasculaires et neurodégénératives.
La prévention est-elle réellement moins coûteuse que le traitement curatif ?
Absolument. Dans de nombreux pays, plus de 90 % des dépenses de santé sont consacrées au curatif. Investir dans la prévention permet de réduire les coûts tout en améliorant la qualité de vie. L’objectif n’est pas seulement de vivre plus longtemps, mais de vivre en bonne santé le plus longtemps possible.
Comment comptez-vous valoriser et développer durablement les compétences médicales locales ?

Tous les praticiens mobilisés seront des médecins ivoiriens. L’équipe comprendra un médecin généraliste spécialisé en prévention, un cardiologue et un gynécologue. Cette approche garantit une prise en charge globale et adaptée. Par ailleurs, des échanges avec des étudiants en médecine français permettront de renforcer les compétences locales, notamment dans les domaines des maladies infectieuses et tropicales.
Selon vous, comment la prévention transforme-t-elle notre manière de vieillir ?
La prévention ne vise pas à prolonger indéfiniment la vie, mais à préserver la qualité de vie le plus longtemps possible. En prenant soin de sa santé dès 40 ou 50 ans, il est possible de réduire la période de dépendance et de maladie en fin de vie. Cela contribue à la fois à l’équilibre des systèmes de santé et à une vie plus autonome et plus sereine pour les individus.
(AIP)
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