Abidjan, 10 fév 2026 (AIP) – Véritable vestige forestier au nord d’Abidjan, le domaine « La Rêverie d’Anyama » constitue un corridor écologique essentiel pour la migration des oiseaux entre le parc national du Banco et la forêt classée de Yapo Abé, selon l’expert en environnement Marc Anthelme Kouadio, président de l’ONG Initiative pour le développement communautaire et la conservation de la Forêt (IDEF), lors d’un entretien accordé à l’AIP, mardi 10 février 2026.
Ce site situé dans le village de Yapokoi dans la commune d’Anyama, visité du 11 au 12 décembre 2025 lors d’un voyage de presse organisé dans le cadre de la mise en oeuvre du programme de sensibilisation « Afrikibaaru », fait aujourd’hui l’objet d’un projet de classement en Réserve naturelle volontaire (RNV), une initiative portée par l’ONG IDEF avec l’appui des autorités environnementales.
Un sanctuaire né d’une vision
Née il y a plus de cinquante ans de la vision du Général Tani, « La Rêverie » est un sanctuaire de biodiversité. Alors qu’une ancienne forêt classée de 858 hectares a été presque entièrement déboisée, le fondateur a choisi d’en préserver et d’en enrichir une partie. Aujourd’hui, environ 80 hectares subsistent, formant un conservatoire botanique unique agrémenté d’essences venues des quatre coins du monde. Le nom même du domaine incarne le rêve de son créateur. Faire de cet espace un royaume dédié à la nature et à l’agroécologie.
Une fonction écologique scientifiquement établie
La mission de ce sanctuaire dépasse la simple conservation. « À partir des recherches effectuées, nous avons constaté que des espèces aviaires quittent le Banco et transitent par Yapo Abé. Ce site est un îlot forestier qui assure ce couloir de transition vital pour l’avifaune », a expliqué Marc Anthelme Kouadio. Cette fonction de corridor écologique en fait un maillon indispensable à la connectivité des paysages forestiers de la région.
Vers un statut protecteur : la Réserve naturelle volontaire
Pour pérenniser cette fonction, l’IDEF et les gestionnaires du domaine ont engagé des démarches officielles en vue d’obtenir le classement en RNV.
« Nous avons présenté notre projet et avons reçu l’adhésion de la direction de la protection de la nature. Une visite de terrain a d’ailleurs été effectuée le 30 janvier dernier », a précisé M. Kouadio.
Ce statut juridique, prévu par le Code de l’environnement ivoirien, permettrait de protéger durablement le site tout en instaurant une gestion participative incluant les communautés riveraines.
La procédure, encadrée par le ministère de l’Environnement, implique la constitution d’un dossier technique, des consultations publiques et aboutit, in fine, à un décret de classement en Conseil des ministres.
Un double enjeu : préservation et développement
L’enjeu dépasse la protection d’un espace boisé. Il s’agit de maintenir une connectivité écologique cruciale et de transmettre ce patrimoine naturel aux générations futures.
« L’objectif sera atteint lorsqu’on aura le décret de classement », a souligné le président de l’IDEF, résumant l’aboutissement souhaité de ce projet collectif qui associe société civile, propriétaires, scientifiques et populations locales.
Comme l’ont rappelé des émissaires du ministère de l’Environnement lors d’un voyage de presse à Yapokoi, une RNV est aussi un levier de développement local. Elle peut favoriser l’essor d’une localité grâce à l’écotourisme – générateur d’emplois dans le guidage, l’hébergement ou l’artisanat – et à la rémunération des services écosystémiques (séquestration du carbone, protection de l’eau). Sur le plan écologique, elle permet la conservation de la biodiversité, contribue à la lutte contre les changements climatiques et valorise des terres marginales par une gestion durable des ressources.
Le projet Afrikibaaru en appui
Cette démarche s’inscrit dans le cadre plus large du projet « Afrikibaaru », mis en œuvre par CFI en partenariat avec France Médias Monde (FMM). La deuxième phase de ce projet vise à renforcer les capacités des médias ouest-africains, notamment en Côte d’Ivoire, à produire des contenus de qualité sur les changements climatiques et les solutions de développement durable, favorisant ainsi une participation plus active des populations aux débats publics sur ces enjeux cruciaux.
(AIP)
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