Abidjan,03 juil 2026 (AIP)-Perdue au cœur du village d’Ambeukoi, à une trentaine de kilomètres de Bécoûefin, une modeste bâtisse en matériaux de fortune tient lieu d’école depuis plus de trois décennies. Les murs fissurés, le sol en terre battue, les tableaux usés, les tables-bancs rudimentaires fabriqués à partir de matériaux de récupération et l’absence de clôture témoignent de la précarité de cet établissement communautaire.
À chaque saison des pluies, les salles de classe prennent l’eau, tandis que serpents et autres reptiles s’invitent parfois jusque dans les cours. Pourtant, derrière ces infrastructures dégradées, plus d’une cinquantaine d’enfants viennent chaque année apprendre à lire, écrire et compter, grâce au dévouement d’un unique enseignant bénévole.
Créée en 1993 à l’initiative des populations, l’école communautaire d’Ambeukoi continue de remplir une mission essentielle : offrir aux enfants du village un accès à l’éducation. Sans cette école, de nombreuses familles seraient contraintes d’envoyer leurs enfants parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre une école primaire publique, compromettant ainsi leur scolarisation.
Malgré des conditions d’apprentissage particulièrement difficiles, l’établissement accueille chaque année plus d’une cinquantaine d’élèves, encadrés par un seul enseignant bénévole. Une réalité qui contraste avec les ambitions de la politique de l’école obligatoire en Côte d’Ivoire.
Des conditions d’apprentissage à haut risque
Selon l’enseignant bénévole, Assy Ossey Firmin, vêtu d’une chemise rose claire, d’un pantalon bleu foncé, des chaussures caoutchoucs grises, la cinquantaine révolue, rencontré le vendredi 12 juin 2026, l’établissement n’a jamais bénéficié d’appui.
« Notre école existe depuis plus de 30 ans, mais elle n’a jamais bénéficié d’un quelconque appui des autorités. Pourtant, nous apprenons aux enfants du village à lire et à écrire dès leur plus jeune âge », déplore l’enseignant bénévole.

M. Assy a expliqué que pour leurs besoins, les élèves sont contraints d’aller en brousse, avec les risques que cela comporte, notamment la présence de reptiles.
« Pendant la saison des pluies, les salles de classe sont régulièrement inondées et la cour devient difficilement praticable. Les animaux domestiques traversent librement l’établissement, la clôture en bambou, aujourd’hui totalement effondrée, n’assurant plus aucune protection », a-t-il ajouté.
Une école communautaire construite par les villageois
Érigée par les habitants il y a plus de 30 ans, l’école ne répond à aucune des normes minimales requises pour un établissement scolaire. Les salles de classe sont fortement dégradées, sans sol cimenté ni plafond, avec des tableaux usés et des tables-bancs confectionnés de manière artisanale.
D’après l’enseignant, l’établissement fonctionne en classes jumelées. Les élèves de CP1 et CP2 suivent les cours dans une même salle, tandis que ceux de CE1 occupent un second espace aménagé par les villageois

« À partir du CE2, l’école ne peut plus assurer la continuité pédagogique », a confié l’enseignant bénévole, soulignant préparer lui-même les dossiers de ses élèves qui passent le cap du CE1, afin qu’ils poursuivent leur scolarité dans une école choisie par leurs parents.
Quand serpents et animaux perturbent les cours
Les difficultés ne se limitent pas à l’état des infrastructures. Les salles de classe, dépourvues de plafond, aux dires de M. Assy, laissent parfois passer des serpents et d’autres reptiles qui circulent au-dessus des élèves pendant les leçons.
« Nos salles de classe ne disposent pas de plafonds. Les reptiles nous rendent visite pendant les cours. Malgré cela, les enfants continuent de venir à l’école, preuve de leur attachement à l’éducation », a-t-il relaté.
À ces dangers s’ajoutent les passages incessants des animaux domestiques dans la cour de l’école. « Le bruit des animaux distrait souvent les élèves et perturbe le déroulement normal des cours », ajoute-t-il.
L’absence de sanitaires, un autre défi quotidien
L’école ne dispose d’aucune infrastructure sanitaire. La seule toilette existante, construite par l’enseignant à l’aide d’une bâche, lui sert également de salle de bain.
« Nous n’avons ni toilettes pour les élèves, ni logement convenable pour l’enseignant. En cas d’urgence, certains enfants utilisent cette installation de fortune. Cette situation est vraiment préoccupante », regrette M. Assy.

L’espoir d’une école publique pour les enfants d’Ambeukoi
Malgré ces nombreuses difficultés, l’école communautaire d’Ambeukoi demeure un symbole de résilience et d’engagement communautaire. Depuis plus de trente ans, elle offre à des dizaines d’enfants leurs premiers apprentissages grâce au dévouement d’un enseignant bénévole et à la mobilisation des populations.
Face à la dégradation avancée des infrastructures, au manque criant d’équipements de base et aux risques permanents auxquels sont exposés les élèves, , le chef du village d’Ambeukoi, Achy Bogui Laurent et l’enseignant bénévole Assy Ossey Firmin lancent un appel aux autorités et aux partenaires au développement afin que cette école de fortune soit enfin remplacée par une école primaire publique moderne, capable d’offrir aux enfants d’Ambeukoi un environnement d’apprentissage sûr, digne et conforme aux ambitions éducatives de la Côte d’Ivoire.
« Je plaide le gouvernement et les partenaires au développement de nous aider à acquérir une bonne école avec toutes les commodités et des enseignants pour nos enfants », a exprimé le chef Achy Bogui Laurent.
(Reportage réalisé par Simon Nessenou)
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Encadré 1: Ecole communautaire d’Ambeukoi, une structure essentielle malgré de nombreuses insuffisances
Créée en 1993, l’école communautaire d’Ambeukoi est située à environ 30 km de Bécoûefin. Elle accueille chaque année plus de 50 élèves, encadrés par un seul enseignant bénévole. L’établissement assure les cours du CP1 au CE1. À partir du CE2, les élèves sont contraints de poursuivre leur scolarité dans d’autres écoles.
Malgré son rôle déterminant dans l’accès à l’éducation des enfants du village, l’école évolue dans des conditions particulièrement difficiles. Les infrastructures sont fortement dégradées : absence de toilettes fonctionnelles, manque de clôture sécurisée, salles de classe vétustes et mobilier insuffisant ou inadapté. Ces difficultés constituent un frein à l’amélioration des conditions d’apprentissage et soulignent l’urgence d’un appui pour assurer un cadre scolaire plus sûr et plus adapté.
Encadré 2 : Assy Ossey, 30 ans de bénévolat au service de l’éducation
Depuis la création de l’école communautaire d’Ambeukoi, en 1993, Assy Ossey n’a jamais quitté son poste. Unique enseignant de l’établissement, il dispense bénévolement les cours à des dizaines d’enfants, malgré des conditions de travail particulièrement précaires.
Au-delà de sa mission d’enseignement, il prend en charge les démarches administratives des élèves admis au CE2 afin de faciliter leur inscription dans d’autres écoles où ils poursuivront leur parcours scolaire. Faute d’infrastructures, il a même construit lui-même une toilette de fortune pour répondre à ses besoins.
Animé par un profond sens du devoir, Assy Ossey considère l’école comme un engagement envers les enfants de son village. En dépit du manque de soutien institutionnel et des nombreuses difficultés auxquelles il est confronté, il continue d’assurer sa mission avec la conviction que l’éducation reste le principal moteur du développement de sa communauté.
Encadré 3 : Les priorités pour offrir un cadre d’apprentissage digne
Pour améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage à l’école communautaire d’Ambeukoi, plusieurs besoins sont jugés prioritaires par les populations locales.
Il s’agit notamment de la construction d’une école primaire publique ; la réhabilitation des salles de classe existantes ; la construction de blocs de latrines pour les élèves et les enseignants ; l’acquisition de tables-bancs modernes ; la pose de plafonds et la réfection de la toiture ; la construction d’une clôture pour sécuriser l’établissement ; la construction d’un logement pour l’enseignant ; l’affectation d’enseignants supplémentaires et la mise à disposition de fournitures scolaires et de matériels pédagogiques.
Au-delà de ces infrastructures et équipements, les habitants d’Ambeukoi expriment l’espoir de voir les pouvoirs publics et les partenaires au développement accompagner durablement leur école. Pour eux, répondre à ces besoins constitue un investissement essentiel afin de garantir aux enfants un environnement d’apprentissage sûr, adapté et propice à leur réussite scolaire.
(AIP)
sn/zaar

