Niakara, 29 avr 2025 (AIP) – L’attiéké, plat emblématique en Côte d’Ivoire récemment inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, se fait de plus en plus rare sur les marchés de Niakara (Centre-nord, région du Hambol), provoquant désarroi et hausse des prix chez les consommateurs, a constaté l’AIP.
Depuis février 2025, les habitants peinent à se procurer ce mets traditionnel à base de manioc, pourtant pilier de l’alimentation ivoirienne. « On ne peut même plus avoir de l’attiéké ; c’est devenu très cher et on ne peut plus être rassasié avec 200 FCFA », déplore Salif Ouattara, ouvrier du bâtiment de 29 ans.
À l’origine de cette pénurie, plusieurs facteurs se conjuguent, à savoir la rareté du manioc liée aux aléas climatiques, le recul de la production locale et une demande régionale accrue venue des pays frontaliers.
Selon Hortense Koné, transformatrice expérimentée, la filière est fragilisée par le désintérêt croissant des producteurs. « Beaucoup de cultivateurs préfèrent se consacrer à la noix de cajou, jugée moins pénible et plus rentable », a-t-elle fait remarquer.
Le phénomène est aggravé par une saison sèche prolongée, rendant les sols trop durs pour extraire les tubercules, comme le confirme un agriculteur de 45 ans, Thomas Coulibaly Klossioh. « On ne peut pas déraciner facilement le manioc actuellement à cause de la sécheresse », a-t-il ajouté, évoquant, par ailleurs, le commerce transfrontalier non régulé qui amplifie la tension sur les marchés. Plusieurs opérateurs affirment que des tonnes de manioc râpé ou de poudre fermentée sont exportées vers les pays frontaliers où la demande est forte et les prix plus avantageux.
« Les camions partent chaque semaine, chargés pour l’étranger. C’est plus rentable et on évite les maladies dues à la fumée en transformant localement », indique Solange Amihah, actrice de la filière attiéké.
Cette situation pose la question d’un meilleur encadrement des flux commerciaux, mais aussi de l’urgence de revitaliser la production locale pour préserver l’accès à ce produit identitaire.
Les populations de Niakara appellent à un soutien étatique accru et à une régulation des exportations pour freiner la flambée des prix et préserver la souveraineté alimentaire autour de ce plat devenu un symbole culturel international.
(AIP)
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