Abidjan, 02 août 2025 (AIP) – Le Collectif des attributaires de la Forêt de la Djibi (CAFOD) a appelé à la reconnaissance de leurs droits d’usage sur une parcelle de 1 042 hectares, située dans le district d’Abidjan, lors d’un point presse organisé à Abidjan.
« Nous ne demandons qu’une seule chose : être reconnus dans nos droits d’usage sur ces 1 042 hectares. Ce que l’État voudra en faire par la suite devra obéir aux lois et règlements en matière d’expropriation pour cause d’utilité publique. Cela fait plus de 12 ans que nous l’expliquons au ministère de la Construction et de l’Urbanisme, preuves à l’appui », a déclaré René Pontékêlitigui, le 28 juin 2025 à Abidjan.
Les membres du Collectif, représentant 48 familles bénéficiaires, revendiquent la propriété d’une portion de cette forêt, attribuée par arrêtés ministériels en 1967 et 1968.
Selon leur porte-parole, environ 300 hectares de cette zone font aujourd’hui l’objet de litiges fonciers. « Le terrain retenu pour la deuxième phase du programme de logements sociaux se trouve sur des parcelles issues du déclassement de la forêt de la Djibi, régulièrement attribuées depuis au moins 57 ans à des ivoiriens qui ont contribué au développement agricole du pays », a souligné M. Pontékêlitigui.
Il a noté que ces parcelles ne sauraient relever du domaine foncier coutumier, notamment du village d’Ahoué. « Le domaine foncier rural privé se compose du domaine foncier coutumier et du domaine foncier déclassé par l’État. Aucune communauté ne peut prétendre à des droits coutumiers sur une parcelle déclassée par l’État », a-t-il souligné.
Le juriste Morel Dali, en collaboration avec EOXI Nouvelles pour faire l’aménagement du site, a dénoncé le comportement des agents ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, qu’il accuse de harcèlement.
« Ils nous envoient régulièrement la police pour enchaîner nos machinistes. Récemment, ils nous ont conduits à la gendarmerie d’Anyama, où après enquête, le commandant de brigade a estimé qu’il n’y avait rien à nous reprocher », a-t-il déclaré.
Selon M. Dali, le CAFOD détient des décisions de justice qui leur reconnaissent le droit de poursuivre les travaux sur le site. « Ces décisions stipulent clairement que le CAFOD ne doit pas être dérangé dans ses activités. C’est sur cette base que nous avons lancé l’aménagement du terrain », a-t-il affirmé.
Il a déploré le fait que malgré ces décisions, le Collectif soit toujours entravé dans ses démarches. « Nous avons des décisions de justice, mais ce sont nous qui sommes arrêtés, ce sont nos travaux qu’on empêche. Et ceux qui ont perdu le procès continuent de travailler librement sur le site », a-t-il regretté.
Le président du conseil d’administration de l’entreprise EOXI Nouvelles, mandataire légal du CAFOD, Karamoko Lassana, approché par l’AIP, a pour sa part lancé un appel à l’État ivoirien. « Nous demandons aux autorités de nous venir en aide pour régler ce conflit. Le problème foncier en Côte d’Ivoire ne doit pas être un frein à l’économie ni à la stabilité sociale. Il faut mettre fin à cette situation une bonne fois pour toutes », a-t-il estimé.
En 2013, une opération de lotissement a été engagée sur 300 hectares de cette zone, sans qu’une enquête de commodo et incommodo ne soit réalisée, selon le Collectif. Ce lotissement, baptisé « Héritiers Ahoué », a ensuite été déclaré d’utilité publique, bien que contesté par les attributaires historiques.
En 2016, la chambre administrative de la Cour suprême a annulé le lotissement, et le ministère de la Promotion de la bonne gouvernance a ordonné le gel des compensations financières versées par des promoteurs immobiliers, mettant temporairement le projet en pause.
Cependant, en février 2023, le ministère de la Construction a relancé un programme de logements sociaux sur ce même site, promettant à la chefferie du village voisin d’Ahoué que les engagements pris dans le cadre de la convention de purges seraient respectés. Depuis, le Collectif dénonce l’attribution illégale de parcelles à des opérateurs économiques, dont les groupes Addoha et CDC-Capital.
Le ministère de la Construction a fait adopter en conseil des ministres, le 9 avril 2025, un décret érigeant les 300 hectares litigieux en zone d’utilité publique, une mesure qui relance les tensions sur le terrain.
Sollicité pour en savoir davantage, le ministère de la Construction n’a pas donné suite à la demande de l’AIP.
(AIP)
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