Séguéla, 08 déc 2024 (AIP) – Séguéla, comme de nombreuses villes en Côte d’Ivoire, connaît une croissance démographique rapide alors que les infrastructures de transport ne l’ont pas suivie. Dans la capitale de la région du Worodougou, en l’absence de taxis ordinaires, les motos sont devenues indispensables pour les déplacements quotidiens des populations, créant aujourd’hui une opportunité économique majeure pour de nombreux jeunes.
Origine et ampleur des motos taxis à Séguéla
Selon plusieurs habitants, l’origine des motos taxis remonte à la crise militaro-civile de 2002 en Côte d’Ivoire. À cette époque, à Séguéla, comme dans toute la partie nord du pays occupée par la rébellion d’alors, les motos taxis ont émergé pour pallier le manque de transports publics traditionnels.
« Nous étions parmi les premiers conducteurs de motos taxis à Séguéla. C’était difficile et dangereux avec les nombreux corridors de l’époque, mais il fallait s’accrocher pour survivre », se souvient un ancien conducteur, Binaté Mori.

L’essor des motos taxis est influencé aujourd’hui par plusieurs facteurs, à savoir l’accessibilité, le coût, la flexibilité, la rapidité, la création d’emplois et la réponse à la demande croissante de mobilité. Les motos taxis peuvent accéder à tous les quartiers de Séguéla, même les plus difficilement d’accessibles pour les voitures en raison de l’état des routes.
Selon le président des conducteurs de motos taxis du Woroba, Dosso Tiama, le nombre de conducteurs à Séguéla avoisine 1400 personnes. Cela a conduit à la création de près de 31 gares routières dans la commune. Il existe trois catégories de motos taxis : les tricycles à bagages, les « Saloni » et les deux roues pour les longues distances. « Nous desservons Sifié, Kani, Worofla, Touba et même Mankono », a ajouté Tiama.

Profil des conducteurs
Les conducteurs de motos taxis à Séguéla sont majoritairement des jeunes hommes de 18 à 35 ans. Beaucoup ont choisi ce métier faute d’autres opportunités, même souvent après leurs études. Certains de ces conducteurs sont malheureusement des mineurs, ce qui pose des problèmes de responsabilité et de sécurité, en violation des lois sur l’âge minimum requis pour conduire des véhicules motorisés. « Nous n’acceptons pas que les mineurs conduisent les tricycles », a souligné le président de l’Association des taxis motos du Woroba (ATMW).
Pour être membre de l’ATMW et d’une gare, un conducteur doit payer un droit de 6500 FCFA, un badge à 3000 FCFA, un gilet fluorescent à 5000 FCFA et une plaque des syndicats à 1000 FCFA par an.
Impact économique
Face au chômage et au manque d’opportunités, le métier de conducteur de moto taxi offre une alternative pour de nombreux jeunes. « Certes, les conducteurs ne sont pas propriétaires, mais en leur donnant leurs engins, ceux qui ont acheté les tricycles offrent des opportunités d’emploi à de nombreux jeunes souvent sans qualification », a affirmé Dosso. Cela constitue une source de revenus permettant aux conducteurs de subvenir aux besoins de leurs familles.
Utilité sociale des motos taxis
Pour les habitants de Séguéla, les motos taxis sont plus qu’indispensables, car ils assurent la mobilité dans la commune. Grâce à eux, le déplacement dans les quartiers se fait facilement, même ceux qui sont difficiles d’accès pour les voitures en raison de l’état des routes. En outre, pour bon nombre d’habitants, ils contribuent à permettre aux populations d’économiser grâce à leur coût abordable. « Moi je suis commerçante et j’habite au quartier Rimer. Je prends chaque jour les motos taxis pour me rendre à mon lieu de commerce au grand marché. S’il n’y avait pas de motos taxis, je ne pourrais pas sortir à 4 h du matin et repartir à 19 h à la maison », a expliqué une commerçante, Kéta Massé.
Implication dans les accidents de la circulation
Selon le directeur départemental des Transports, Justin Goé, les motos taxis sont impliqués dans 60% des accidents à Séguéla. Cela est dû au manque de formation, au non-respect du code de la route, à l’état des véhicules, à la surcharge et à la conduite de ces motos par des mineurs.
Accusations de délinquance
Malgré leur utilité, le milieu des conducteurs de motos taxis est parfois taxé d’être le refuge des voleurs et autres délinquants. Mohamed Kanté, commerçant, 50 ans environ, a expliqué qu’en provenance d’Abidjan, la fois dernière vers minuit, il a été dépouillé de ses bagages à la gare « Texaco ». « Les conducteurs se sont rués sur notre car pour proposer leur service. Lorsque mes bagages sont sortis du coffre, celui que j’ai choisi a pris mes bagages et, faisant semblant de les déposer dans un tricycle garé de l’autre côté de la voie, il a profité de mon inattention pour disparaître avec les colis », a-t-il accusé amèrement. Il fait noter sa méfiance vis-à-vis de ces jeunes aux allures souvent patibulaires.
Pour le président de la corporation, dans chaque corps de métier, il y a des brebis galeuses qui gâtent le nom de tout le monde. Il a invité les clients à remarquer et à relever les numéros des motos taxis qu’ils empruntent. « Si tu perds un colis, il faut nous donner seulement le numéro du moto taxi emprunté, à tous les coups ton colis va sortir », a-t-il rassuré.
Difficultés rencontrées
Les conducteurs de motos taxis font face à de nombreuses difficultés, notamment les taux élevés de la patente et de l’impôt, et le prix élevé du carburant. « Si les taxes sont trop élevées, comment allons-nous nous en sortir ? », s’est interrogé le président de l’ATMW. Les conducteurs contribuent à l’économie locale en payant un impôt de 25 000 FCFA par an et la patente de la mairie, ce qui représente une charge financière significative. De plus, les nombreux frais aux barrages des forces de l’ordre s’ajoutent à leur fardeau.
Plaidoyer et recommandations
Dosso Tiama appelle les autorités à revoir la situation des motos taxis. « Nous sommes leurs frères, leurs enfants. Il faut baisser les tarifs des patentes pour nous aider à ne pas quitter ce métier et s’adonner à des activités illicites », a-t-il plaidé.
Il a encouragé la mise en place de programmes de formation pour améliorer la sécurité routière et les compétences des conducteurs, l’établissement de règles claires pour encadrer le métier et protéger les droits des conducteurs. Il a proposé également la facilitation de l’accès au crédit pour permettre aux jeunes d’acquérir des motos et de démarrer leur activité. Ces mesures peuvent aider à réduire le nombre d’accidents impliquant des tricycles à Séguéla et à améliorer la sécurité routière pour tous les usagers.

Exhortation des autorités municipales
Pour les autorités municipales qui ont réaffirmé leur engagement à améliorer les conditions de vie des administrés, les taxes ne sont pas exorbitantes. « Dans une commune, les montants des taxes sont fixés à partir d’études données. Ils sont votés par les conseillers municipaux au cours des sessions budgétaires », a expliqué le premier adjoint au maire, Binaté Mamadou. Il a souligné la disponibilité de la maire à être à l’écoute de ces acteurs du développement de l’économie locale. Il a indiqué que les portes de la mairie sont ouvertes à tous pour le bonheur de la commune.
Le maire-résident a, au nom de la maire, Dr Maférima Bamba, exhorté les motos taxis à se mettre en règle et à respecter le code de la route.
Le métier de conducteur de motos taxis à Séguéla représente une véritable opportunité pour de nombreux jeunes. Malgré les défis, il offre une voie vers l’indépendance financière et une meilleure qualité de vie. Il est important que les autorités locales reconnaissent et soutiennent ce secteur pour améliorer les conditions de travail et la sécurité des conducteurs.
(AIP)
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