Bouaflé, 06 mars 2026 (AIP)-La juge d’instance au tribunal de première instance de Bouaflé, Kouamé Elodie, a animé jeudi 5 mars 2026 une conférence sur le thème « Accès des femmes et des jeunes filles à l’héritage en Côte d’Ivoire : quels défis face aux traditions ? », en appelant à une meilleure appropriation des droits successoraux par les femmes et les jeunes filles.
Cette conférence, initiée par la direction régionale de la Femme, de la Famille et de l’Enfant de la Marahoué, s’inscrivait dans le cadre des activités préparatoires à la Journée internationale des droits des femmes, prévue le 8 mars. Présidée par la secrétaire générale 1 de la préfecture de Bouaflé, Séka Lydie, elle a rassemblé de nombreuses femmes et jeunes filles désireuses de mieux connaître leurs droits en matière successorale.
Au cours de son intervention, la magistrate a rappelé que le droit ivoirien consacre clairement l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’accès à l’héritage. Selon elle, la législation relative aux successions prévoit une répartition égalitaire des biens entre héritiers, sans distinction de sexe.
« En droit ivoirien, la femme et la jeune fille ont le même droit à l’héritage que l’homme et le garçon », a-t-elle souligné, précisant que la loi impose une égalité stricte entre les héritiers, sous réserve des règles relatives à la réserve héréditaire.
Malgré cette reconnaissance juridique, la juge a relevé que l’exercice effectif de ce droit reste souvent confronté à des obstacles d’ordre social et culturel. Dans plusieurs communautés, a-t-elle expliqué, les pratiques coutumières continuent de limiter ou de contester l’accès des femmes et des jeunes filles à l’héritage familial.
Elle a évoqué notamment le cas des jeunes filles, qui, dans certaines traditions, sont parfois exclues de la succession de leurs parents au motif qu’elles sont appelées à se marier et à rejoindre la famille de leur époux. « Cette conception repose sur une vision patriarcale de la famille qui privilégie la transmission des biens au sein de la lignée masculine », a-t-elle indiqué.
La magistrate a également évoqué la situation des femmes mariées, rappelant que le mariage ne rompt pas les liens juridiques avec la famille d’origine. A ce titre, elles conservent pleinement leur qualité d’héritières au même titre que leurs frères et sœurs.
Elle a en outre attiré l’attention sur les difficultés rencontrées par certaines veuves qui, selon certaines pratiques traditionnelles, ne bénéficient que d’un droit temporaire d’usage des biens de leur époux décédé. Or, a-t-elle précisé, la loi ivoirienne reconnaît à la conjointe survivante un droit successoral. En présence d’enfants, la veuve a droit au quart de la succession, tandis qu’en l’absence d’enfants, elle hérite en concurrence avec les parents du défunt.
Pour la juge Kouamé Elodie, le principal défi demeure la reconnaissance sociale de ces droits déjà garantis par la loi. Elle a ainsi plaidé pour une intensification des actions de sensibilisation, l’implication des autorités traditionnelles et une meilleure éducation juridique des femmes et des jeunes filles.
Selon elle, l’enjeu est de faire en sorte que le droit à l’héritage reconnu par la loi devienne une réalité pleinement appliquée au sein des familles et des communautés.
Les échanges qui ont suivi ont permis aux participantes d’approfondir leur compréhension de la question.
(AIP)
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