Abidjan, 6 mars 2026 (AIP)- L’invitée des “Causeries de l’AIP”, Christiane Kolco By, a affirmé, vendredi 6 mars 2026, au siège de l’Agence à Abidjan-Plateau, que l’ordonnance de protection des victimes de violences domestiques et sexuelles constitue une avancée majeure du dispositif juridique ivoirien, mais son application demeure confrontée à plusieurs obstacles pratiques et socioculturels.
Intervenant autour du thème « L’ordonnance de protection des victimes de violences domestiques et sexuelles en Côte d’Ivoire : entre avancées législatives et obstacles pratiques », Mme By a souligné que les violences basées sur le genre demeurent une réalité préoccupante.
« Les statistiques disponibles indiquent une progression des cas signalés ces dernières années. Les violences basées sur le genre évoluent. En 2020, on était autour de 5 000 cas et chaque année plus de 1 000 victimes supplémentaires s’ajoutent. En 2019, on comptait déjà un peu plus de 10 000 cas. Donc c’est une réalité », a-t-elle indiqué, rappelant que les organisations de la société civile reçoivent régulièrement des victimes dans leurs structures pour les accompagner.
Elle a expliqué que l’adoption de l’ordonnance de protection a été favorisée par la recrudescence des violences conjugales, notamment les féminicides. « Il y a de plus en plus de féminicides en Côte d’Ivoire. Des époux ôtent la vie à leurs épouses. C’est tout cet environnement qui a favorisé l’adoption de cette loi et les plaidoyers des organisations de la société civile auprès des autorités », a-t-elle précisé.
Elle a également relevé que la peur de dénoncer constitue l’un des freins majeurs à la lutte contre ces violences. « La femme a peur que son mari aille en prison, peur des réactions de la famille ou des beaux-parents. Cette crainte empêche souvent les victimes de porter plainte », a-t-elle expliqué.
L’ordonnance de protection présente toutefois l’avantage de pouvoir être obtenue sans engager préalablement une procédure pénale. « La victime n’a pas forcément besoin d’aller d’abord au commissariat ou à la gendarmerie pour porter plainte. Elle peut directement saisir le tribunal et obtenir l’ordonnance de protection », a-t-elle fait savoir.
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent dans l’application du dispositif. Elle a notamment évoqué des difficultés liées à l’appréciation du danger par le juge, la possibilité de retrait de l’ordonnance ou encore les pressions familiales exercées sur les victimes.
À cela s’ajoutent des contraintes pratiques, notamment la notification de l’ordonnance à l’agresseur, qui nécessite souvent l’intervention d’un commissaire de justice. « Cela suppose que la victime ait la capacité financière de payer ce service, ce qui constitue un frein pour beaucoup », a-t-elle dit.
Elle a également relevé que le délai légal de 24 heures pour la délivrance de l’ordonnance n’est pas toujours respecté dans la pratique, ce qui expose davantage les victimes.
Face à ces difficultés, Christiane Kolco By a appelé à une plus grande mobilisation de tous les acteurs pour améliorer l’efficacité du mécanisme. « La loi existe, mais il faut la vulgariser. La population doit être encouragée à dénoncer les violences, car sans dénonciation, il n’y a pas de protection », a-t-elle insisté.
(AIP)
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