Lakota, 28 mars 2026 (AIP) – À Néko, village de la sous-préfecture de Niambézaria, situé à une dizaine de kilomètre de Lakota, le quotidien des populations est affecté par une pénurie d’eau potable. Les habitants des quartiers Domaboué, Gnahoréparéhoin, Sokourigbériparéhoin, Kokoboué, Goboué, Zikoboué et celui des allogènes sont confrontés à un manque d’eau qui fragilise leur morale et empiète sur leurs habitudes.
Un Quotidien difficile
Le chef central du village de Néko, Gnégbo Gaston, rencontré à son domicile, au quartier Goboué, a tiré la sonnette d’alarme sur une grave pénurie d’eau qui frappe sa communauté cette année. Il a indiqué que la majorité des puits ont tari et ne parviennent plus à répondre aux besoins quotidiens. Selon lui, les femmes, en première ligne, peinent à approvisionner les ménages, laissant la population dans une détresse persistante. « Chaque jour, les habitants se réveillent avant l’aube pour chercher quelques litres dans des puits boueux ou à la pompe unique du village », a-t-il déclaré.
Le directeur du groupe scolaire du village, Dago Dadié Fulgence, a exprimé son inquiétude face à la crise d’eau persistante. « Nous avons un véritable problème d’eau à Neko chaque année lorsqu’il ne pleut pas. Nous qui travaillons ici sommes peinés parce que le problème se fait sentir durablement pour nos foyers », a affirmé avec amertume M. Dago.
Il a précisé que le quartier de Gnahoréparéhoin dispose de la seule pompe encore fonctionnelle, provoquant des files d’attente « monstrueuses ». Faute de mieux, la communauté éducative est contrainte de recourir aux puits, situés aux abords de l’école pour assurer un minimum d’approvisionnement.

La crise d’eau continue de plonger le village dans une profonde détresse. Tohouri Anderson, habitant du quartier Domanboué, résume sa souffrance : « C’est très pénible pour notre quotidien ici à Neko. L’eau source de vie est ici source d’efforts et de difficultés. J’ai juste pitié pour nos femmes et nos mamans qui souffrent dans cette quête ».
Gbahié Faustin, notable du village, témoigne pour sa part que le puits de sa cour est le seul fonctionnel du quartier Zikoboué et que dès 03 h du matin, sa famille assiste à une animation qui défie l’entendement, sa cour étant prise d’assaut par des dizaines de femmes.
De son côté, Azié Djoukou Bernadette, une habitante du village, regrette la faible capacité du château d’eau de la Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (SODECI) qui ne couvre pas les besoins des populations en adduction en eau potable. « Nous ne pouvons pas compter sur le château d’eau du village. Notre survie repose sur des puits ou autres sources en brousse qui tarissent lorsqu’il ne pleut pas comme actuellement. Même l’eau de puits est une denrée rare ici », a-t-elle soutenu.
Les femmes au front
La pénurie d’eau frappe durement les foyers et met les femmes en première ligne. Vako Larissa, la trentaine, revenant du puits avec son enfant de trois ans, n’a pu rapporter qu’une seule cuvette. « Si tu ne te réveilles pas à 3 h ou 04 h, ta famille est privée d’eau », explique-t-elle.

Au quartier Dioulabougou, Zougrana Sanata déplore la qualité de l’eau puisée. « La couleur est si repoussante qu’elle ne donne pas envie d’être utilisée », soutient-elle, contrainte malgré tout d’en utiliser. À Gnahoréparéhoin, Kossié Pélagie attend son tour devant la pompe unique, jugeant le rationnement nécessaire mais éprouvant.
La présidente des femmes du village, Boga Georgette, montre ses bidons de 25 litres entassés dans sa cour. « Nous sommes obligées de payer des tricycles pour rapporter de l’eau, ou d’acheter des sachets d’eau en boutique », confie-t-elle. Selon une autre femme du village, Boli Younan Reine, la tension provoquée par cette pénurie d’eau dans le village fait que les femmes ne dorment pas, allant même jusqu’à se bagarrer au point d’eau.

Pour dame Gnahoré Wawa, du quartier Domaboué, obtenir assez d’eau pour toute la famille relève du miracle. Elle déplore les pannes à répétition du forage local, relevant que pour satisfaire les besoins en eau de sa famille elle est obligée de se débrouiller comme elle le peut.
Déficit d’infrastructures
Le chef du village, Gnégbo Gaston, rappelle que la localité dispose d’un château d’eau construit au début des années 2000, sous l’impulsion de feu le ministre Boga Doudou Emile. Géré par la SODECI, cet ouvrage, jugé trop petit pour une population estimée à un peu plus de 5 000 habitants, fonctionne de manière irrégulière. Le chef souligne qu’un projet gouvernemental, porté par l’Office national d’eau potable (ONEP) pour un grand château d’eau, est resté inachevé, malgré la pose de la première pierre et de canalisations. Dans le quartier de Domanboué, le forage réalisé par les habitants connaît des difficultés de fonctionnement en raison de pannes récurrentes qui entravent son utilisation normale.
Dans ce contexte, les populations dépendent de puits précaires et autres sources d’eau dans les bas-fonds. La seule véritable pompe utilisée par les quartiers autochtones de Néko est celle de Gnahoréparéhoin. Son gérant, Dobra Babo Emmanuel, explique qu’elle fut d’abord manuelle avant d’être transformée en pompe électrique par les cadres du quartier. Il précise que l’eau y est rationnée par des horaires stricts. « J’ai conscience que les gens ne reçoivent pas suffisamment d’eau pour leurs familles. Et quand c’est l’heure de fermer, ils s’en prennent verbalement à moi », confie-t-il.

Au quartier Dioulabougou, certaines femmes également arpentent les dizaines de puits de leur secteur pour trouver de l’eau. Toutefois, des initiatives privées ont apporté un début de solutions en y construisant des forages d’eau potable. Kobenan Kouadio Léonce, délégué d’une coopérative agricole, indique que sa structure a réalisé un forage à énergie solaire pour fournir de l’eau potable aux communautés rurales.
Conséquences sociales et sanitaires
La crise d’eau bouleverse le quotidien des habitants de la localité. Dès 03 heures du matin, le quartier de Zikoboué accueille des femmes en quête d’eau, non plus potable, mais simplement suffisante pour les besoins familiaux. Devant les puits, elles patientent, soucieuses, se disputent avec des seaux vides, expliquant que « le puits se repose » avant de laisser remonter une eau souvent teintée de boue.
Cette pénurie fragilise l’hygiène. Bains et toilettes deviennent irréguliers, comme le souligne Dohan Tohouri. La consommation d’eau non potable issue des puits ou des marigots accroît les risques sanitaires. « On est fatigué de voir nos femmes nous abandonner dès le petit matin pour aller en quête d’eau », s’est exclamé un autre habitant, exprimant la frustration et l’impuissance des hommes du village ne digèrent nullement cette situation.
Le chef de famille Dohan Charles dénonce une injustice supplémentaire, car a-t-il souligné, ils possèdent des compteurs de la SODECI et paient des factures d’eau sans recevoir d’eau potable au robinet. Il alerte sur les tensions sociales qui s’exacerbent autour des rares points d’eau et sur les risques sanitaires évidents, liés à cette situation. Les familles disposant de puits voient leur tranquillité bouleversée dès l’aube, dans un village où l’accès à l’eau est devenu une lutte quotidienne.
Appels à l’aide
Les habitants du village multiplient les appels à l’aide pour mettre fin à la crise d’eau qui les accable. Dans les différents quartiers, les femmes, premières concernées, dénoncent l’insuffisance d’une seule pompe pour toute la localité et réclament un château d’eau digne de ce nom.

La présidente des femmes, Boga Georgette, a lancé un plaidoyer en direction du président du conseil régional du Lôh-Djiboua, le ministre Amédé Kouakou Koffi, désormais en charge de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité : « Nous croyons au sens de responsabilité du ministre Amédé et en son attachement à notre région. C’est pourquoi nous l’appelons à nous tendre la main, à faire jaillir l’eau vive dans notre village, à nous offrir des infrastructures qui libèreront, nous les femmes de cette corvée interminable ».
Le chef du village, Gnégbo Gaston, a lui aussi lancé un cri de détresse : « Néko n’a pas d’eau. Nos femmes pataugent en brousse pour rapporter de l’eau non potable. Nous appelons le ministre Amédé à nous venir en aide ».
À Néko, l’eau est devenue symbole de survie, de dignité et de justice sociale. Dans ce village de près de 6 000 habitants, la pénurie chronique d’eau potable fragilise la santé, l’éducation et l’avenir des familles. Chaque goutte attendue se transforme en bataille contre la fatigue et la résignation.
Les femmes, piliers de la communauté, portent sur leurs épaules le poids de cette quête quotidienne, tandis que les enfants grandissent dans l’ombre d’une soif qui freine leurs rêves. L’absence d’eau n’est pas seulement un manque matériel. Elle est vécue comme une fracture sociale, une injustice qui prive les habitants de leur droit le plus élémentaire et menace la cohésion du village.
Les déclarations des populations, du chef central aux notables, en passant par les enseignants et les mères de famille, convergent vers un même appel, à savoir que les promesses faites se transforment enfin en actes. Les habitants demandent des infrastructures durables, capables de mettre fin à cette corvée interminable et de restaurer la dignité de Néko.
(AIP)
ob/jmk/fmo
Un reportage de Ouattara Banafani Brahima, correspondant de Lakota

