Abidjan, 14 juin 2026 (AIP) – Le Centre d’accompagnement médico-professionnel pour déficients intellectuels (CAMPDI)- Rayon d’espoir a lancé un vibrant appel aux pouvoirs publics, aux entreprises et aux partenaires au développement pour une meilleure insertion socioprofessionnelle des jeunes vivant avec une déficience intellectuelle, à l’occasion de son dîner gala étoilé organisé samedi 13 juin 2026 à l’hôtel Palm Club de Cocody.
Placée sous le signe de l’inclusion, de l’autonomie et de la célébration des talents, cette soirée a permis de mettre en lumière les capacités et les progrès réalisés par des dizaines de jeunes bénéficiaires du centre, à travers la remise de certificats de formation dans plusieurs domaines professionnels adaptés.
Les récipiendaires, atteints de déficience intellectuelle légère ou moyenne, ont été formés en pâtisserie, cuisine, coiffure, musique et danse, techniques d’hygiène et d’entretien, programmation robotique ainsi qu’en civisme. Une formation destinée à favoriser leur autonomie et leur insertion future dans la société.
Au-delà de la célébration, l’événement a surtout servi de tribune pour attirer l’attention sur les difficultés persistantes auxquelles sont confrontés ces jeunes lorsqu’il s’agit d’accéder à un emploi ou à une formation qualifiante en entreprise.
La présidente fondatrice du CAMPDI-Rayon d’espoir, Nelly Coulibaly, a rappelé que le centre a été créé en 2018 par des parents soucieux d’offrir un avenir à leurs enfants vivant avec un handicap intellectuel.
« Nous avons voulu combler un vide en aidant ces jeunes à accéder à des formations professionnelles afin qu’ils puissent développer leur autonomie et devenir, demain, des citoyens capables de gagner leur vie », a-t-elle expliqué.
Selon elle, malgré les résultats encourageants enregistrés depuis la création du centre, les moyens demeurent insuffisants pour répondre à l’ensemble des besoins. Elle a ainsi lancé un appel pressant à l’État, aux institutions publiques et aux partenaires privés pour renforcer l’encadrement des jeunes accueillis.
« Nous avons besoin d’éducateurs spécialisés, d’orthophonistes, de kinésithérapeutes et d’autres professionnels capables d’accompagner ces enfants vers une autonomie complète », a-t-elle plaidé.

Mme Coulibaly nourrit également l’ambition de créer un centre de vie permettant aux jeunes déficients intellectuels de disposer d’espaces de vie adaptés tout en poursuivant leur formation professionnelle.
« Notre rêve est de construire un cadre où chaque jeune pourra vivre dans son propre espace, se former sur place et exercer un métier comme la menuiserie, la peinture ou d’autres activités génératrices de revenus », a-t-elle confié.
Mais son principal cri du cœur a porté sur l’accès à l’emploi. Tout en saluant quelques entreprises ayant accepté d’accueillir des bénéficiaires du CAMPDI en stage ou en formation, elle estime que les opportunités restent largement insuffisantes.
« Ces enfants ont droit à l’emploi. Pourquoi leur ferme-t-on les portes ? Pourquoi les repoussons-nous alors qu’ils ont reçu une formation et démontrent chaque jour leurs capacités ? », s’est-elle interrogée.
Pour la présidente fondatrice, l’inquiétude majeure des parents d’enfants vivant avec un handicap intellectuel demeure leur avenir lorsque leurs proches ne seront plus là pour les accompagner.
« La grande question que se posent tous les parents est : que deviendront nos enfants lorsque nous aurons fermé les yeux ? », a-t-elle déclaré avec émotion, estimant que l’accès à l’emploi constitue la meilleure garantie d’autonomie et de dignité pour ces jeunes.
Même son de cloche chez la directrice du CAMPDI, Clarisse Milce, qui a insisté sur la nécessité de changer le regard de la société et du monde de l’entreprise sur le handicap cognitif.
Selon elle, si les personnes vivant avec un handicap moteur ou sensoriel commencent progressivement à trouver leur place dans le milieu professionnel, les personnes atteintes d’autisme ou de trisomie 21 continuent de faire face à de nombreux préjugés.
« Quand on parle d’autisme ou de trisomie 21, nous sommes encore confrontés à des réticences et à des difficultés d’insertion. Les entreprises n’ont pas encore suffisamment compris qu’il est possible de les accueillir et de les accompagner efficacement », a-t-elle regretté.

Pour Mme Milce, cette situation résulte en grande partie d’une méconnaissance du handicap cognitif. Elle a assuré que les professionnels du secteur sont disposés à accompagner les entreprises dans cette démarche.
« Nous sommes prêts à former les équipes, à sensibiliser le personnel et à montrer qu’il existe des méthodes adaptées pour intégrer ces jeunes dans les entreprises », a-t-elle expliqué.
Depuis 2022, le centre mène un plaidoyer actif en faveur de l’emploi des personnes présentant un handicap intellectuel. Cette mobilisation a déjà permis à deux entreprises d’accueillir des jeunes bénéficiaires pour des stages de longue durée.
Toutefois, ces expériences demeurent exceptionnelles. « Nous avons encore des jeunes prêts à travailler, mais les portes nous sont souvent fermées. C’est une réalité que nous vivons quotidiennement », a-t-elle déploré.
Les responsables du CAMPDI estiment pourtant que les exemples observés dans plusieurs pays démontrent que les personnes vivant avec un handicap cognitif peuvent exercer une activité professionnelle et contribuer pleinement à la vie économique lorsqu’elles bénéficient d’un accompagnement adapté.
Créé en 2018 à l’initiative de parents d’enfants vivant avec une déficience intellectuelle, le CAMPDI-Rayon d’espoir œuvre à l’accompagnement éducatif, social et professionnel de ces jeunes afin de favoriser leur inclusion et leur autonomie.
À travers ce dîner gala, le centre a voulu rappeler que derrière chaque handicap se cache un potentiel qui ne demande qu’à être reconnu, accompagné et valorisé par l’ensemble de la société.
(AIP)
zaar

