Bondoukou, 02 juil 2026 (AIP) – L’écrivain ivoirien Homan Kouadio Évariste, directeur régional de la Culture et de la Francophonie du Gontougo, fait des principes du jeu des alliances interethniques le socle de son nouveau roman, « Le serpent est parfois porteur de bonnes nouvelles », en contribuant à la consolidation de la cohésion sociale et de la paix en Côte d’Ivoire à travers la valorisation d’un héritage culturel.
Au cours d’un entretien accordé mercredi 1er juillet 2026, à l’AIP, l’auteur a révélé que son roman est le fruit de six années de recherches consacrées au fonctionnement et aux principes du jeu des alliances, une institution coutumière qu’il estime insuffisamment connue et souvent réduite, à tort, à de simples plaisanteries entre communautés.
« J’ai estimé que les alliances interethniques peuvent contribuer énormément à la cohésion sociale et à la paix. C’est l’un des plus grands héritages que nous possédons encore. Si nous le perdons, nous risquons de nous perdre nous-mêmes », a déclaré M. Homan, également inspecteur général option lettres modernes.
L’intrigue s’inspire de l’histoire d’ une communauté entière bannie d’un village après qu’un de ses membres a commis un homicide. Plusieurs années plus tard, la construction d’un collège par l’État et l’affectation d’un enseignant issu de cette communauté ravivent les tensions entre les autorités administratives et les responsables coutumiers.
Face à l’échec des négociations classiques, le récit met en scène le recours au jeu des alliances comme mécanisme traditionnel de médiation, permettant progressivement de dépasser les rancœurs, de restaurer le dialogue et d’ouvrir la voie à la réconciliation.
Pour Homan Kouadio, cette fiction démontre que les valeurs culturelles africaines demeurent des instruments modernes de prévention et de règlement des conflits, capables d’accompagner les politiques publiques de cohésion sociale. Au-delà de la narration, l’auteur affirme avoir identifié 11 principes qui structurent le jeu des alliances.
Parmi ceux-ci figurent l’obligation d’accorder l’hospitalité à son allié, de lui porter assistance, de lui témoigner de la considération, d’accepter sans colère les plaisanteries rituelles, tout en s’interdisant toute moquerie portant sur une infirmité ou une atteinte à la dignité humaine.
Selon lui, l’un des principes majeurs veut qu’aucune médiation proposée par un allié ne puisse être rejetée, ce qui fait du jeu des alliances un puissant outil traditionnel de règlement des différends.
L’auteur insiste également sur deux règles qu’il considère comme fondamentales. La première consiste à traiter « l’allié de son allié avec la même disposition », créant ainsi une véritable chaîne de fraternité entre communautés. La seconde impose de transmettre intactes ces règles aux générations futures afin d’assurer leur pérennité.
Pour l’écrivain, ces principes constituent une véritable école du vivre-ensemble, fondée sur la solidarité, le respect mutuel, le pardon et la responsabilité collective.
En érigeant le jeu des alliances en véritable patrimoine de gouvernance sociale, l’auteur propose une lecture originale de la culture comme facteur de développement humain et de stabilité.
« La plus grande politique est celle qui conduit à la paix. Nous ne voyageons pas avec nos immeubles, mais nous pouvons voyager avec notre culture », a affirmé Homan Kouadio, plaidant ainsi pour une meilleure valorisation de cette institution à travers les recherches universitaires, les festivals culturels, les colloques, les programmes éducatifs et la transmission aux jeunes générations.

Sur le plan littéraire, « Le serpent est parfois porteur de bonnes nouvelles » dépasse le cadre du roman de fiction pour s’inscrire dans la tradition de la littérature engagée. L’œuvre fait dialoguer les institutions modernes avec les mécanismes traditionnels de médiation, tout en montrant que certaines pratiques culturelles peuvent encore apporter des réponses pertinentes aux défis contemporains du vivre-ensemble.
Comparant la culture au système immunitaire du corps humain, il a estimé qu’un peuple qui perd sa culture perd progressivement sa capacité à résister aux crises et à transmettre son identité aux générations futures.
Auteur de plusieurs ouvrages consacrés notamment » Côte d’Ivoire, sabotage d’un processus démocratique » aux éditions Harmattan, « Rumeurs assassines », « Le bien-aimé du Père Noël », Homan Kouadio Évariste a publié son premier livre en 2015.
(AIP)
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