Abidjan, 15 juil 2026 (AIP) – Le commerce de la gomme arabique contribue à alimenter une « économie de guerre » au Soudan, où les parties au conflit tirent profit du contrôle des ressources naturelles, des territoires et des routes commerciales, selon un rapport du Bureau des droits de l’homme des Nations Unies (HCDH) publié mercredi 15 juillet 2026.
Dans ce document, le HCDH souligne que les richesses naturelles du pays, au lieu de bénéficier aux populations, sont exploitées pour financer des opérations militaires de plus en plus coûteuses, entretenant un conflit qui « s’autoalimente de plus en plus ».
« Les immenses richesses en ressources naturelles du Soudan devraient profiter à sa population. Malheureusement, ce que nous constatons aujourd’hui est tout sauf cela. En réalité, cette richesse ne sert qu’à alimenter le conflit, causant des souffrances à une échelle considérable », a déploré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk.
Le rapport met particulièrement en lumière la filière de la gomme arabique, un produit utilisé dans de nombreux secteurs industriels, notamment l’agroalimentaire, les cosmétiques et l’industrie pharmaceutique. Avant le déclenchement de la guerre en 2023, le Soudan représentait entre 70 % et 80 % des exportations mondiales de gomme arabique brute.
Bien que sa valeur commerciale soit inférieure à celle d’autres matières premières, cette filière demeure une source essentielle de revenus pour des millions de Soudanais et constitue l’un des principaux produits d’exportation du pays.
Selon le HCDH, les populations vivant de cette activité sont toutefois confrontées à de nombreuses violations, notamment des pillages, des extorsions, des détentions arbitraires et des menaces, particulièrement dans les zones contrôlées par les Forces de soutien rapide (FSR) et leurs alliés.
Le rapport cite notamment le pillage présumé, en mai 2025, de la Bourse de la gomme arabique d’El-Nuhud, dans l’État du Kordofan occidental, ainsi que de ses entrepôts contenant des stocks destinés à l’exportation, une situation qui aurait fortement perturbé le commerce local.
Depuis le début des hostilités, la fragmentation du territoire soudanais a également modifié les circuits commerciaux. La gomme arabique issue des zones contrôlées par les Forces armées soudanaises (SAF) est principalement acheminée vers Port-Soudan, tandis que celle provenant des territoires sous contrôle des FSR emprunte davantage des routes clandestines vers les pays voisins.
Le HCDH appelle les États et les entreprises impliqués dans cette chaîne d’approvisionnement à renforcer les mécanismes de traçabilité et de contrôle afin d’éviter que le commerce de la gomme arabique ne contribue au financement du conflit.
« Les entreprises ne peuvent pas continuer à mener leurs activités comme si de rien n’était lorsqu’elles s’approvisionnent auprès de chaînes de valeur touchées par un conflit », a averti Volker Türk, appelant la communauté internationale à accorder une attention accrue aux matières premières et aux routes commerciales qui entretiennent cette économie de guerre.
(AIP)
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