Abidjan, 1er juil 2026 (AIP) – À Mossikro Banco-Nord, dans la commune d’Attécoubé, le paysage porte encore les stigmates des glissements de terrain provoqués par les fortes pluies tombées dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 juin 2026.
Sur place, les habitants s’organisent progressivement pour quitter cette zone meurtrie, où chacun tente désormais de reconstruire un avenir loin des pentes devenues instables. Des matelas empilés sur des brouettes, des réfrigérateurs hissés sur des camionnettes, des enfants serrant quelques effets personnels et des familles refermant une dernière fois la porte de maisons devenues inhabitables.
Dans les ruelles habituellement animées de ce sous-quartier, les opérations de déménagement se succèdent. Des voisins s’entraident pour transporter des meubles et des électroménagers vers des véhicules de fortune, tandis que d’autres fouillent encore les décombres afin de récupérer les derniers biens épargnés.
Installé dans le secteur depuis 2008, le menuisier Bamba Ibrahima fait partie des premiers à avoir pris la décision de partir.
« On ne peut plus rester ici. Nos affaires sont déjà déplacées vers l’école. Pour le moment, rien n’est décidé pour la suite », confie-t-il, le regard tourné vers la concession qu’il s’apprête à abandonner.
À quelques mètres de là, le silence qui entoure certaines habitations, contraste avec l’agitation des déménagements. Dans la concession de Youan Bi Francis, une partie de la maison s’est effondrée sur une chambre occupée par des locataires.
« Tout le monde dormait. C’est au réveil qu’on a découvert les dégâts », raconte-t-il, encore marqué par le drame. L’effondrement a coûté la vie à trois occupants de la concession, deux adultes et un enfant.
Plus loin, les habitants poursuivent spontanément les élans de solidarité nés au lendemain de la catastrophe. Adama Ouattara participe au déplacement des effets personnels de plusieurs voisins tout en revenant sur les difficultés que connaissait le quartier avant le drame.
« Quand il pleut, l’eau descend constamment sur les maisons. La terre reste mouillée et finit par céder », explique-t-il. Selon lui, cinq de ses voisins, dont une femme enceinte, ont perdu la vie lors des glissements de terrain.
Au-delà de l’émotion, les responsables communautaires s’efforcent d’organiser le départ des familles. Le vice-président du comité de gestion du quartier, Yapo Mohamed, indique qu’une dizaine de familles, représentant plus d’une cinquantaine de personnes, ont déjà quitté les lieux. Certaines sont provisoirement hébergées dans une école confessionnelle mise à disposition par une autorité religieuse, tandis que d’autres attendent leur orientation vers le site officiel de recasement.
Pour le président du quartier, Karim Tangara, cette catastrophe rappelle la nécessité de respecter les mesures de prévention dans les zones exposées.
« Quand une zone est déclarée à risque, il faut accepter de partir », insiste-t-il, rappelant que des campagnes de sensibilisation avaient été menées avant les intempéries pour inviter les populations concernées à évacuer les secteurs les plus vulnérables.
Pendant ce temps, les opérations de secours et d’évaluation se poursuivent. Les autorités municipales et les services de l’État recensent les besoins des sinistrés, tandis que le gouvernement a annoncé l’identification de nouveaux sites de recasement, le relogement des ménages affectés, le renforcement de l’assistance sociale et la poursuite de l’aménagement d’un site d’accueil définitif à Songon.
Selon le bilan provisoire communiqué par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, au moins 12 personnes ont trouvé la mort à Mossikro à la suite des glissements de terrain. À l’échelle du district autonome d’Abidjan, les intempéries des dernières quarante-huit heures ont fait une vingtaine de victimes, les autres décès ayant été enregistrés notamment à Yopougon et à Cocody.
À Banco-Nord, toutefois, l’heure n’est plus aux chiffres. Au fil des départs, les concessions se vident lentement, laissant derrière elles des pans de murs fissurés, des souvenirs abandonnés et tout un quartier qui tente, dans la douleur, de refermer l’une des pages les plus tragiques de son histoire récente.
(AIP)
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