Piéchion Benjamin
Abidjan, 7 oct 2026 (AIP) – Le ronronnement des engins de chantier couvre par moments le bruit de la circulation. À Yopougon, une grue soulève lentement une imposante cage d’armature destinée au ferraillage d’un pieu. Quelques mètres plus loin, des ouvriers s’activent autour d’un ouvrage en construction. Le chantier du Bus Rapid Transit (BRT) avance, sous le regard des responsables du Projet de mobilité urbaine d’Abidjan (PMUA), qui ont conduit, jeudi 1er octobre 2026, une visite de terrain consacrée à l’état d’avancement des travaux.
Au PK0, point de départ du corridor du BRT, les travaux donnent déjà une idée de l’ampleur de l’infrastructure appelée à relier Yopougon à Bingerville. Un pont est en construction pour permettre au futur corridor de franchir un canal. L’ouvrage doit notamment contribuer à contenir les nuisances olfactives liées à ce cours d’eau et à assurer la continuité de la voie réservée aux autobus. À proximité, l’activité est intense. La grue dépose avec précision une cage métallique qui sera introduite dans un pieu. Plusieurs pieux ont déjà été réalisés et les équipes poursuivent les travaux de fondation. Le futur pont s’inscrit dans le prolongement de l’axe conduisant vers le quatrième pont.
Une ligne pensée autour de deux dépôts
À quelques encablures du chantier se dessine l’un des éléments essentiels du futur système : le dépôt des autobus. « C’est ici que seront assurées la maintenance, le stationnement et une partie des opérations de recharge des véhicules », explique l’ingénieur chargé des opérations d’aménagement urbain du PMUA, Koffi Claude.
Le BRT sera exploité avec des bus 100 % électriques. Deux dépôts sont prévus aux deux extrémités du corridor, à Yopougon et à Bingerville. Chacun doit couvrir environ trois hectares. À Yopougon, la libération de l’emprise se poursuit. Une partie du site est déjà disponible, tandis que certaines zones restent occupées par des populations concernées par le processus d’indemnisation. Leur prise en charge constitue un préalable à la poursuite des travaux sur ces espaces.
À Bingerville, le futur dépôt prend progressivement forme. Le bâtiment principal est en construction, avec un taux d’avancement estimé à environ 10 %, tandis que les fondations sont presque achevées. Le site accueillera notamment les installations de recharge, les espaces de maintenance, les bâtiments de stockage ainsi que les infrastructures nécessaires aux manœuvres et au stationnement des autobus.
Un corridor réservé aux autobus
Sur le corridor, le changement sera visible. La future infrastructure sera séparée de la circulation générale et réservée exclusivement aux autobus du BRT. À proximité des stations, les aménagements sont conçus pour organiser les différents flux. Des passerelles permettront aux piétons de traverser en sécurité. Des trémies sont également prévues à certains endroits afin de permettre aux véhicules de la circulation générale de passer sous le corridor, tandis que les autobus poursuivront leur parcours à niveau.
Les stations, quant à elles, seront couvertes et ventilées. Elles disposeront de quais d’embarquement, de dispositifs de vente ou de validation des titres de transport et de panneaux d’information destinés à renseigner les voyageurs sur les horaires et les destinations.
L’accessibilité n’est pas oubliée. Des rampes et des dispositifs adaptés aux personnes à mobilité réduite permettront d’accéder aux quais sans avoir à emprunter les escaliers. Le corridor comptera 21 stations, avec des configurations adaptées aux contraintes de chaque secteur. Leur longueur pourra généralement varier entre 150 et 250 mètres.
Sous les pieds des futurs voyageurs, une autre réalité du chantier se joue. Le choix du béton n’est pas fortuit. La plateforme du BRT est constituée de plusieurs couches de matériaux. Une couche BC2 sert notamment de support à la dalle supérieure, dont l’épaisseur atteint 25 cm sur certaines sections et 24 cm au niveau des stations courantes.
Le recours au béton sur l’ensemble du corridor répond à des exigences de résistance et de durabilité liées au passage répété des autobus. Les responsables du projet expliquent qu’une chaussée bitumée aurait nécessité davantage d’interventions d’entretien sous l’effet du trafic.
Pendant ce temps, les structures métalliques des stations sont fabriquées dans des unités spécialisées. Une fois le génie civil achevé, elles seront installées avant la mise en place des différents équipements et la réalisation des essais.

Yopougon, premier grand front de travaux
À Yopougon, les travaux affichent des niveaux d’avancement importants. Les trois ponts prévus dans la zone sont réalisés à plus de 90 %, tandis que les chaussées atteignent environ 80 %. Quatre stations sont prévues dans cette partie du corridor. Leurs fondations sont achevées et les travaux de dallage se poursuivent.
Les éléments métalliques des stations seront ensuite installés. Trois passerelles sont également en cours de réalisation dans cette zone. Plus loin, le corridor rejoint les secteurs du quatrième pont et d’Adjamé. Deux stations sont prévues sur l’ouvrage destiné à assurer la traversée de cette zone. L’une, située près de la mairie, doit notamment faciliter les correspondances avec le métro. Une autre est prévue à proximité d’Adjamé Village, avant la zone du Groupement des sapeurs-pompiers militaires (GSPM).
Un autre ouvrage, d’environ un kilomètre, doit franchir la zone du carrefour de l’Indénié. Il accueillera notamment la station Fraternité Matin, destinée aux usagers provenant de plusieurs secteurs d’Adjamé, du Plateau et des environs.
Le chantier ne se résume pas aux seules voies. Ponts, passerelles et ouvrages de franchissement ponctuent le parcours. Après le pont du lycée technique, l’ouvrage d’art n°6 affiche un taux d’avancement d’environ 95 %. Au carrefour de la Vie, un autre ouvrage est en construction afin d’enjamber le corridor du BRT et les voies destinées au trafic général.
Entre le carrefour de la Vie et l’école de gendarmerie, les travaux de chaussée du corridor se poursuivent. De la Palmeraie au nouveau camp, les voies destinées à la circulation générale sont, elles, presque achevées. La station n°19, située après le carrefour de la Palmeraie, fait partie des premières stations engagées sur cette section. Des passerelles sont également en construction.
Un chantier sous circulation
Construire une infrastructure de transport de masse au cœur d’une métropole comme Abidjan impose une contrainte majeure : travailler sans interrompre complètement la circulation. Les entreprises doivent donc réaliser certaines voies nouvelles avant de basculer le trafic sur ces sections. Elles peuvent ensuite intervenir sur l’emprise libérée pour construire les infrastructures du BRT.
Cette méthode permet de maintenir la circulation tout en faisant progresser le chantier. « Nous travaillons sur l’un des boulevards les plus fréquentés d’Abidjan », explique le coordonnateur adjoint du PMUA, Aly Goulibaly, soulignant la nécessité de concilier l’avancement des travaux avec la fluidité du trafic et la sécurité des usagers.
La sécurité constitue ainsi un volet majeur du chantier. Des équipes spécialisées en hygiène, sécurité et environnement (HSE) veillent notamment à limiter les risques d’accident pour les travailleurs, les piétons et les automobilistes. Le chantier avance, mais non sans difficultés. Le lot 1 affiche environ 45 % d’exécution, tandis que le lot 2 se situe entre 30 et 35 %.
Le projet a notamment connu des retards liés à la conception d’un ouvrage structurant situé à la sortie de Sapeur-Pompier, destiné à franchir l’Indénié pour rejoindre les échangeurs du lycée technique. Les difficultés de conception étant désormais surmontées, les préparatifs doivent permettre le démarrage des travaux dès octobre 2026.
Le déplacement des réseaux constitue une autre difficulté. Certains réseaux découverts au cours des travaux n’avaient pas été identifiés lors des études initiales, obligeant les équipes à adapter leurs interventions.
La libération des emprises représente également un enjeu important. Elle implique les études sociales et environnementales, l’élaboration des plans de réinstallation et l’indemnisation des personnes affectées.
Selon Aly Goulibaly, le taux global de réalisation du projet est actuellement estimé entre 25 et 30 %. La finalisation des travaux est envisagée autour de 2029.

Une mobilité appelée à fonctionner en réseau
Le PMUA ne se limite toutefois pas à la construction du corridor. Le projet entend contribuer à une meilleure organisation des déplacements dans le Grand Abidjan en favorisant les correspondances entre le BRT, le métro, le transport lagunaire, la SOTRA et le transport artisanal. Cette complémentarité doit permettre aux usagers de passer plus facilement d’un mode de transport à un autre.
Le projet prévoit également des actions en faveur de la professionnalisation des acteurs du transport artisanal, notamment les conducteurs de gbakas et de wôrô-wôrô, ainsi que les propriétaires de véhicules. Des formations et des dispositifs d’accompagnement sont mis en œuvre, notamment en matière de protection sociale, avec l’implication de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM).
Du côté de la SOTRA, une réorganisation du réseau est prévue à travers la modification, la suppression ou la création de certaines lignes. L’objectif est de renforcer le rabattement des usagers vers les principaux modes de transport de masse.
Des bus électriques pour gagner du temps
Le futur BRT reposera sur une flotte d’environ 150 autobus électriques. Les dépôts disposeront d’infrastructures de recharge adaptées, avec des équipements lents et rapides. À terme, le système devrait permettre d’améliorer la régularité du transport collectif et de réduire les temps de parcours. Aujourd’hui, certains déplacements dans l’agglomération peuvent prendre une, deux, voire trois heures, selon l’état de la circulation.
L’objectif affiché est de relier Yopougon à Bingerville en moins de 45 minutes, avec, sur certains trajets, un gain de temps pouvant aller jusqu’à une division par cinq. Le corridor prévoit par ailleurs quatre niveaux de service : des autobus desservant toutes les stations, des services avec retournement, des services sautant certaines stations et un service davantage express.
Avant de voir les premiers voyageurs monter à bord, plusieurs étapes devront encore être franchies. Le recrutement de l’opérateur du BRT, actuellement en cours, doit notamment permettre de préparer l’exploitation. Après l’achèvement des infrastructures et l’installation des équipements, des essais à vide seront réalisés afin de vérifier le fonctionnement du système en conditions réelles.
Il faudra tester les autobus, les stations, les équipements de recharge, les systèmes d’information et la coordination de l’ensemble du dispositif. Sur le chantier, les responsables avancent avec une échéance à l’horizon 2029 pour la finalisation des travaux. D’ici là, grues, bétonnières, ouvriers et ingénieurs continueront de transformer progressivement les grands axes d’Abidjan.
Pour les populations qui traversent quotidiennement ces corridors au milieu des travaux, le changement est déjà perceptible. Mais le véritable test commencera lorsque les voies seront ouvertes aux autobus électriques et que le BRT devra tenir sa promesse : faire gagner du temps aux millions d’usagers appelés à emprunter les transports collectifs dans le Grand Abidjan.
(AIP)
bsp/zaar

