réalisé par Dogad Dogoui, Chef du bureau régional AIP de Gagnoa
Face aux changements climatiques, Gagnoa, Oumé et Sinfra misent sur les plantations mixtes
Gagnoa, 19 juil 2026 (AIP) – Face aux effets du changement climatique, à la progression de la maladie du Swollen Shoot qui affecte les vergers de cacao et à la nécessité de diversifier leurs sources de revenus, des producteurs des départements de Gagnoa, Oumé et Sinfra expérimentent de nouvelles stratégies agricoles. Parmi elles, l’association du cacaoyer et de l’anacardier dans des plantations mixtes apparaît comme une alternative de plus en plus adoptée.
Historique de l’arrivée de l’anacarde dans le Gôh
L’installation progressive de l’anacardier dans les départements de Gagnoa, Oumé et Sinfra résulte de la combinaison de plusieurs facteurs, selon le chef de zone de l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER) de Gagnoa, Amadou Kaboré.
Au-delà du changement climatique, deux autres éléments expliquent cette évolution : la propagation du virus du Swollen Shoot, qui décime les plantations de cacao depuis plusieurs années et la volonté des producteurs de diversifier leurs cultures de rente dans une démarche de co-construction avec les structures d’encadrement agricole.
Le premier facteur demeure le dérèglement climatique. L’irrégularité des saisons de pluie est aujourd’hui une réalité observée sur l’ensemble du territoire national. À Gagnoa, les données de la Société d’exploitation et de développement aéroportuaire, aéronautique et météorologique (SODEXAM) indiquent deux périodes pluvieuses, notamment une grande saison des pluies allant de mars à juin, avec un pic en juin, et une petite saison des pluies de septembre à novembre, avec un maximum de précipitations en octobre.
Cependant, les producteurs constatent une modification progressive des repères climatiques traditionnels. Les périodes de pluie et de sécheresse ne sont plus aussi prévisibles qu’auparavant. Cette évolution a entraîné une transformation des conditions environnementales dans certaines zones forestières, avec des sols moins humides et des périodes d’ensoleillement plus longues.
Selon l’ANADER, ces nouvelles conditions favorisent l’adaptation de certaines cultures autrefois associées principalement aux zones de savane. C’est notamment le cas de l’anacardier, qui gagne progressivement du terrain dans les zones forestières depuis une dizaine d’années.
Toutefois, le changement climatique ne constitue pas à lui seul la raison de cette progression. La maladie du Swollen Shoot, également appelée maladie du gonflement des pousses, représente un autre facteur déterminant.
Cette affection virale, causée par un virus du genre Badnavirus et transmise par des cochenilles farineuses, perturbe la circulation de la sève et entraîne progressivement la mort des cacaoyers infectés. À ce jour, aucun traitement chimique curatif n’existe. La lutte repose essentiellement sur l’arrachage des plants malades, la maîtrise des insectes vecteurs et l’utilisation de variétés tolérantes.
Dans la région du Gôh, cette maladie a profondément bouleversé le paysage agricole. Selon la délégation régionale du Conseil café-cacao (CCC) de Gagnoa, elle affecte les plantations depuis plus d’une décennie. Le Centre national de recherche agronomique (CNRA) de Divo, chargé des recherches sur cette maladie, poursuit ses travaux pour trouver des solutions durables.
« C’est vraiment le Sida du cacao », a estimé la phytopathologiste et virologue du CNRA, Dr Gogbé-Dibi Balé Françoise, pour illustrer l’ampleur des dégâts causés par cette maladie.
Face à cette situation, l’arrachage des plants infectés demeure la principale recommandation du régulateur de la filière café-cacao. Dans les départements de Gagnoa, Oumé et Sinfra, ce sont 31 364 hectares de plantations de cacao infectées qui ont été arrachés entre 2018 et 2025, selon les données du CCC.
Après ces opérations, les producteurs avaient été encouragés à pratiquer des cultures vivrières afin d’assurer leur alimentation et de maintenir leurs revenus. Mais plusieurs d’entre eux ont progressivement choisi de se tourner vers d’autres cultures de rente, notamment l’anacardier.
Des coopératives de Bayota et de Sinfra ont ainsi commencé à introduire cette culture dans leurs parcelles. Depuis 2020, les plantations d’anacarde se multiplient dans plusieurs villages de la région, traduisant la volonté des producteurs de trouver une alternative économique au cacao fortement éprouvé par le Swollen Shoot.
Le troisième facteur est lié à la diversification des cultures. Selon l’ANADER, l’évolution des conditions climatiques pousse les producteurs à expérimenter de nouvelles spéculations agricoles.
« Le producteur fait des expériences. Il essaie de voir, avec ses pratiques habituelles, si de nouvelles possibilités peuvent fonctionner », explique un responsable de l’ANADER.
Cette démarche s’inscrit dans une approche appelée « co-construction », qui consiste à associer les connaissances empiriques des producteurs aux recommandations scientifiques des structures d’encadrement agricole.
Ainsi, la combinaison du changement climatique, de la pression exercée par le Swollen Shoot et de la recherche de nouvelles sources de revenus explique aujourd’hui l’expansion progressive de l’anacardier dans les départements de Gagnoa, Oumé et Sinfra.
Dans cette zone, les producteurs privilégient principalement les plantations mixtes associant anacardier et cacaoyer, même si certains optent également pour des vergers exclusivement consacrés à l’anacarde.
(AIP)
dd/kp
Encadré
Les plantations mixtes, une stratégie adoptée par les producteurs de cacao-anacarde
Face aux difficultés rencontrées dans la cacaoculture et aux incertitudes liées aux changements climatiques, plusieurs producteurs des départements de Gagnoa, Oumé et Sinfra privilégient désormais les plantations mixtes associant l’anacardier et le cacaoyer.
Cette option apparaît comme un compromis entre la préservation de la culture du cacao, principale source de revenus des producteurs, et l’introduction d’une nouvelle spéculation jugée plus adaptée aux nouvelles réalités climatiques.
À Oumé, les producteurs misent sur la complémentarité cacao-anacarde
Dans le département d’Oumé, la coopérative COOP CA a fait le choix de l’association des deux cultures. Son directeur administrateur général (DAG), Kouamé Kouadio Anselme, explique que les producteurs n’ont pas totalement abandonné le cacao, mais souhaitent désormais s’appuyer sur l’anacardier comme culture complémentaire.
« Chez nous à Oumé, pour l’heure, nous avons ciblé l’anacarde », a-t-il indiqué, précisant que plusieurs producteurs observent aujourd’hui le développement de leurs anacardiers sous l’ombrage des cacaoyers.
Toutefois, les producteurs reconnaissent que les revenus issus de l’anacarde restent inférieurs à ceux du cacao. Ils estiment néanmoins que l’association des deux cultures constitue une réponse aux difficultés actuelles et croient aux perspectives offertes par les plantations mixtes.
Cette approche, basée sur la diversification, permet selon eux de limiter les risques liés à la dépendance à une seule culture de rente.
À Sinfra, la coopérative Moayé expérimente une nouvelle approche culturale
Dans le département de Sinfra, la coopérative Moayé fait partie des structures qui encouragent fortement les producteurs à adopter les plantations mixtes.
Selon les responsables de cette organisation, l’objectif est de produire simultanément de l’anacarde et du cacao sur une même parcelle afin d’optimiser l’utilisation des terres disponibles.
Dans une plantation pure d’anacardiers, les recommandations techniques préconisent généralement un espacement de 10 mètres entre les plants. Dans un système mixte, cet écartement est porté à 15 mètres, permettant d’introduire des cacaoyers entre les pieds d’anacardiers.
Ainsi, sur un hectare de plantation mixte, les producteurs peuvent disposer d’environ 70 anacardiers et près de 800 cacaoyers, selon les pratiques recommandées.
Sur l’axe Gagnoa-Yamoussoukro, de nombreuses parcelles illustrent cette nouvelle dynamique. Des anacardiers adultes surplombent de jeunes plants de cacao, donnant un nouveau visage au paysage agricole local.
« Dans nos champs écoles, nous conseillons aux producteurs les plantations mixtes », explique le président du conseil d’administration (PCA) de la coopérative Moayé, Sylvain Dédo.
Selon lui, plus de la moitié des 2 012 producteurs membres de la coopérative se sont engagés dans la culture de l’anacarde depuis 2019.
« Ici, nous sommes à la fois producteurs d’anacarde et producteurs de cacao sur la même parcelle », souligne-t-il.
Cette stratégie répond également à la raréfaction des terres agricoles. Les responsables de la coopérative estiment que l’association des cultures permet aux producteurs de maintenir leurs revenus tout en valorisant davantage leurs superficies disponibles.
Des rendements en progression grâce aux nouvelles techniques culturales
Sylvain Dédo explique que les premières années, les producteurs obtenaient des rendements relativement faibles en anacarde, autour de 300 kg par hectare.
Cette situation s’expliquait notamment par le fait que les producteurs continuaient à récolter quelques cabosses de cacao sur les mêmes parcelles, sans mesurer réellement le manque à gagner lié à l’entretien des deux cultures.
« Le producteur ne se rendait pas compte du manque à gagner », observe le PCA.
Mais depuis 2023, l’amélioration des pratiques culturales contribue à augmenter les performances des plantations mixtes. L’utilisation de semences améliorées du Centre national de recherche agronomique (CNRA), l’accompagnement technique de l’ANADER et les conseils du Conseil coton-anacarde permettent d’obtenir de meilleurs résultats.
Les rendements peuvent désormais atteindre entre 900 kg et une tonne d’anacarde par hectare, associés à une production de 800 à 900 kg de cacao sur la même superficie.
Des cultures intermédiaires pour renforcer les revenus
Au-delà de l’association cacao-anacarde, les plantations mixtes offrent également la possibilité d’introduire des cultures à cycle court.
Les producteurs pratiquent notamment la culture du soja blanc ou du gingembre, dont les cycles de production permettent de générer des revenus avant les grandes campagnes de récolte du cacao et de l’anacarde.
Le soja présente également un intérêt agronomique grâce à sa capacité à enrichir naturellement les sols. Quant au gingembre, il constitue une source de revenus intéressante pour les producteurs, avec un prix pouvant atteindre environ 3 000 FCFA le kilogramme selon les périodes.
Ainsi, la plantation mixte ne se limite pas à une association entre deux cultures de rente. Elle devient un système de production visant à sécuriser les revenus agricoles et à mieux exploiter les parcelles.
(AIP)
dd/kp
Encadré
À Bayota et Tonla, des producteurs expérimentent l’association cacao-anacarde
L’expérience des plantations mixtes ne se limite pas au département de Sinfra. Dans plusieurs localités de Gagnoa et d’Oumé, des producteurs expérimentent également l’association du cacaoyer et de l’anacardier, avec l’objectif de maintenir leurs revenus agricoles face aux contraintes climatiques et aux effets de la maladie du Swollen Shoot.
La SOCABA de Bayota mise sur les champs mixtes
À environ 35 km de Gagnoa, la localité de Bayota abrite l’un des principaux regroupements de producteurs d’anacarde de la région : la Société coopérative agricole de Bayota (SOCABA).
Cette coopérative a également fait le choix des plantations mixtes. Selon ses responsables, cette pratique concerne aujourd’hui une grande partie des quelque 3 000 producteurs membres de l’organisation.
Cette orientation est principalement liée à la progression du Swollen Shoot, qui affecte les plantations de cacao dans la zone depuis plusieurs années.
« Ici, nous sommes dans un champ mixte », explique le président du conseil d’administration de la SOCABA, Sylla Amadou.
Le principe consiste à retirer les plants de cacao fortement atteints par la maladie, puis à introduire des plants d’anacardiers sur les parcelles concernées. Après une période de repos du sol, les producteurs installent progressivement de nouveaux cacaoyers sous les anacardiers.
Le processus nécessite plusieurs années. Après la plantation des anacardiers, les producteurs attendent environ deux ans avant d’introduire les jeunes plants de cacao. Au bout de quatre années, l’anacardier commence à produire ses premières noix.
Selon Sylla Amadou, l’ombrage produit par l’anacardier permet au cacaoyer de continuer à se développer dans de meilleures conditions.
Cette pratique s’inscrit également dans une démarche agroforestière, où l’anacardier joue un rôle d’arbre d’accompagnement dans les plantations de cacao.
Depuis 2025, l’ANADER accompagne les producteurs de Bayota à travers un dispositif spécifique d’encadrement. Un agent a notamment été affecté au suivi des planteurs afin de veiller au respect des itinéraires techniques et des bonnes pratiques agricoles.
À Tonla, des producteurs convaincus par la complémentarité des cultures
Dans la sous-préfecture de Tonla, département d’Oumé, le village de Zaddi illustre également cette nouvelle approche agricole.
Producteur de cacao âgé de 52 ans, Zoungrana Ismaël se souvient encore de la perte de ses plantations à cause du Swollen Shoot.
« J’ai perdu deux hectares de cacao en 2019 à cause de la maladie du Swollen Shoot », témoigne-t-il.
À la suite de l’opération d’arrachage conduite avec l’appui du Conseil café-cacao (CCC), ses plants malades ont été retirés. Il a bénéficié d’une compensation de 40 000 FCFA par hectare, puis sa parcelle a été laissée au repos pendant cinq ans.
Après cette période, il a décidé d’y introduire de l’anacarde. Deux années plus tard, de jeunes plants de cacao ont été installés sous les anacardiers.
Pour ce producteur, la technique consiste à profiter de la complémentarité entre les deux cultures. L’anacardier, qui se développe en hauteur, capte davantage la lumière tandis que le cacaoyer bénéficie d’un environnement plus ombragé.
« Quand l’anacarde va en haut, il cherche le soleil et le cacao reste en bas », explique-t-il dans son langage de producteur.
Deux ans après l’installation des cacaoyers, il obtient ses premières récoltes d’anacarde.
« L’anacarde tombe, on ramasse et quand le cacao est mûr, on cueille. Nous mangeons deux fois », se réjouit Zoungrana Ismaël.
Pour lui, cette association représente une opportunité de sécuriser les revenus du producteur en évitant de dépendre d’une seule culture.
L’enjeu de la durabilité de l’anacardier en zone forestière
L’expansion de l’anacardier dans les zones forestières soulève toutefois des interrogations sur son avenir, notamment avec les politiques de restauration du couvert forestier ivoirien.
Si le retour progressif d’une pluviométrie plus abondante et d’une humidité accrue des sols pourrait modifier les conditions de production, plusieurs acteurs estiment que l’anacardier conservera une place dans ces zones.
Pour Timité Bah Kader, agent relais du Conseil coton-anacarde-karité à Sinfra, il serait difficile d’envisager la disparition de l’anacardier dans les zones forestières.
« Non, je ne le crois pas et je ne le souhaite pas », affirme-t-il, appelant plutôt à une meilleure adaptation des politiques agricoles aux réalités locales.
Selon lui, il ne faut surtout pas encourager les producteurs à abandonner totalement le cacao au profit de l’anacarde. La diversification des cultures demeure, à ses yeux, la meilleure stratégie.
« Quand c’est diversifié, tu n’as pas à attendre uniquement l’anacarde, puisque tu as aussi du cacao », explique-t-il.
Il cite notamment le cas de Saïoua, une zone forestière où existent depuis plus de trente ans des plantations d’anacardiers.
Pour lui, les changements climatiques rendent désormais difficile la distinction stricte entre zones favorables ou non à la culture de l’anacarde.
Des évolutions similaires sont observées dans plusieurs localités comme Soubré et Fresco, pourtant situées en zone forestière.
Toutefois, le Centre national de recherche agronomique (CNRA) estime qu’aucune étude scientifique approfondie n’a encore permis de déterminer avec certitude l’impact qu’aurait une restauration complète du couvert forestier sur la production d’anacarde dans ces zones.
(AIP)
dd/kp
Encadré
Un ancien agent de l’ANADER alerte : « L’anacardier en zone de forêt, une culture que je ne conseillerais pas »
Gagnoa, 19 juil 2026 (AIP) – Pour l’ancien agent de l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), Botoklo Gnapi Charles, l’introduction massive de l’anacardier dans les zones forestières ivoiriennes appelle à la prudence.
Spécialiste de la formation en techniques culturales, il estime que l’anacardier demeure avant tout une culture adaptée aux zones de savane et déconseille son association avec le cacaoyer.
« L’anacardier est une culture pérenne de la savane. Il ne doit pas être associé au pied du cacaoyer », affirme-t-il.
Selon lui, les recommandations techniques de l’ANADER prévoient plutôt une exploitation en culture pure. Durant les premières années suivant la plantation, des cultures vivrières comme l’arachide ou le haricot peuvent être introduites afin d’améliorer la fertilité du sol et favoriser le développement des jeunes plants d’anacardiers.
« Mais il ne faut pas l’associer à la culture du cacao », insiste-t-il.
Face aux producteurs qui affirment obtenir de bons résultats dans les plantations mixtes, Botoklo Charles reste réservé.
« Non, ce n’est pas de l’agriculture. La technique culturale de l’anacardier, c’est la culture pure. Ce n’est pas une association. Cela ne peut pas marcher. L’agriculture le déconseille fortement », soutient-il.
L’ancien technicien explique que cette position ne relève pas d’une opposition de principe, mais plutôt du respect des exigences agronomiques propres à chaque culture.
« Si tu veux avoir un haut rendement, c’est la technique agricole qui est conseillée. Si tu ne veux pas appliquer les recommandations, tu passes à côté du haut rendement », prévient-il.
Des besoins hydriques différents entre anacardier et cacaoyer
Botoklo Charles rappelle que l’anacardier possède une racine pivotante capable de descendre profondément dans le sol, parfois jusqu’à six ou sept mètres, afin de rechercher l’eau.
Cette caractéristique explique, selon lui, son adaptation aux zones plus sèches du nord de la Côte d’Ivoire.
« C’est un arbre qui s’adapte au sol, comme le baobab », explique-t-il.
À l’inverse, même si le cacaoyer possède également une racine pivotante, celle-ci est moins profonde, ce qui constitue un handicap dans les environnements marqués par une baisse de la disponibilité en eau.
Selon lui, l’augmentation des plantations d’anacardiers dans les zones forestières s’explique principalement par les effets du changement climatique.
« Là où la pluviométrie était abondante, elle ne l’est plus. Les producteurs sont donc tentés d’opter pour l’anacardier, qui était autrefois réservé aux zones arides », analyse-t-il.
Il ajoute que l’anacardier et le cacaoyer n’ont pas les mêmes contraintes sanitaires. Le premier résiste notamment au Swollen Shoot, contrairement au cacao.
La question du changement climatique au cœur du débat
L’ancien agent de l’ANADER rappelle également une déclaration faite en 1983 par l’ancien ministre ivoirien de l’Agriculture, feu Denis Bra Kanon, sur l’expansion du palmier à huile dans certaines zones du sud du pays.
Selon lui, la progression de la sécheresse vers les régions méridionales pourrait modifier durablement les équilibres agricoles.
« Aujourd’hui, à cause du changement climatique, les saisons ne sont plus maîtrisées dans le sud du pays. La saison sèche gagne du terrain », observe-t-il.
Il estime toutefois que les efforts de reboisement engagés par l’État pourraient, à terme, restaurer certaines conditions climatiques favorables aux cultures forestières.
« D’ici 2040, nous pourrons retrouver des pluies convenables pour faire l’agriculture en zone forestière », prédit-il.
Pour Botoklo Charles, faire de l’anacardier une culture de rente majeure dans les zones humides demeure donc une option à considérer avec précaution.
« Faire de l’anacardier une culture de rente en zone humide, c’est un peu problématique », conclut-il.
(AIP)
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Interview / Koné Gabésongon, ingénieur agroéconomiste, directeur de la commercialisation du Conseil coton-anacarde-karité
« L’anacardier a besoin d’une saison sèche d’au moins quatre mois pour une bonne fructification »
Gagnoa, 19 juil 2026 (AIP) – Dans cet entretien, Koné Gabésongon, ingénieur agroéconomiste et directeur de la commercialisation du Conseil coton-anacarde-karité, analyse les conditions de production de l’anacardier, les différences entre les zones de savane et les zones forestières, ainsi que les perspectives de cette culture face aux changements climatiques.
AIP : Existe-t-il une différence de rendement, en termes de qualité et de productivité, entre l’anacardier produit en zone de savane et celui cultivé en zone forestière au sud de la Côte d’Ivoire ?
Koné Gabésongon : Oui, des différences peuvent être observées en matière de rendement et de qualité entre les zones forestières et les zones de savane.
L’anacardier se développe préférentiellement dans des régions au climat tropical chaud, caractérisées par une alternance entre saisons sèches et saisons humides. L’arbre présente une capacité d’adaptation à une large gamme de conditions climatiques, avec des températures comprises entre 12 et 32 degrés Celsius et des précipitations variant de 500 à 4 000 mm par an.
Toutefois, pour assurer une bonne fructification, l’anacardier a besoin d’une saison sèche bien marquée d’au moins quatre mois.
Lorsque les pluies sont réparties de manière régulière sur toute l’année, l’arbre peut connaître un bon développement végétatif, mais la floraison devient moins favorable. Les fruits peuvent alors mûrir difficilement ou subir des pertes liées à l’humidité.
Ainsi, même si l’anacardier s’adapte à différents régimes pluviométriques, une pluviométrie annuelle comprise entre 760 et 1 800 mm demeure préférable pour obtenir une production optimale.
AIP : Des producteurs de Sinfra, Bayota et Gagnoa estiment que l’anacarde est mieux rémunéré dans les zones de savane que dans le Gôh ou la Marahoué. Comment expliquez-vous cette perception ?
Koné Gabésongon : Le prix bord champ fixé par le gouvernement pour chaque campagne constitue un prix minimum applicable sur l’ensemble du territoire national.
Cependant, les prix effectivement pratiqués peuvent varier selon plusieurs facteurs, notamment l’accessibilité des zones de production, la distance par rapport aux centres de collecte ou d’évacuation, ainsi que le niveau de concurrence entre les acheteurs.
Les éventuelles majorations liées à l’évolution du marché peuvent donc différer d’une localité à une autre.
AIP : Certains experts estiment que la restauration du couvert forestier ivoirien à l’horizon 2040 pourrait modifier les conditions de production de l’anacardier en zone forestière. Cette culture pourra-t-elle y survivre ?
Koné Gabésongon : En tant qu’espèce végétale, l’anacardier ne devrait pas rencontrer de difficulté particulière pour survivre dans les zones forestières. Il pourrait continuer à s’y développer.
Cependant, sa fructification et, par conséquent, son niveau de production pourraient être influencés par les conditions climatiques.
Même si l’anacardier possède une grande capacité d’adaptation, il nécessite certaines conditions pour assurer une bonne floraison et une production satisfaisante. Une saison sèche suffisamment marquée reste indispensable.
La recherche agronomique pourrait, à terme, permettre de développer des variétés mieux adaptées aux conditions écologiques des zones forestières ivoiriennes. Mais à ce jour, aucune variété répondant spécifiquement à ces exigences n’est encore disponible.
(AIP)
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