Abidjan, 26 août 2025 (AIP) – Jadis synonymes de débordements, d’inondations meurtrières et de quartiers impraticables à chaque saison pluvieuse, les caniveaux d’Abidjan et de plusieurs grandes villes de l’intérieur connaissent, depuis juin 2025, une véritable métamorphose. Sous l’impulsion du ministre de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité, Bouaké Fofana, et en droite ligne de la vision du président de la République, Alassane Ouattara, une vaste opération nationale de drainage et de curage redonne souffle, sécurité et salubrité aux artères du pays.
À Abidjan, cette campagne salutaire a d’abord investi les communes de Marcory, Abobo, Yopougon et de Port-Bouët, de véritables zones névralgiques en matière de circulation des eaux pluviales.
À Marcory, le travail piloté par Kamoro Entreprise, sous la direction de N’Guessan N’Guessan Sébastien, démontre un professionnalisme méthodique. « Le chantier a démarré le 28 juin avec pour priorité le libre écoulement des eaux, surtout à l’approche des grandes pluies », explique-t-il.
Les premières interventions ont ciblé des axes sensibles tels que la Rue Paul Langevin, la Rue du Canal à Zone 4C ou encore les abords de l’église Sainte-Thérèse. Aujourd’hui, les équipes s’activent autour du boulevard du Cameroun, à proximité de la pharmacie Amitié et de l’église Sainte-Bernadette. Avec un taux d’exécution estimé à 95 %, la commune semble bientôt tourner une page marquée par des années d’inondations récurrentes.
À Abobo, quartier populaire à forte densité humaine, les efforts de curage se heurtent à des défis particuliers : complexité du tissu urbain, dépôts sauvages fréquents et absence d’équipements domestiques pour la gestion des ordures. Mais malgré ces contraintes, les entreprises prestataires avancent avec rigueur, sous le regard curieux et encourageant des habitants.
Du côté de Yopougon, la plus grande commune de la capitale économique, la mobilisation est à la hauteur des enjeux. Les interventions s’étendent des grands axes aux ruelles enclavées, dans un souci d’équité territoriale. À Port-Bouët, c’est le littoral, fortement exposé aux débordements, qui concentre les efforts. Les riverains, longtemps habitués à voir leurs rues transformées en torrents après chaque pluie, saluent avec soulagement l’efficacité des opérations en cours.

Au-delà d’Abidjan : l’éveil des villes de l’intérieur
L’opération ne s’est pas arrêtée aux frontières d’Abidjan. Yamoussoukro, San Pedro et Korhogo ont rapidement emboîté le pas, inscrivant ainsi cette initiative dans une dynamique nationale.
À Yamoussoukro, les équipes de l’entreprise Ets Diakité Services, dirigée par Diakité Yacouba, œuvrent sans relâche sur les 27 km de caniveaux séparant l’Institut national d’hygiène publique (INHP) de la basilique Notre-Dame de la Paix. « Il ne nous reste que 10 % à exécuter », affirme-t-il, tout en appelant à une conscience collective renforcée. Mais il pointe aussi un obstacle majeur : l’implantation anarchique de centres de lavage automobile, souvent installés directement sur les caniveaux et obstruant l’écoulement des eaux.
À San Pedro, l’opération prend une dimension stratégique dans cette ville portuaire en plein essor. La saison des pluies y cause régulièrement des débordements, affectant aussi bien les habitations que les infrastructures industrielles. Ici, l’intervention vise à préserver un équilibre entre développement économique et protection de l’environnement urbain.
Enfin, Korhogo, capitale du Poro, ne reste pas en marge. L’enjeu y est double : assainir les zones à forte densité et ancrer les bonnes pratiques dans un cadre culturel où les caniveaux sont encore trop souvent perçus comme des dépotoirs improvisés. Le curage, dans ce contexte, devient autant un acte technique qu’un acte pédagogique.

Changer les caniveaux, mais aussi les mentalités
Partout, un constat s’impose : les efforts techniques les plus rigoureux peuvent être réduits à néant si les mentalités ne suivent pas. À Abidjan comme à l’intérieur du pays, les témoignages convergent vers une même exigence : discipline citoyenne et application effective de sanctions.
Comme l’affirme sans détour une résidente de Koumassi, Kpan Victorine : « Tant qu’il n’y aura pas de sanctions, les gens ne changeront pas. »
Derrière les kilomètres de caniveaux curés, c’est donc une problématique culturelle et comportementale qui émerge avec force. La sensibilisation, si précieuse soit-elle, ne peut suffire. Elle doit s’accompagner de mesures coercitives claires, visibles et justes, pour que la peur du gendarme vienne renforcer la conscience citoyenne.
L’opération de drainage engagée depuis juin 2025 ne se limite pas à un effort ponctuel d’assainissement. Elle incarne une volonté de transformation durable de nos espaces urbains. Mais cette transformation ne sera possible que si chaque citoyen accepte de jouer sa partition. Car c’est dans l’unisson entre les gestes citoyens, la rigueur des entreprises et la volonté politique que se construira la ville propre, sûre et résiliente à laquelle chacun aspire.
(AIP)
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