Abidjan, 30 mars 2026 (AIP)- A Abidjan, poumon économique de la Côte d’Ivoire, la polygamie reste une réalité courante dans de nombreux ménages. Au-delà des appréhensions de la société, certaines femmes partagent leur époux, cohabitant parfois sous le même toit. Entre organisation domestique, jalousie relations humaines et éducation des enfants, leur quotidien se construit entre entente et ajustements. L’AIP est allé à la rencontre de l’un de ces foyers à Cocody.
Soleil battant, rire d’enfants, voix chaleureuse des femmes, dans cette villa duplex de la commune de Cocody vivent depuis plusieurs années trois femmes qui se partagent un mari.
Ici, la polygamie ne rime ni avec rivalité, ni avec silence pesant, mais avec solidarité et entente même dans les tâches ménagères du quotidien. « La relation que j’ai avec mes coépouses est fraternelle. On s’entend bien et on s’entraide dans les tâches quotidiennes », confie Aïcha Koné, la troisième épouse.
Respect mutuelle entre coépouse
Marié depuis 50 ans, la première épouse occupe une place centrale au sein du foyer. En l’absence du mari, elle fait figure de référence et les autres épouses lui doivent le respect. “Quand notre mari est en voyage et qu’il y a des difficultés, c’est vers moi que les autres se tournent. Il y a du respect entre nous », explique karidja Fofana, la première épouse.
La pluralité ne semble pas être une faiblesse dans cette maison. Les épouses se respectent mutuellement et reçoivent le même traitement de la part de leurs époux. Accessoires, attention, cadeaux, respect, aucune d’entre elles n’a droit à un traitement de faveur.
” Notre mari est très attentionné, il ne fait aucune différence entre nous et nous offre les mêmes bijoux, les mêmes vêtements de couleurs différentes, il est à nos petits soins, même quand il rentre de voyage il nous apporte des cadeaux >>, assure-t-elle.
Des débuts plus difficiles
Si aujourd’hui le foyer semble stable, les premières années ont été marquées par des difficultés financières, notamment lorsque la première épouse était encore seule avec son mari. « Au début, mon mari n’avait pas beaucoup de moyens. Aujourd’hui, la situation s’est améliorée et il parvient à prendre soin de nous toutes », se souvient Karidja Fofana.
Préserver l’équilibre familial
Pour préserver l’harmonie, les coépouses privilégient le dialogue et évitent les conflits, notamment devant les enfants. L’éducation de ces derniers est assurée collectivement, sans distinction biologique. « Chacune peut corriger un enfant. Il n’y a pas de différence », souligne Aïcha Koné. Un climat confirmé par les enfants, qui disent n’avoir jamais ressenti de rivalité entre leurs mères.
Entraide dans l’éducation des enfants
Dans cette maison les coépouses se partagent bien plus qu’un mari et les tâches ménagères mais aussi l’éducation des huit enfants du foyer, sans distinction biologique.
“Mes coépouses ont le droit d’intervenir dans l’éducation de mes enfants c’est normal puisque ce sont également leurs enfants il n’y a pas de différence entre les enfants, si le mien fait une bêtise mes coépouses le corrige et cela est tout à fait normal”, explique t-elle avec assurance.
Un sentiment confirmé par les enfants eux-mêmes. « Je n’ai jamais ressenti de rivalité entre mes mamans. Elles nous aiment toutes. Il m’arrivait même de laisser la chambre de ma mère biologique au profit de celle de la deuxième épouse de mon père après leurs mariage », témoigne Mama Koné ; fille de la première épouse.
Entre entente et Jalousie instinctive
Même si les relations entre elles semblent visuellement être pacifique Koroutoum Traoré, deuxième épouse et Karidja Fofana, admettent que la jalousie entre elles reste un sentiment difficile à éviter.
« Souvent on peut ne pas être dans de bon termes avec notre époux et le voir avec une autre femme, donc de façon naturelle on est un peu jaloux c’est quelque chose de normal ».
Un avis partagé par Aicha Koné, 3eme épouse qui confesse que la difficulté se situe au niveau de l’attention portée au conjoint.
« Je suis très attentionnée. Parfois, même quand ce n’est pas mon tour, je vais m’occuper de mon homme et cela peut frustrer les autres, sans le vouloir », reconnaît-elle.
Un choix assumé
Malgré les défis et le regard parfois critique de la société, ces femmes admettent que l’équilibre d’un foyer polygame repose également sur l’homme et estime n’avoir aucun regret quant à leurs choix.
« Je me suis engagée par choix. Je n’ai aucun regret. Si c’était à refaire, je referais le même choix, mais avec le même homme bien sûr. Car il est attentionné, compréhensif et à l’écoute de ses épouses sans distinction », conclut l’une des épouses.
Si, dans cette villa de Cocody, la polygamie semble avoir trouvé un équilibre fondé sur le respect, l’organisation et l’attention du conjoint, ce modèle reste loin d’être la norme. Dans de nombreux foyers en Côte d’Ivoire, la cohabitation entre coépouses est souvent marquée par des tensions, des rivalités ouvertes et parfois des fractures familiales profondes souvent liés aux difficultés financières.
(AIP)
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