Près de trois ans après le drame qui avait secoué Gbatongouin et suscité une vague d’émotion à travers le pays, la justice a rendu son verdict au terme d’une audience qui s’est achevée, vendredi, aux environs de 18 h sous la présidence du juge Diaby Mamadou.
Dans une salle d’audience attentive aux échanges entre les différentes parties, le tribunal a examiné les circonstances du double meurtre de Kéké Loyotto Christelle Flavie, institutrice à l’EPP Gbatongouin 2, et de son fils âgé de sept ans.
Après avoir analysé les faits, la juridiction a retenu contre les accusés les infractions de meurtre et de complicité de meurtre prévues par les articles 30, 378 alinéa 2 et 380 alinéa 2 du Code pénal.
Le tribunal a déclaré Goré Bi Douan Bla Mohamed coupable de meurtre et l’a condamné à la prison à vie. Sa concubine, Tiemoko Yénouce Marie Christelle, reconnue coupable de complicité de meurtre, a bénéficié de circonstances atténuantes. Elle a été condamnée à cinq ans d’emprisonnement ferme assortis d’une amende de 200.000 francs CFA. La juridiction lui a également interdit de paraître sur les lieux du crime pendant dix ans.
Au cours des débats, l’accusé principal est revenu sur les faits. Face au tribunal, il a reconnu avoir porté les coups mortels à l’enseignante. « Je lui ai donné un coup au cou, je suis ressorti et après je suis revenu l’égorger », a-t-il déclaré.
Concernant sa compagne, il a tenté de l’écarter de toute implication dans le crime. « Ma concubine n’est impliquée ni de près, ni de loin à cette affaire », a-t-il soutenu.
À la barre, Tiemoko Yénouce Marie Christelle a expliqué son silence par la peur. « Il dit si je racontais à quelqu’un, il allait me faire la même chose », a-t-elle affirmé.
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a demandé la prison à vie contre Goré Bi et cinq d’emprisonnement contre sa concubine, estimant que les éléments du dossier établissaient leur responsabilité.
La défense a tenté de convaincre le tribunal de prendre en compte l’état mental de l’accusé principal. Son avocat a rappelé qu’un diagnostic de troubles psychiatriques avait été posé en 2021 et qu’un traitement lui avait été prescrit pendant deux ans.
« C’est un fou qui se tient devant vous », a plaidé le conseil de Goré Bi, estimant que son client ne disposait pas de toutes ses facultés. « La place de Gore Bi est à l’hôpital, pas en prison », a-t-il ajouté.
Avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, les deux accusés ont demandé pardon. « Je demande pardon à toute la Côte d’Ivoire, au corps enseignant et à tous ceux que j’ai déçus », a déclaré Goré Bi.
Sa concubine a, pour sa part, sollicité une seconde chance afin de pouvoir s’occuper de l’enfant né pendant leur détention. « Je demande pardon, donnez-moi une seconde chance pour m’occuper de mon enfant », a-t-elle lancé.
L’affaire remonte au mois de novembre 2023. L’absence inhabituelle de Kéké Loyotto Christelle Flavie à la cérémonie hebdomadaire de salut aux couleurs avait alerté ses collègues qui ont effectué une descente à son domicile et découvert l’horreur. Informées, les forces de sécurité se sont rendues sur les lieux du crime pour le constat et procédé au transfert des corps à la morgue du Centre hospitalier régional (CHR) de Man. La victime portait également une grossesse.
L’enquête ouverte après le drame avait conduit les policiers sur la piste de Goré Bi, collègue de la victime. En fuite après les faits, il avait finalement été interpellé le 29 novembre 2023 à Abobo Belleville, mettant fin à plusieurs jours de recherches.
Avec le verdict prononcé vendredi à Man, la justice a clos l’un des dossiers criminels les plus suivis de ces dernières années dans la région du Tonkpi.
(AIP)
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