Abidjan, 29 sept 2026 (AIP) – En Côte d’Ivoire, l’action sociale portée par les épouses de chefs d’État s’est progressivement structurée autour d’organisations dédiées à la solidarité, à la santé, à l’Education et à la protection des personnes vulnérables. De N’Daya International, fondée par Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, via SERVIR, créée par Henriette Konan Bédié, jusqu’à Children of Africa portée par Dominique Ouattara, ces trois organisations illustrent des périodes et des approches différentes de l’engagement philanthropique féminin dans le pays.
Même si ces trois organisations humanitaires poursuivent un objectif commun, celui de placer les personnes vulnérables au cœur de leur action, elles présentent des trajectoires différentes. Leurs dates de création, leurs publics prioritaires, leurs moyens d’intervention et leurs réalisations.
N’Daya International : les débuts d’un engagement structuré en faveur de l’enfance
Créée en 1987 par la Première Dame de Côte d’Ivoire d’alors, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, la fondation N’Daya International est dédiée à l’amélioration de la santé, de l’Education et du bien-être des enfants démunis en Afrique.
Elle s’est notamment illustrée en Côte d’Ivoire par la création d’une école maternelle à Adjamé (Abidjan), spécifiquement conçue pour accueillir et favoriser l’insertion des enfants abandonnés. La fondation s’est également fait connaître par l’organisation de galas de bienfaisance destinés à mobiliser des fonds en faveur de ses actions humanitaires.
N’Daya International est présentée comme une organisation consacrée à l’enfance défavorisée, avec des interventions dans les domaines de la santé, du bien-être et de l’Education.
Le quotidien français Le Monde, dans un article consacré au dessin animé Kimboo, décrivait N’Daya International comme une fondation ivoirienne pour l’enfance présidée par Marie-Thérèse Houphouët-Boigny et ayant notamment pour ambition de favoriser une fraternité entre les enfants et les peuples.
Le Monde rapporte que la fondation était à l’origine des 48 épisodes de cette production et que l’objectif était notamment d’éveiller la curiosité des enfants aux différentes facettes de la culture africaine.
Les données spécialisées consacrées à la série indiquent une première diffusion en France en 1989, pour une production franco-ivoirienne.
L’organisation avait notamment vocation à soutenir les enfants défavorisés, à contribuer à leur accès aux soins, à favoriser leur bien-être, à soutenir leur Education et à développer des initiatives destinées à l’enfance en Afrique.
Les sources consacrées à la fondation mentionnent notamment la réalisation ou le soutien à des cliniques, des orphelinats et des centres de santé maternelle et infantile.
N’Daya s’inscrivait ainsi dans une conception assez large de la protection de l’enfant. Il ne s’agissait pas seulement de répondre à l’urgence sociale, mais également d’agir sur la santé, l’éducation et l’environnement culturel de l’enfant.
L’action de Marie-Thérèse Houphouët-Boigny a dépassé le cadre de N’Daya. En 1963, elle avait notamment créé l’Association des Femmes Ivoiriennes (AFI), consacrée aux questions relatives aux femmes et à la jeunesse. En 2022, lors de sa décoration comme Grand Officier de l’Ordre national, la Grande Chancellerie a rappelé son engagement dans les domaines sociaux, notamment à travers l’AFI et N’Daya.
SERVIR : Henriette Konan Bédié et la solidarité envers les plus vulnérables
Quelques années après la création de N’Daya, une autre organisation philanthropique majeure apparaît dans le paysage ivoirien : SERVIR.
Elle est fondée par Henriette Konan Bédié, épouse du président Henri Konan Bédié, en 1996.
Parmi les projets majeurs de l’organisation, figure le Centre international d’hémodialyse et de greffe rénale d’Abidjan, situé à Attécoubé. L’infrastructure est bâtie sur une superficie d’environ deux hectares, tandis que la surface du bâtiment principal avoisine 6 000 m². Le coût total de réalisation est estimé à cinq milliards de francs CFA.
SERVIR mène également des actions sociales ponctuelles, notamment à travers des caravanes de dons. À titre d’exemple, l’organisation a apporté plus de 20 millions de francs CFA en équipements médicaux et scolaires à N’Zanfouénou. Elle organise également des arbres de Noël au profit de plus de 1 200 enfants défavorisés à chaque édition.
SERVIR a son siège à Abidjan Cocody et a été reconnue d’utilité publique en 1999. Sa mission principale est d’améliorer les conditions de vie des personnes défavorisées, notamment les personnes handicapées, les femmes et les orphelins, tout en soutenant également de jeunes promoteurs.
L’action de SERVIR s’est progressivement construite autour d’une approche combinant assistance sociale et intervention sanitaire.
La question sanitaire occupe une place importante dans l’histoire de SERVIR. Dès les années 2000, l’organisation s’est impliquée dans des actions en faveur des personnes souffrant de maladies rénales.
Une publication de 2012 rapporte notamment que SERVIR avait contribué à l’équipement des deux Centres hospitaliers universitaires (CHU) d’Abidjan et que l’organisation avait entrepris la construction d’un centre d’hémodialyse.
Cette orientation s’est poursuivie au cours des années suivantes. À l’occasion du 20e anniversaire de SERVIR, la construction d’un important centre spécialisé dans les maladies rénales était présentée comme l’un des projets majeurs de l’organisation.
SERVIR s’est également distinguée par des actions de proximité, à travers des dons de médicaments et d’équipements, des aides aux familles, des interventions auprès de malades et le soutien à différentes catégories de personnes vulnérables.
Une publication de 2012 décrit ainsi une organisation qui sillonnait différentes régions de Côte d’Ivoire afin d’apporter une aide aux personnes en difficulté.
Cette dimension explique en partie la place occupée par SERVIR dans l’histoire de l’action sociale ivoirienne des années 1990 et 2000.
Children of Africa : Dominique Ouattara et l’élargissement de l’action humanitaire
La troisième étape de cette évolution est représentée par Children of Africa, fondation créée par Dominique Ouattara en 1998 à Abidjan. Elle marque une nouvelle étape dans le développement de l’action humanitaire, avec une présence qui dépasse progressivement le seul cadre national.
La présidente-fondatrice indique avoir créé la fondation pour aider et protéger les enfants, particulièrement les plus démunis.
Le site officiel de Children of Africa confirme également cette date et présente la fondation comme une organisation intervenant particulièrement en Côte d’Ivoire et dans plusieurs autres pays africains.
Children of Africa cible principalement les enfants de la rue, les enfants et jeunes en rupture sociale, les orphelins, les enfants en situation de détresse ainsi que les femmes en situation précaire. Ses interventions sont organisées autour de trois grands domaines : la santé, l’éducation et l’action sociale.
Cette organisation constitue ainsi une évolution dans la structuration de l’action humanitaire, autour de programmes spécialisés et d’une mobilisation de partenaires et de donateurs à l’échelle internationale.
La Case des Enfants : le premier grand projet
L’histoire de Children of Africa est intimement liée à La Case des Enfants. Il convient toutefois distinguer deux dates: l’idée de créer ce centre remonte à septembre 1994, lorsqu’un groupe d’amis décide de mettre en place un centre pour les enfants vivant dans la rue. En 1998, les initiateurs cèdent le centre à Dominique Ouattara, qui l’intègre à son engagement humanitaire.
Le centre accueille notamment des enfants en situation difficile et participe à leur encadrement et à leur scolarisation. En mars 2024, Dominique Ouattara a inauguré une nouvelle Case des Enfants, reconstruite et équipée afin d’améliorer les conditions d’accueil et d’augmenter la capacité du centre.
L’éducation : bibliobus, écoles et soutien à la scolarisation
La fondation indique avoir créé le Groupe scolaire d’excellence Children of Africa d’Abobo, destiné à accueillir 700 élèves, ainsi que le Lycée Dominique Ouattara de Kong. Elle organise également la distribution de kits scolaires et des actions de promotion de l’excellence scolaire.
Un autre programme emblématique est celui des bibliobus. Ces bibliothèques mobiles sillonnent différentes régions de Côte d’Ivoire afin de rapprocher les livres des enfants. Les bibliobus disposent de livres, de matériel informatique et d’équipements audiovisuels.
L’objectif est donc double : faciliter l’accès matériel à la lecture et contribuer à l’ouverture culturelle des enfants.
La santé : des caravanes médicales à l’Hôpital Mère-Enfant
L’action sanitaire constitue l’un des axes les plus importants de Children of Africa. La fondation rapporte avoir organisé, depuis 1998, des caravanes de santé dans différentes régions du pays, avec notamment des campagnes de dépistage et des actions médicales destinées aux populations défavorisées.
Mais le projet sanitaire le plus emblématique reste l’Hôpital Mère-Enfant Dominique Ouattara de Bingerville. L’établissement, initié par la Fondation Children of Africa, a nécessité un coût global de 25 milliards de francs CFA, réparti entre 18 milliards de francs CFA pour la construction et sept milliards de francs CFA pour les équipements médicaux.
Le projet a été conçu dans le cadre de la fondation et l’hôpital a été inauguré le 16 mars 2018. Le site consacré aux initiatives de Mme Dominique Ouattara présente cet établissement comme un projet majeur destiné à contribuer à l’amélioration de la santé maternelle et infantile.
L’établissement symbolise l’évolution de l’action philanthropique vers des projets d’infrastructures sanitaires de grande ampleur.
Trois trajectoires, une même préoccupation sociale
L’évolution de ces trois organisations permet d’observer une transformation des formes d’engagement philanthropique.
Avec N’Daya, l’accent est fortement mis sur l’enfance, son bien-être, sa santé et son Education. L’initiative Kimboo montre également une volonté d’agir sur la représentation culturelle de l’enfant africain.
Avec SERVIR, la solidarité s’élargit à plusieurs catégories de personnes vulnérables, avec une place importante accordée aux personnes handicapées, aux malades, aux femmes et aux orphelins. La santé devient progressivement un secteur d’intervention majeur.
Avec Children of Africa, l’action prend une dimension davantage structurée autour de programmes consacrés à l’Education, à la santé et à la protection de l’enfance, avec des infrastructures telles que l’Hôpital Mère-Enfant de Bingerville, des centres d’accueil et des établissements scolaires.
Au-delà des différences entre les trois structures, une continuité apparaît : la volonté d’utiliser l’engagement philanthropique pour répondre à des besoins sociaux insuffisamment couverts.
N’Daya s’est concentrée sur l’enfance et le développement de structures sociales et sanitaires. SERVIR a développé une approche davantage tournée vers l’aide aux personnes vulnérables et l’accès aux soins. Children of Africa a progressivement constitué un ensemble de programmes et d’infrastructures couvrant la santé, l’éducation et la protection de l’enfance.
Il convient toutefois de ne pas confondre ces organisations ni de considérer leurs réalisations comme équivalentes: elles ont été créées à des périodes différentes, avec des structures, des moyens et des priorités propres.
Une histoire de la philanthropie féminine en Côte d’Ivoire
En somme, de N’Daya International en 1987 à SERVIR en 1996, puis à Children of Africa en 1998, l’histoire de ces trois organisations accompagne plusieurs décennies d’évolution de l’action sociale en Côte d’Ivoire.
Marie-Thérèse Houphouët-Boigny a contribué à structurer un engagement en faveur de l’enfance, notamment à travers N’Daya et des initiatives dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la culture. Henriette Konan Bédié, avec SERVIR, a développé une action centrée sur la solidarité envers les personnes vulnérables, avec une forte implication dans le domaine sanitaire. Dominique Ouattara, avec Children of Africa, a développé un dispositif humanitaire combinant protection de l’enfance, éducation, santé et projets d’infrastructures.
Ces trois expériences constituent ainsi un chapitre de l’histoire de l’action sociale privée et philanthropique en Côte d’Ivoire, particulièrement autour de la question de l’enfance, de la santé et de la prise en charge des populations vulnérables.
(AIP)
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