Bondoukou, 25 sept 2026 (AIP)- La fête de l’igname constitue, chez les Brong, un moment de rappel de l’histoire, de reconnaissance aux ancêtres et de transmission de la culture aux générations futures, a expliqué, jeudi 24 septembre 2026, Nanan Pagyahinin Dapa Kossounou Ababio, représentant permanent du chef de la province Akidom à Kouassi-Ndawa.
Selon le dignitaire, Kouassi-Ndawa, considérée comme la capitale de la province Akidom, abrite traditionnellement la cour du chef de province. Il y représente cette autorité dans la localité et ses environs.
Une fête enracinée dans l’histoire
Revenant sur l’origine de la fête, Nanan Pagyahinin Dapa Kossounou Ababio a expliqué qu’elle remonte à l’arrivée des Abron dans la région, dans les années 1700, une période marquée, selon la tradition, par une forte pénurie alimentaire et la famine.
Il a relaté qu’à cette époque, les populations voyaient des tubercules d’igname, mais n’osaient pas les consommer, par crainte qu’ils soient mortels. Un ressortissant du village de Guiendé aurait alors été le premier à goûter l’igname. Après avoir attendu un certain temps pour vérifier qu’il ne subissait aucune conséquence, les populations auraient commencé à la consommer.
« C’est un rappel de notre histoire », a expliqué le dignitaire, ajoutant que la fête constitue également une reconnaissance envers celui qui, selon la tradition, a pris le risque de goûter le premier l’igname, ainsi qu’envers les ancêtres qui se sont succédé.
Cette célébration, définie par le calendrier brong, commence à Guiendé, considéré comme le point de départ du rituel. Après cette première étape, les différents fétiches prennent part aux cérémonies, notamment Tano, présenté par le dignitaire comme le fétiche de guerre connu chez les Akan. Tano se rend notamment à la rivière pour y être purifié.
Le bois de chauffe offert aux dignitaires et les chefs à la rivière pour la purification
À Kouassi-Ndawa, une autre étape importante intervient la veille de la célébration principale avec la cérémonie d’offrande du bois de chauffe aux dignitaires. Les jeunes se rendent dans les différentes cours de dignité pour remettre des fagots de bois aux chefs, jeudi 24 septembre 2026.
Ce bois doit servir à la préparation des mets destinés aux cérémonies et, en premier lieu, à la célébration des ancêtres.
Le lendemain, le jour du Mouroufié, vendredi 25 septembre 2026, les chefs et les dignitaires se rendent à la rivière pour les rites de purification. Ceux qui disposent de palanquins y sont transportés avec leurs attributs de dignité. Ces déplacements peuvent également donner lieu à des parades à travers le village, permettant aux chefs de saluer les populations et de marquer la célébration de cette nouvelle année rituelle.
« Demain matin (vendredi 25 septembre 2026), on va avec nos trônes à la rivière pour faire des sacrifices. On demande à nos ancêtres de veiller sur nous », a expliqué Nanan Pagyahinin Dapa Kossounou Ababio.
Il a précisé que les ignames destinées aux préparatifs rituels font elles aussi l’objet d’une purification. Les tubercules sont soigneusement lavés avant d’être utilisés pour les cérémonies dédiées aux ancêtres.
Après le passage à la rivière, les chefs et dignitaires se rendent au bois sacré, un lieu spécialement réservé aux rites et où tout le monde n’est pas autorisé à entrer. Des sacrifices y sont effectués avant l’ouverture de la phase festive.

L’igname au cœur des repas
La célébration donne ensuite lieu à de grands repas préparés dans les familles et auxquels prennent part les populations ainsi que les ressortissants revenus de la diaspora.
L’igname occupe une place centrale dans ces repas, aux côtés notamment des poulets, des moutons et, pour ceux qui en ont les moyens, des bœufs destinés aux sacrifices et aux cérémonies.
« C’est la célébration de nos ancêtres, où on offre d’abord l’igname », a indiqué le représentant du chef de province Akidom, précisant que les sacrifices constituent une étape importante avant les réjouissances populaires.
Une tradition désormais partagée
Historiquement liée aux Abron, cette fête est aujourd’hui célébrée par les différentes communautés vivant dans la région du Zanzan. Nanan Pagyahinin Dapa Kossounou Ababio a notamment relevé le brassage entre les Abron et les Koulango, soulignant que la célébration dépasse désormais le cadre d’une seule communauté.
Pour le dignitaire, cette fête permet également aux populations de formuler des vœux auprès des ancêtres, notamment pour leur protection et pour que tous soient encore présents lors de la prochaine célébration.
Nanan Pagyahinin Dapa Kossounou Ababio a insisté sur la nécessité de préserver cette tradition et de l’enseigner aux jeunes générations.
« On ne vaut que par sa culture. C’est notre identité. Donc, il faut faire en sorte que cela demeure. Il faut que ce soit su par les générations », a-t-il déclaré, estimant que la fête constitue une manière d’apprendre aux enfants leur histoire et leur culture afin d’en assurer la pérennité.
(AIP)
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