Bouaké, 2 juil 2026 (AIP)- Les chefs de tribus et de villages du canton Gôli ont sommé le président régional de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire (CNRCT), Nanan N’Goran Koffi II, de cesser toute ingérence dans les procédures de succession du canton, à travers une déclaration solennelle rendue publique mercredi 1er juillet 2026 à Bodokro, à l’issue d’un conseil extraordinaire.
Dans cette déclaration, les autorités coutumières demandent également à Nanan N’Goran Koffi II de s’abstenir de toute prise de parole lors des cérémonies coutumières organisées sur l’ensemble du territoire du canton Gôli jusqu’à la fin des obsèques de l’ancien chef de canton, Nanan N’Guessan Kouadio Jean.
« Afin de garantir le climat d’apaisement nécessaire au bon déroulement des cérémonies coutumières, Nanan N’Goran Koffi II est invité à observer une réserve de prise de parole sur l’ensemble du territoire du canton Gôli. Cette disposition de convenance publique et traditionnelle prendra fin dès le parachèvement des obsèques de Nanan N’Guessan Kouadio Jean, ex-chef du canton Gôli », précise la déclaration.
Le conseil extraordinaire annonce également la fin de la période d’intérim ouverte après le décès de Nanan N’Guessan Kouadio Jean. Les chefs de tribus et de villages indiquent que les destinées du canton sont désormais confiées à Nanan Andoh Koffi.
« Le Conseil constate la clôture définitive de la période d’intérim. Les destinées du canton Gôli sont formellement confiées à Nanan Andoh Koffi, proclamé et reconnu comme l’unique représentant légal et coutumier de notre communauté devant toutes les institutions de la République », énonce la déclaration.
Les signataires fondent leur position sur plusieurs dispositions de la loi n°2014-428 portant statut des rois et chefs traditionnels ainsi que sur la loi organique n°2020-942 relative à la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire.
Ils reprochent, en premier lieu, au président régional de la CNRCT d’avoir procédé à la désignation unilatérale du représentant du canton Gôli au sein de la chambre régionale, en violation, selon eux, des règles coutumières de désignation prévues par les articles 3 et 5 de la loi de 2014.
Selon les chefs traditionnels, l’article 3 dispose que les rois et chefs traditionnels sont désignés conformément aux us et coutumes dont ils relèvent, tandis que l’article 5 prévoit que l’autorité publique prend acte de cette désignation. Ils estiment qu’en application de l’article 8 de la loi organique n°2020-942, le choix du représentant du canton Gôli au sein de la chambre régionale relève exclusivement des instances coutumières du canton.
« En procédant à une nomination unilatérale, Nanan N’Goran Koffi II viole le mode de désignation coutumier protégé par la loi, commettant un excès de pouvoir manifeste », soutiennent-ils.
Les chefs de tribus et de villages lui reprochent également un manquement aux obligations d’impartialité, de réserve et de dignité prévues aux articles 6 et 13 de la loi de 2014.
Ils estiment que le refus d’acter le décès de Nanan N’Guessan Kouadio Jean, combiné, selon eux, à l’absence de compassion protocolaire et à des tentatives d’entraver le rituel de l’Atchouin, constitue une violation de ces obligations.
Les auteurs de la déclaration invoquent enfin une atteinte à la mission de promotion de la paix et de la cohésion sociale prévue à l’article 15 de la même loi.
Ils affirment que des incidents survenus le jeudi 25 juin 2026 à Bodokro, au cours desquels les chefs des cantons Gblo et Kôdè auraient été publiquement qualifiés de « voyous » et de « bandits », constituent un outrage à l’endroit de ces autorités coutumières et sont contraires à la mission de conciliation confiée aux rois et chefs traditionnels. À ce titre, ils demandent une réparation protocolaire.
Interrogé sur ces accusations, le président régional de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, Nanan N’Goran Koffi II, a condamné la démarche des chefs traditionnels du canton Gôli.
Il a estimé que les différends opposant les autorités coutumières devraient être réglés sous l’arbre à palabres, conformément aux usages en vigueur en pays baoulé, plutôt que par voie de presse.
(AIP)
rkk

