Gagnoa, 22 juin 2026 (AIP)- A l’occasion de la clôture des activités marquant les 100 ans de l’évangélisation dans l’archidiocèse de Gagnoa, le Père Marcellin Adji, natif du village de Kpapékou (13 km de Gagnoa) est prêtre incarné dans l’Archidiocèse de Gagnoa depuis 26 ans, (le 19 décembre 1999). Successivement directeur des études des collèges Enfant-Jésus et Collège catholique Roger Duquesne (CCRD) de Gagnoa, et après un passage pastoral sur la paroisse Saint Christophe de Oumé, il est l’actuel Secrétaire exécutif diocésain de l’éducation catholique (SEDEC). Il est titulaire d’un master en histoire contemporaine dont la thèse porte sur « L’évangélisation de l’Ouest Ivoirien. Le cas spécifique de l’évangélisation de Gagnoa de 1924 à 1994 ». Il fait l’état des lieux de l’école catholique depuis l’arrivée des premiers missionnaires en 1920, dresse le bilan de l’apport de l’Église dans le secteur éducatif.
En quoi consiste votre mission de SEDEC ?
L’éducation catholique est sous l’autorité de l’évêque diocésain. Au plan opérationnel, cet office est assuré par un secrétariat exécutif diocésain. A ce titre, ce secrétariat gère et exécute la politique de l’Education catholique, conformément aux directives fixées par l’Etat Ivoirien. En clair, il anime et veille au respect des décisions au plan pastoral, pédagogique, administratif, financier, social ainsi qu’au plan de la communication et des relations publiques.
Pourquoi avoir choisi la période de 1924 à 1994 pour votre master en histoire contemporaine ?
En science historique, la datation est un outil de référence, en lien avec les faits. Les bornes chronologiques de l’évangélisation de Gagnoa de « 1924 à 1994 » ne sont pas fortuites. Elles suivent le changement structurel de l’institution-Eglise de Gagnoa. En effet, 1924, marque l’arrivée des premiers missionnaires à Gagnoa, et devenant ainsi une station principale. Et le diocèse de Gagnoa (depuis 1958) va acquérir la haute dignité d’archidiocèse le 19 décembre 1994 avec Gagnoa comme siège métropolitain et pour diocèses suffragants Man, Daloa, et San-Pedro.
Vous dites qu’à partir de 1924, ce qui est aujourd’hui l’archidiocèse, a connu l’arrivée de son premier missionnaire. Parlez-nous-en
Grand-Lahou, plus précisément Lahou-Kpanda, a été la porte d’entrée de l’évangélisation de tout l’ouest ivoirien. Par le démembrement de la station de Jacqueville, Lahou-Kpanda revêt son autonomie pastorale : ce fut la toute première station principale de ce qui sera le futur diocèse de Gagnoa. Le père Pierre Garcia fut désigné pour conduire la destinée de cette station nouvellement créée. Ce missionnaire rallia son poste le 19 mars 1920, pendant la fête de Saint Joseph. Plus tard, le Père Paul Ezano, commis pour explorer l’arrière-pays forestier arriva à Gagnoa, qui avait l’allure d’une bourgade en 1923. A cette période, la colonisation était déjà présente en sa gestion politique et militaire.
L’évangélisation de Gagnoa a -t- elle lieu dans un contexte colonial ?
La pacification coloniale de la région de Gagnoa avait déjà pris fin le 12 décembre 1912, en mettant sous l’éteignoir toutes les poches de résistance à la pénétration française. Ce détail revêt une valeur importante : la colonisation a précédé le mouvement d’évangélisation. Autrement dit, ce sont les colons, depuis longtemps sur place, qui vont offrir l’hospitalité aux premiers missionnaires à Gagnoa. Cette approche bat en brèche cet imaginaire populaire selon lequel les missionnaires adoucissaient les mœurs des populations autochtones pour préparer le lit de la force colonisatrice. C’est en faveur du rapport favorable du père Ezano que la réunion des pères le 07 janvier1924 à Bingerville décida de fonder la station de Gagnoa.
Quels sont les facteurs qui ont milité en faveur du choix de Gagnoa comme une station principale ?
Les raisons sont tridimensionnelles. D’abord, sa situation géographique. L’accessibilité de Gagnoa par l’automobile a été réalisée pour la première fois le 15 juillet 1924 par le Directeur des Huileries de Dervin, futur Blohorn. Gagnoa est une localité carrefour qui donnait accès à différents centres urbains coloniaux : la voie Oumé-Toumodi pour atteindre le train à Dimbokro, était une passerelle pour rallier le port de Sassandra de même que celle de Issia à Daloa. Ensuite, les autochtones Bhété n’avaient pas une propension pour le fétichisme.
Et pour étouffer toute propagande religieuse à caractère mystique, deux indigènes affiliés à une secte de sorciers « homme-panthère » furent exécutés publiquement le 18 mai 1925 par les autorités coloniales devant le camp de garde. Ce fut une méthode de persuasion très extrémiste. Enfin, à cette époque coloniale, Gagnoa avait une population densifiée et diversifiée. En plus de la population locale Bhété, Il y avait tout le contingent Européen lié à la gestion de la colonisation, les opérateurs économiques libano-syriens, les tirailleurs sénégalais, tous les recrues-travailleurs de sous-région. Donc, tout cet ensemble diversifié était déjà un tremplin pour l’évangélisation
Comment s’est-il organisé la mise en place des missionnaires à Gagnoa ?
En application de la décision de Bingerville, deux prêtres ont été choisis pour ouvrir la station nouvellement créée à Gagnoa. Ce sont les nommés pères François Person et Arsène Gandon. Voici leur itinéraire de voyage. Ils sont partis de Jacqueville pour à Abidjan et de là, ils prennent le train jusqu’à Dimbokro. A ce point, ils doivent se résoudre à la force des jambes en passant par Toumodi, Oumé, Tiégba et arrivent à Gagnoa le jeudi 07 février 1924, en traversant par le pont de fortune sur la rivière Guérry. Ces premiers missionnaires furent accueillis par les colons en place.
Dans le cadre de l’installation de la mission, par l’intervention du chef de poste Camille Montastruc, le père Person négocia avec les chefs coutumiers du Barouhio pour l’achat d’une portion de terrain. Antérieurement, le village de Barouhio, se situait sur le site actuel du centre hospitalier régional (CHR), le marché et le centre-ville. Finalement, la négociation aboutit sur cessation des domaines de la cathédrale, du cimetière, du CCRD et ses environs en 1924 aux frais marchands de 600 FCFA. C’est comme cela qu’ils vont s’installer, sur une superficie représentant plus de quatre hectares. Dès lors, sortirent de terre une maison d’habitation des prêtres en avril 1924 et une Eglise-paillotte en mai de la même année.
Quelle fut la réaction la population Bhété face cette nouvelle religion ?
A l’orée de l’évangélisation à Gagnoa, l’Eglise était une affaire des enfants. Ainsi, les cinq plus assidus à la formation chrétienne reçurent le baptême le 12 avril 1925, jour de Pâques. Il s’agissait de Michel Aholio, Marcel Guédé, Joseph Blé, Paul Mabo et Elise Moni. En revanche, les adultes affichaient une attitude de méfiance vis-à-vis des missionnaires. Selon leur entendement, ceux-ci étaient automatiquement taxés être de connivence avec le colonisateur avec tout ce que cela comporte comme contraintes et corvées (les travaux forcés, les impôts de capitation et le portage).
Conséquemment, les parents, à la vue de l’homme-blanc que fut-ce missionnaire, prenaient la fuite pour se réfugier dans la forêt. Malgré les résistances, les hérauts de la Bonne Nouvelle ont fait montre de témérité et de patience dans l’œuvre évangélisatrice. Autour de la pentecôte 1925, va naître une petite communauté catholique, aussi bien des enfants que des adultes. Ainsi, Gagnoa va devenir un centre des activités religieuses.
Quels étaient les rapports de l’église avec la chefferie ?
Il n’y avait pas de rapports conflictuels ouvert entre les missionnaires et les garants de la tradition Bhété. Le respect réciproque fait de civilité en était l’expression visible. Cependant, le verbatif évangélique a buté sur une résistance culturelle. En effet, la mission promeut la renonciation de la polygamie et la scolarisation de la jeune fille à l’école des blancs. Laisser les enfants prendre le chemin de l’école est sous-tendu par une peur de l’occidentalisation de la jeunesse au détriment des us et coutumes et de perdre une main-d’œuvre importante.
Comme solution médiane, les chefs de village commandaient, fut-ce par la force, la scolarisation des fils des subalternes et non les leurs. A l’accession de l’indépendance, c’est l’effet contraire qui s’est produit : ce sont ces mêmes fils de subalternes, déjà biens formés intellectuellement qui bénéficieront des juteux postes professionnelles réservés aux hauts cadres. Et surtout la sensibilisation assurée par le père Robert Atéa a permis la démocratisation de l’école.
Comment l’église a procédé pour l’évangélisation, vu que les populations n’approchaient pas les missionnaires, même s’il n’y avait pas d’animosité ?
Plusieurs méthodes d’approche ont été mises en œuvre pour gagner le cœur des Bhété à Christ. L’évangélisation a consisté à une pastorale de corps à corps à travers la visite accompagnée de catéchèse dans les villages. Au travail d’enseignement à la foi, s’ajoutait la promotion humaine à travers les œuvres de bienfaisance. En effet dans leurs tournées pastorales, les missionnaires emportaient toujours avec eux une boite pharmaceutique à l’effet soulager les malades. « Faut-il sauver d’abord le corps avant de parler du salut de l’âme » soutenaient les missionnaires. Aussi, l’Eglise va-t-elle mettre l’accent sur l’expansion de la pastorale éducative, dans tous villages pour envoyer la jeunesse au Christ.
Pour l’école à Gagnoa, quel rôle a joué l’église ?
Les premières classes ont été ouvertes le 28 décembre 1895 à Grand-Bassam par le père Hamard. Ce système scolaire est mis en place par une volonté politique. En effet, le capitaine Louis-Gustave Binger, premier gouverneur de la Côte d’Ivoire coloniale, sollicite les pères de la Société des missions africaines pour concéder à l’Eglise son service régalien d’éducation. Le colon attendait qu’elle soit le creuset de la vulgarisation de la civilisation française et la formation des cadres subalternes de l’administration coloniale.
A Gagnoa, la scolarisation a débuté tardivement : il fallait attendre après la seconde guerre mondiale, soit 46 ans après la première école catholique de Grand-Bassam pour que toute la région s’intègre timidement dans ce grand mouvement de l’Education. Le lien entre la mission et l’école est indéniable et plus perceptif au niveau structurel. Dans les stations pastorales, là où il y avait une mission catholique, se trouvait à proximité une institution scolaire.
A preuve, dans l’exercice de la fonction enseignante, les missionnaires ne se limitaient pas aux seules disciplines profanes (grammaire, calcul) mais ils mettaient également en relief l’enseignement catéchétique. Si bien que, les premiers convertis au catholicisme étaient venus des entrailles de l’école. En somme, l’école a été une alliée, voire un instrument de la diffusion du christianisme. Dans l’enseignement catholique, à côté des instituteurs Européens, il y avait des moniteurs Africains. Parmi eux, Jean Dacoury-Tabley, le père géniteur de Monseigneur Paul Dacoury. On parle aussi de Monsieur Gnaly Nicolas (père de Tantie Léo ex-animatrice de la Radiodiffusion télévision ivoirienne), Zagbayou Remi, Gomet Joseph et Tiéné Oyoa, etc.
La première école était-elle du primaire ?
Tout à fait. La toute première école du diocèse est l’école primaire sainte Anne de Gagnoa. Le père Pétit rejoint la station de Gagnoa pour s’occuper expressément de l’école. Avec pour main d’œuvre le frère Octave Utmann. La construction de l’école Sainte Anne était au stade de finition. Et octobre 1944, c’était la rentrée des classes. Par la suite, de nombreuses écoles ont vu le jour : NDA Gagnoa, Grand-Lahou et Oumé en 1944 ; Lakota en 1949, NDA Divo en 1950, Kpapékou en 1951. Bayota en 1953, Guitry et Kéhi-Djédjé en 1954.
Puis seront fondés les établissements secondaires : le collège Général Saint François de Oumé en 1958, le Collège Saint Jean en 1962, le collège Enfant Jésus en 1965, le Collège Catholique Roger Duquesne en 1987, anciennement le Petit séminaire Savio Dominique Savio (1958). Le plus illustre des pensionnaires de ce petit clerc est l’ancien chef de l’Etat, le président Laurent Gbagbo. Le professeur émérite de droit René Dégni Ségui et les frères jumeaux professeurs N’da de l’université de Cocody y sont passés également.

Entrer au séminaire, n’est-ce pas pour embrasser les ordres ?
Le séminaire est un espace d’éveil et de discernement de sa vocation en vue du sacerdoce. Donc entrer dans une école cléricale ne signifie pas ipso facto que la prêtrise est donnée sur un plateau d’or. Sur la route qui mène au sacrement de l’ordre, le candidat devrait obéir à des conditionnalités en trois « S » : Savoir (intellectuel), Santé (bonne capacité physique et morale) et Sainteté (des bonnes dispositions spirituelles). Au cours de son cheminement, le discernement aidant et en toute liberté assumée, un séminariste peut changer de cap. C’est-à-dire réorienter son projet de vie vers une trajectoire civile.
Le plus important ici, c’est de maintenir l’exemplarité chrétienne dans sa désormais vie professionnelle, matrimoniale et sociale. Historiquement, le petit séminaire de Daloa a fermé ses portes faute d’effectif en 1950. Car certains jeunes fascinés par les bourses d’études octroyées par le gouvernement, ont abandonné la voie du sacerdoce, dans l’espoir de bénéficier des dividendes de l’indépendance prochaine (1960) en tant que fonctionnaires de l’Etat.
On avance souvent que les reformes culturelles en pays Bhété ont été l’œuvre de Atéa Abbé. Est-ce exact ?
Véritablement. Le père Robert-Toussaint Atéa, ordonné en 1958 et premier prêtre Bhété avait marqué, de la meilleure engrange, la conscience collective des chrétiens de la région de Gagnoa pour son zèle apostolique. D’où le surnom affectif de « Téa l’Abbé ». Un véritable réformateur de la culture. Dans sa pastorale de proximité, Atéa l’Abbé a voulu faire adopter une convergence entre l’évangile et les us et coutumes Bhété (traditions). Ainsi, il a mené une lutte farouche contre certaines dérives sociales considérées comme des points d’achoppement à l’idéal chrétien et à la promotion humaine. Ce sont : la polygamie, la dot surévaluée, le veuvage destructeur pour la femme, et les mortifications corporelles lors des funérailles.
Le révérend Atéa fut un acteur très attentif de la scolarisation. Particulièrement celle de la jeune fille dans un contexte culturel de l’époque où l’école est marquée le sceau de dépréciation et de résistance de la part des parents. Ce fut également un farouche artisan de réconciliation en conduisant des démarches de bons offices entre Gagnoa et Yamoussoukro en 1985. Grâce au courage et à la clairvoyance de l’homme de Dieu, le calumet de la paix été fumé.
Quel bilan peut-on tirer de l’action de l’évangélisation dans l’éducation ?
Dans la configuration actuelle, l’Education diocésaine est représentative de 24 écoles primaires catholiques dans les sept départements administratifs de Gagnoa, Oumé, Divo, Fresco, Grand-Lahou, Lakota et Guitry. S’agissant du secondaire général, sept collèges se trouvent sur le territoire diocésain en deux typologies : d’une part, le CCRD de Gagnoa, le collège Saint François de Oumé et le collège saint Pierre et Paul de Divo à caractère diocésain et d’autre part, le collège saint Jean de Gagnoa, le collège Enfant jésus de Gagnoa, le collège Notre Dame d’Evron de Lakota, d’obédience congrégationniste. Sur plusieurs décennies, les écoles catholiques ont mis à disposition de la société ivorienne une quantité et une qualité de cadres véritablement accomplis spirituellement, citoyennement et humainement, dans des domaines différenciés.
Quelle est la différence entre une école diocésaine et celle congrégationniste ?
Une école diocésaine est une propriété et sous administration de l’évêque du lieu. Tandis que l’école congrégationniste est un établissement privé fondé, dirigé et animé par des religieux, de provenance nationale ou internationale qui vient s’installer dans un diocèse, avec toutes ses œuvres. Par exemple, Mgr Jean-Marie Etrillard, premier évêque de Gagnoa cherchait une congrégation à caractère éducatif pour son diocèse. Après le refus d’intégrer la communauté Française à la conférence de Brazzaville, le président Sékou Touré déclare unilatéralement l’indépendance de la Guinée en 1958 et subséquemment nationalise toutes les écoles religieuses. Les frères du Sacré-Cœur sont donc expulsés de ce pays pour trouver asile en Côte d’Ivoire. Et en 1962, ces frères religieux mettent sur les fonts baptismaux le collège Saint Jean de Gagnoa.
Comment l’école catholique a cohabité avec l’école classique ?
Sur le centre urbain de Gagnoa, l’école catholique Sainte Anne et l’école Régionale, baptisée aujourd’hui du nom de Mme Dagri Diabaté, ont toujours vécu en bonne intelligence, sans animosité aucune. Seulement, ces entités scolaires se vouaient une saine concurrence, s’agissant des résultats aux examens. Il s’agit d’une question de prestige. Depuis ces débuts, l’école catholique avait toujours engrangé de meilleurs scores aux différents examens et c’est toujours cette tradition de réussite qui se perpétue aujourd’hui encore, faisant d’elle un modèle, un label. L’évangélisation a vraiment joué un rôle déterminant dans le label de l’enseignement catholique. Au regard des taux de réussite et doublée d’une discipline, les parents d’élèves se rivalisent d’inscrire leurs progénitures dans nos écoles catholiques.
Cent ans après que devient l’école catholique à Gagnoa ?
Cent ans d’évangélisation, l’école catholique continue d’avancer, allègrement et surement dans les pas des pionniers. L’occasion est combien ô belle pour traduire notre reconnaissance à nos devanciers dans l’enseignement. Merci à ses missionnaires qui ont mis en place ce vaste réseau d’écoles. Merci aux prêtres, religieux et frères enseignants, aux moniteurs et ceux d’aujourd’hui pour leur dévouement, pour le travail abattu parfois dans des conditions difficiles.
La fondation de la majorité de nos installations scolaires remonte d’avant l’indépendance. Et sous l’effet de l’usure du temps, certaines de nos écoles sont dans un état de délabrement avancé. Ici, il se pose la question d’une réhabilitation de ses infrastructures. Devant cette urgence, nous en appelons à une chaine de générosité des cadres de la région, des anciens élèves, de nos écoles, des hommes et des femmes de bonne volonté, pour donner un éclat plus vif et des conditions adéquates d’apprentissage dans nos écoles catholiques.
Peut-on dire que ces enfants sont susceptibles d’être sous votre influence au point d’embrasser la religion catholique ?
Non, c’est un mauvais procès qui nous est fait. Sachez que l’Eglise catholique, dans sa ramification scolaire, est ouverte à tous. En fait, l’école catholique accueille tous les enfants du pays comme des frères et sœurs, sans discrimination du genre, de rang social, de confessions religieuses. Disons-le ouvertement, que l’école n’est pas un lieu de prosélytisme, mais plutôt un cadre pour leur donner la ligne directrice d’un bon citoyen. Quand j’étais directeur au collège Enfant-Jésus, une dame m’avoua qu’ancienne pensionnaire de l’internat de cette école, musulmane pratiquante, elle préfère inscrire ses enfants dans les écoles catholiques. Et c’est à cause de notre qualité enseignante et ce, dans la discipline que d’autres confessions religieuses chrétiennes ou non chrétiennes, y envoient leurs enfants. Aux heures de prières, nous demandons aux autres obédiences religieuses se tenir en état de respect vis-à-vis-de la foi des autres.
Combien de prêtres et évêques sont sortis de l’école cléricale de Gagnoa ?
Le petit séminaire Saint Dominique de Gagnoa a été un vivier de la formation des prêtres, depuis sa création en 1958. Le petit clerc couvrait le premier cycle secondaire c’est-à-dire de la sixième à la troisième. Seize ans plus tard, précisément en février 1970, Abbé Célestin Gnako fut la première gerbe de prêtres, sortie de Saint Dominique Savio. Plus de 120 prêtres lui ont emboité le pas. Les évêques sortis de l’antre de la formation du petit séminaire constituent notre plus grande fierté. Nous nommons Mgr Simon Ziri, évêque émérite d’Abengourou, Mgr Gaspard Béby, évêque auxiliaire d’Abidjan, Mgr Honoré Dakpa Beugré, évêque de Katiola et le tout dernier, celui d’Agboville, Mgr Darius Essandé Ekou. C’est une grande fierté pour nous et pour l’évêque.
Votre archidiocèse compte combien de prêtres ?
L’Archidiocèse de Gagnoa a pour titulaire Mgr Jean-Jacques Koffi Oi Koffi depuis le 8 avril 2025. La compétence territoriale de Gagnoa s’étend aux sept départements administratifs actuels de Lakota, Divo, Guitry, Fresco, Oumé, Grand Lahou et Gagnoa. Dans sa charge pastorale, il peut compter sur 130 prêtres, en activité dans les différentes paroisses et institutions. Aussi, une vingtaine de prêtres sont en dehors du diocèse, qui pour des études, qui pour une mission pastorale.
Etes-vous satisfait du travail accompli dans le diocèse ?
Nous sommes très heureux et réitérons nos remerciements à nos prédécesseurs, qu’ils soient missionnaires blancs de la congrégation des missions africaines, religieuses, chefs d’églises, ou moniteurs locaux qui ont travaillé pour que, nous aujourd’hui soyons les heureux bénéficiaires de l’évangile de Jésus et nous quittions l’obscurantisme de l’ignorance. Je n’oublierais pas les catéchistes, ces indispensables auxiliaires de la mission, ainsi que les bienfaiteurs de l’Eglise. Parmi eux, le patriarche Yacouba Sylla. Cet opérateur économique et transporteur a été d’un soutien inexprimable en assurant les déplacements et déménagements des premiers missionnaires et des religieuses. Et cela, de façon gracieuse.
A Vous écouter, vous semblez fier de l’œuvre réalisée. A croire que tout va bien ?
Nous ne sommes pas Dieu, donc, on peut se tromper. Mais, cela n’empêche que nous sommes très fiers de notre église, parce que c’est une église avec des prêtres de qualité. Les devanciers nous ont laissés un système éducatif, des structures, des paroisses, nous sommes fiers et nous comptons pouvoir continuer. Nous pensons que le centenaire est une étape. Ce n’est pas fait seulement pour regarder en arrière, mais pour regarder l’avenir et construire au mieux ce qu’il y a à venir. Le plus important, c’est que nous entrions dans une nouvelle phase, celle de la nouvelle évangélisation.
La première évangélisation a été le fait des missionnaires blanc. Aujourd’hui, nous sommes autonomes. Il n’y a même plus de prêtres blancs. Nous sommes tous Africains et diocésains. Nous avons le devoir de pouvoir continuer la mission que les anciens nous ont laissée. Si on croise les bras, on aura perdu. Si on te dit que nous allons entrer dans cette grande nostalgie du passé, c’est non. Aujourd’hui, ils nous ont mis entre les mains, l’avenir. A nous de pouvoir tracer un nouveau chemin. Que ce soit dans l’évangélisation, dans l’autonomisation financière, et aussi en personnel, il nous revient de pouvoir créer cette église que nous voulons, en tenant compte de ce que nous sommes, de ce que nous avons, pour que cette église ait plus d’éclat.
(AIP)
dd/fmo
Une interview réalisée par Dogad Dogoui
AIP Gagnoa

