Abidjan, 27 fev 2026 (AIP)-Malgré le retour sain et sauf de plus de 200 enfants enlevés en novembre dernier dans une école catholique à l’ouest du Nigeria, la controverse enfle à nouveau autour des conditions de leur libération, sur fond d’allégations de versement de rançon aux ravisseurs.
Ces accusations ont été fermement rejetées par les autorités nigérianes, qui assurent n’avoir consenti à aucun paiement pour obtenir la libération des écoliers. Leur enlèvement massif avait suscité une vive émotion à l’échelle nationale et internationale, a rapporté vendredi le site d’information de la fédération atlantique des Agences de presse africaines (FAAPA).
Plusieurs médias étrangers évoquent pourtant le versement d’une somme importante au groupe armé Boko Haram, dans un contexte de forte pression de l’opinion publique et d’angoisse des familles. L’attaque visait l’internat de l’école Saint Mary, située dans l’État du Niger, où près de 300 élèves et membres du personnel avaient été kidnappés.
Dans un communiqué officiel, le ministre nigérian de l’Information, Mohammed Idris, a dénoncé des « allégations totalement fausses et sans fondement », estimant qu’elles portent atteinte « au professionnalisme et à l’intégrité des forces de sécurité nigérianes ainsi qu’aux sacrifices qu’elles consentent quotidiennement ».
Selon lui, la libération des otages est le fruit d’un travail approfondi des services de renseignement ayant permis la conduite d’« une opération d’une grande précision ».
Le démenti catégorique des autorités s’inscrit dans le cadre de la législation nationale qui interdit tout paiement de rançon aux groupes criminels ou terroristes. Depuis plusieurs années, le gouvernement fédéral affirme appliquer une politique stricte de non-concession financière, considérant que toute rançon renforce les capacités opérationnelles des groupes armés et encourage la multiplication des enlèvements.
Si la libération rapide des élèves a d’abord été accueillie avec soulagement, des interrogations persistent quant aux modalités ayant permis un dénouement aussi rapide.
Sur la scène politique, plusieurs voix réclament davantage de transparence. Le Parti démocratique populaire (PDP) a ainsi mis en garde contre tout paiement de rançon, soulignant qu’une telle pratique contribuerait à la prolifération des activités criminelles au lieu de les contenir.
Le parti s’appuie notamment sur les chiffres de l’enquête 2024 du Bureau nigérian des statistiques, qui fait état de 2,2 millions de cas de kidnapping et du versement d’environ 2.300 milliards de nairas en rançons entre mai 2023 et avril 2024, une situation lourde de conséquences pour l’image du pays et son positionnement dans les indices internationaux de sécurité.
Le Congrès démocratique africain (ADC) a également averti que tout arrangement financier avec des groupes terroristes irait à l’encontre de la doctrine officielle de l’État et risquerait de compromettre les efforts de lutte contre le terrorisme.
Pays le plus peuplé d’Afrique avec environ 230 millions d’habitants, le Nigeria fait face à une recrudescence des enlèvements de masse, perpétrés par des gangs criminels ou des groupes jihadistes opérant dans des zones reculées. Les populations rurales en sont les premières victimes.
Face à cette montée de l’insécurité, les forces de sécurité ont été placées en état d’alerte maximale sur instruction du chef de l’État. Plusieurs écoles ont été temporairement fermées dans certaines circonscriptions dans le cadre de « mesures de sécurité proactives » destinées à prévenir de nouvelles attaques.
Alors que les autorités défendent la thèse d’une opération sécuritaire réussie sans concession financière, le débat sur l’efficacité et la transparence du dispositif de gestion des kidnappings reste entier dans un pays où ce fléau constitue désormais l’un des principaux défis nationaux.
(AIP)
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