Abidjan, 22 avr 2026 (AIP)- La cigarette continue de séduire une partie de la jeunesse, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation et les risques bien connus pour la santé. Chez les adolescents, l’initiation au tabac ne relève pas uniquement d’un choix individuel. Entre influence des pairs, quête d’identité et banalisation du geste, le mimétisme apparaît comme un moteur puissant de la première consommation de cigarette.
Entre influence sociale et dérive progressive
G. Eric, une vingtaine d’années, déscolarisé, gérant d’un parking à Cocody Angré 7e Tranche, cigarette entre l’index et le majeur, hèle les automobilistes qui stationnent dans « son parking ». Il ne quitte presque pas la cigarette depuis près de six ans.
Il confie avoir commencé à fumer au lycée, au début des années 2020. À l’époque, il évoluait dans un groupe de jeunes où tabac, alcool et drogue faisaient partie du quotidien.
« Ce sont des amis qui m’ont progressivement introduit dans ce monde. Certains étaient des camarades d’école, d’autres du quartier », raconte-t-il.
Ce qui n’était au départ qu’un simple passe-temps s’est rapidement transformé en dépendance, l’entraînant vers d’autres dérives.
« À force de fréquenter ce groupe, je me suis mis à consommer de la drogue. J’ai même connu la prison, pas directement à cause de la cigarette, mais pour des faits liés à ce mode de vie », avoue-t-il.
Aujourd’hui, Eric affirme tenter de reprendre le contrôle. « Je ne mesurais pas les dangers. Depuis ma sortie de prison, j’essaie de me canaliser, même si je fume encore, mais avec modération », dit-il.
À Yopougon Yaoséhi, Kouamé Patrick, du même âge, évoque une autre réalité. Celle de la pression sociale et de la recherche de sensations.
« C’est pour la frime, le fun. Une folie de jeunesse », affirme-t-il, reconnaissant toutefois consommer une dizaine de cigarettes par jour. Il admet également ressentir les effets sur sa santé, notamment lors de la pratique sportive.
Des risques aggravés à long terme
Le tabagisme précoce peut entraîner des conséquences graves et irréversibles à savoir, des troubles de la mémoire et de l’apprentissage, des maladies respiratoires chroniques, le vieillissement prématuré des artères et l’augmentation des risques d’infarctus ou d’Accident vasculaire cérébral (AVC).
« Un fumeur régulier sur deux meurt des suites du tabac. En moyenne, il perd entre 10 et 15 ans d’espérance de vie », alerte le spécialiste en pneumo-phtisiologie au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville, Pr Daix Thomas.
Selon lui, les effets nocifs du tabac apparaissent dès la première bouffée.
« La nicotine atteint le cerveau en seulement sept secondes et provoque une sensation de plaisir artificiel, entraînant rapidement une dépendance, surtout chez les adolescents dont le cerveau est encore en développement », explique-t-il.
Le spécialiste souligne que le tabac agit à la fois sur le cerveau et sur l’organisme. Le monoxyde de carbone réduit l’oxygénation du sang, provoquant fatigue et essoufflement. Les goudrons encrassent les poumons et favorisent les cancers, tandis que les gaz irritants endommagent durablement le système respiratoire.
Au-delà des poumons, les effets du tabac touchent également le cœur, la peau, les dents, les yeux et même la fertilité, souligne-t-il.
Prévenir plutôt que guérir
Face à cette situation, le spécialiste insiste sur l’importance de la prévention. L’accompagnement des jeunes par des professionnels de santé et l’implication des familles sont essentiels pour déconstruire l’image sociale du tabac.
« Il ne suffit plus d’informer. Il faut susciter une véritable prise de conscience et encourager un changement durable de comportement », insiste le praticien.
Il recommande également de proposer aux jeunes des alternatives saines, comme le sport, la musique, le théâtre ou l’engagement associatif, afin de répondre à leurs besoins d’appartenance et de gestion du stress.
Par ailleurs, l’augmentation du prix du tabac demeure, selon lui, l’un des moyens les plus efficaces pour réduire sa consommation chez les adolescents.
Un cadre légal renforcé
La Côte d’Ivoire s’est dotée d’un arsenal juridique pour lutter contre le tabagisme, notamment avec la loi n° 2019-676 du 23 juillet 2019 en complément au décret n° 2012-980 du 10 octobre 2012 portant interdiction de fumer dans les lieux publics et les transports commun, dans les établissements scolaires et universitaires, les centres de santé, les transports publics, les lieux de travail, ainsi que dans les restaurants et boîtes de nuit (hors espaces fumeurs réglementés).
La vente de tabac est également interdite aux mineurs et dans un rayon de 200 mètres autour des écoles et centres de santé. Toute forme de publicité ou de promotion du tabac est interdite, et les emballages doivent comporter des images dissuasives. Les nouveaux modes de consommation, comme la chicha et les cigarettes électroniques, sont soumis aux mêmes restrictions.
Une tendance mondiale en recul, mais des défis locaux persistants
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 1,25 milliard d’adultes dans le monde consommaient du tabac en 2022. Si la tendance mondiale est à la baisse, avec un recul significatif depuis 2000, des défis persistent, notamment chez les jeunes.
En Côte d’Ivoire, la montée du tabagisme chez les adolescents appelle à une mobilisation accrue de tous les acteurs afin d’enrayer ce phénomène préoccupant.
(AIP)
sn/fmo

