Abidjan, 20 avr 2026 — La tuberculose demeure un problème majeur de santé publique en Côte d’Ivoire et dans le monde, avec une charge de morbidité encore préoccupante malgré les efforts de lutte engagés. Cette fiche met en lumière l’ampleur de la tuberculose en Côte d’Ivoire, soulignant que l’enjeu prioritaire demeure l’identification des cas non diagnostiqués afin d’interrompre la chaîne de transmission
Selon le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle de Côte d’Ivoire, le pays enregistre en moyenne plus de 20 000 cas de tuberculose chaque année, avec 21 587 cas détectés en 2025, soit environ 99 cas pour 100 000 habitants . Ces données illustrent la persistance de la maladie et les défis liés au dépistage et à la prise en charge.
À l’échelle mondiale, les statistiques publiées par l’Organisation mondiale de la santé confirment l’ampleur du phénomène, la tuberculose étant la principale cause de décès due à une maladie infectieuse, avec des millions de cas enregistrés chaque année . En Afrique, qui concentre une part importante du fardeau mondial, la maladie continue de toucher des populations vulnérables, dans un contexte marqué par la pauvreté et l’insuffisance de ressources sanitaires.
En Côte d’Ivoire, les données issues du Programme national de lutte contre la tuberculose et validées par l’OMS montrent également une incidence encore élevée, estimée à plus de 130 cas pour 100 000 habitants ces dernières années . Cette situation met en lumière l’urgence de renforcer les stratégies de dépistage précoce et de réduire le nombre de cas non détectés, afin de limiter la propagation de la maladie au sein des communautés.
Une mortalité historiquement élevée et toujours préoccupante
La gravité de la tuberculose se mesure à travers ses statistiques de mortalité. Le professeur Domoua Kouao Médard Serge, enseignant-chercheur, ancien chef du service de pneumo-phtisiologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville et spécialiste du traitement de la tuberculose pulmonaire, a rappelé que, avant l’avènement des traitements antituberculeux, près de 50 % des patients succombaient dans les deux années suivant l’évolution de la maladie. Il s’exprimait le vendredi 3 avril 2026, au siège de l’Alliance Côte d’Ivoire, à Cocody-Djorobité 1, à l’occasion d’une session d’orientation des journalistes consacrée à la tuberculose et aux droits humains.
Il souligne que malgré les progrès réalisés, la tuberculose demeure encore aujourd’hui la première cause de décès parmi les maladies infectieuses à l’échelle mondiale.
Une transmission rapide appuyée par des données chiffrées
Les statistiques de propagation illustrent la facilité avec laquelle la maladie se diffuse. « Un malade atteint de tuberculose non traité peut contaminer entre 10 et 15 personnes par an », explique le professeur.
Il précise également que dans un espace clos et mal ventilé, environ 50 % des particules infectieuses peuvent rester en suspension dans l’air pendant près de 30 minutes , ce qui favorise la contamination des personnes exposées.
Des facteurs de risque mesurables et aggravants
Les données épidémiologiques mettent en évidence plusieurs facteurs de risque majeurs. « Chez les personnes vivant avec le VIH non traitées, le risque de développer une tuberculose active est estimé entre 7 et 10 % par an », indique le spécialiste.
Il ajoute que la proportion de diabétiques parmi les malades tuberculeux est d’environ 31 %, avec un impact négatif sur l’évolution de la maladie et une augmentation du risque de décès .
Révélations statistiques sur la dynamique des nouvelles infections tuberculeuses en Côte d’Ivoire
Dans les nouvelles infections en Côte d’ivoire, les statistiques révèlent 107 cas chez le personnel de santé, 374 cas en milieu carcéral, 91 cas dans les entreprises privées et 83 cas dans les cliniques privées.
Dans le même temps, les capacités de prise en charge se sont renforcées avec 380 centres opérationnels en 2024 contre 137 en 2009. « Cette évolution est significative, mais elle doit être mise en perspective avec le nombre réel de cas attendus », nuance le professeur.
Des milliers de cas échappent encore au système de santé
L’un des défis majeurs reste la sous-détection des cas. « En 2023, sur une estimation de 37 000 cas attendus, seulement 21 877 ont été notifiés. Cela signifie qu’il existe plus de 14 000 cas non détectés », alerte le professeur Domoua Kouao Médard Serge.
Il met en garde contre les conséquences de cette situation en précisant que ces cas manquants peuvent générer plus de 140 000 nouvelles contaminations, compte tenu du potentiel de transmission de chaque malade.

Une population active particulièrement touchée
Les données montrent que la tranche d’âge la plus affectée est celle de 35 à 44 ans. Les hommes sont majoritairement touchés, à l’exception des enfants de 5 à 14 ans où la répartition est équilibrée. Ces chiffres traduisent l’impact socio-économique de la maladie sur la population active.
La montée des formes résistantes complique la lutte
La tuberculose multirésistante constitue un défi supplémentaire. En 2023, sur 1060 cas estimés, seuls 459 ont été détectés. En 2024, 724 cas ont été notifiés, mais seulement 454 ont été effectivement traités.
« L’écart entre les cas détectés et les cas traités favorise la propagation de formes plus graves et plus difficiles à soigner », avertit le professeur.
Un impératif de santé publique fondé sur les chiffres
Face à ces statistiques, le professeur Domoua Kouao Médard Serge insiste sur la nécessité d’intensifier les actions. « Chaque malade dépisté et guéri permet de retirer une source de contamination dans la communauté. À l’inverse, chaque cas non détecté entretient la chaîne de transmission », affirme-t-il.
Plus de 10 millions de cas et 1,2 million de décès dans le monde, selon l’OMS
Selon des chiffres toujours préoccupants publiés par l’Organisation mondiale de la santé, environ 10,7 millions de personnes ont contracté la maladie en 2024, dont 5,8 millions d’hommes, 3,7 millions de femmes et 1,2 million d’enfants, confirmant que la tuberculose touche toutes les tranches d’âge et toutes les régions du monde.

La maladie a causé environ 1,23 million de décès au cours de la même période, dont près de 150 000 chez des personnes vivant avec le VIH, ce qui en fait la première cause de décès due à un agent infectieux unique et la principale cause de mortalité dans cette population
En matière de riposte, environ 8,3 millions de personnes ont été diagnostiquées et mises sous traitement en 2024, soit près de 78 % des cas estimés, avec un taux de succès thérapeutique d’environ 88 % pour les formes sensibles de la maladie.
Toutefois, la tuberculose multirésistante demeure une menace persistante, avec seulement deux patients sur cinq ayant effectivement accès au traitement, ce qui freine les efforts de contrôle de la maladie.
Malgré une baisse modérée des cas estimée à environ 2 % et des décès de l’ordre de 3 %, les progrès restent insuffisants pour atteindre les objectifs mondiaux d’élimination, la majorité des cas et des décès étant toujours concentrée dans les pays à revenu faible et intermédiaire, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est.
Au regard de ces données, la lutte contre la tuberculose passe nécessairement par un renforcement du dépistage, une meilleure prise en charge des patients et une action ciblée sur les facteurs de risque, afin de réduire durablement l’impact de cette maladie.
(AIP)
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