Man, 07 août 2026 (AIP) – Cinquante-sept ans après avoir accueilli la fête tournante de l’Indépendance, Man conserve les vestiges d’infrastructures réalisées ou réhabilitées pour l’événement, dont l’état, la disparition ou la transformation amènent aujourd’hui à s’interroger sur l’héritage de cette politique de développement des villes hôtes.
Une fête nationale au service du développement des villes
Bien avant l’abandon du principe des fêtes tournantes de l’Indépendance, la célébration du 7 août était organisée à tour de rôle dans plusieurs villes du pays. Sous le président Félix Houphouët-Boigny, cette formule visait à accompagner les festivités nationales par la réalisation d’infrastructures et de travaux d’aménagement destinés à moderniser les localités retenues.
En 1969, c’est la ville de Man qui est choisie pour accueillir les cérémonies officielles. Durant plusieurs mois, des travaux sont engagés afin de préparer la cité des 18 montagnes à recevoir les autorités, les délégations venues de l’intérieur du pays ainsi que les nombreux visiteurs attendus pour l’événement.
Près de six décennies plus tard, cette édition demeure l’un des souvenirs les plus marquants de l’histoire contemporaine de la ville.
Quand Houphouët-Boigny attirait les foules
Pour ceux qui ont vécu l’événement, la fête de l’Indépendance de 1969 reste indissociable de la présence du président Félix Houphouët-Boigny.

Rédacteur en chef à la radio communale de Man, Fadiga Mamadou se souvient encore de l’engouement suscité par l’arrivée du premier président ivoirien. « J’ai vu le défilé. Le président Houphouët a été accueilli dans une liesse populaire. Tous voulaient le voir », raconte-t-il.
À l’époque, la venue du chef de l’État mobilise des milliers de personnes. Les populations convergent vers les principaux axes de la ville pour assister aux cérémonies officielles et au défilé. Selon plusieurs témoins, le cortège emprunte la grande voie reliant la gare routière à l’actuelle Place de la paix, où se concentrent une partie des festivités.
L’événement rassemble également des délégations administratives, des groupes culturels et des troupes de danses venues de différentes localités de la région. « Cette fête était l’un des moments forts ici dans notre région avec des délégations et des danses venues un peu partout. C’était la fête, c’était la Côte d’Ivoire culturellement », témoigne Michel Vê Doua, infirmier diplômé d’État à la retraite.
Le marché central, l’une des principales réalisations de 1969
Parmi les ouvrages laissés à Man à l’occasion de cette fête figure le marché central. Avant cette période, les activités commerciales se déroulent sur l’emplacement actuel de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE). Dans le cadre des préparatifs de l’Indépendance, un nouveau marché est construit sur son site actuel.
Pour Fadiga Mamadou, cette infrastructure constitue l’une des retombées les plus importantes de l’événement. « Le premier marché construit en étage à Man a été réalisé en la faveur de l’indépendance tournante accueillie dans cette cité », indique-t-il.
Pendant plusieurs décennies, ce marché accompagne le développement économique de la ville et accueille commerçants et consommateurs venus de toute la région. Mais le 13 avril 1997, un incendie détruit l’infrastructure. Aujourd’hui, un nouveau marché est en cours de construction sur le même site.La disparition de cet ouvrage constitue l’un des exemples les plus visibles des transformations qu’ont connues les réalisations héritées de la fête tournante.
Le stade Léon-Robert, témoin encore debout
Le stade Léon-Robert demeure l’un des rares équipements directement liés à l’édition de 1969 qui continue de servir aux populations.
Selon Michel Vê Doua, l’infrastructure a bénéficié de travaux de mise à niveau avant les festivités. « Le stade que vous voyez aujourd’hui a subi des travaux de mise à niveau à l’occasion de cette fête et le président Houphouët l’a baptisé Stade Léon Robert », explique-t-il.
Avant cette date, l’équipement sportif portait le nom de Parc des sports. Plus d’un demi-siècle après, le stade continue d’abriter les compétitions sportives de la ville ainsi que plusieurs manifestations culturelles et sociales.
Malgré les travaux de réhabilitation réalisés au fil des années, son état reste régulièrement évoqué par les acteurs du sport qui souhaitent une remise à niveau plus importante.

Du CHR aux routes : des ouvrages marqués par le temps
Les témoignages recueillis attribuent également à cette période la construction du Centre hospitalier régional (CHR) de Man, du logement présidentiel ainsi que l’aménagement de plusieurs voies urbaines. À leur mise en service, ces infrastructures participent à la modernisation de la ville et accompagnent son développement administratif, sanitaire et économique.
Toutefois, le temps a modifié le visage de ces réalisations. Le CHR historique de Man a été dépassé par l’évolution des besoins de la population et un nouvel établissement a été construit pour prendre le relais. L’ancien site attend toujours une réhabilitation.
Les routes aménagées à l’occasion de la fête de 1969 ont progressivement subi les effets du temps avant que plusieurs axes ne bénéficient de nouveaux travaux de réhabilitation à partir de la décennie 2010.
Le palais présidentiel, quant à lui, a fait l’objet de plusieurs réhabilitations lors des visites d’État organisées dans la région.
Un héritage qui invite au bilan
Cinquante-sept ans après la fête tournante de l’Indépendance, le bilan des réalisations de 1969 apparaît contrasté.

Le marché central construit pour l’événement a disparu après l’incendie de 1997. Le CHR qui représentait alors une infrastructure majeure a été remplacé par un nouvel établissement. Les routes aménagées à l’époque ont connu plusieurs dégradations avant d’être réhabilitées pour certaines. Le stade Léon-Robert demeure l’un des rares témoins encore en activité de cette période.
Ces évolutions posent la question de la conservation des ouvrages publics et de leur adaptation aux besoins des générations successives. Elles invitent également à revisiter l’expérience des fêtes tournantes qui associaient célébration nationale et investissements structurants dans les villes hôtes.
Pour Fadiga Mamadou, le souvenir de cette époque reste aussi lié à des valeurs qu’il estime importantes pour les générations actuelles. « Je souhaiterais que l’indépendance soit vécue avec beaucoup de patriotisme, de discipline et de civisme, et que les infrastructures mises en place soient respectées », affirme-t-il.
À l’heure où la Côte d’Ivoire célèbre le 66e anniversaire de son accession à l’indépendance, les infrastructures héritées de la fête tournante de 1969 racontent à la fois une page de l’histoire nationale et l’évolution de la ville de Man. Entre ouvrages disparus, équipements toujours en service et réalisations remplacées par de nouvelles infrastructures, cette expérience continue d’alimenter la réflexion sur l’impact durable des investissements publics liés aux grandes célébrations nationales.
(AIP)
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