Réalisé par Mémel Franck AIP Bondoukou
Bondoukou, 21 août 2026 (AIP) – Sur la place où résonnèrent, le 7 août 1971, les cérémonies de la fête nationale de l’Indépendance, le temps a effacé une partie du décor, mais pas les traces d’un événement qui allait durablement transformer le visage de Bondoukou. Cinquante-cinq ans après avoir accueilli le premier président de la République de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, la ville conserve encore l’héritage d’une célébration qui, au-delà de sa portée symbolique, avait servi de catalyseur à d’importants investissements dans les infrastructures et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Une fête nationale au service du développement
Le choix de Bondoukou pour accueillir les festivités nationales de l’Indépendance avait été annoncé en octobre 1970 par le ministre d’État Mathieu Ekra, deux mois après la célébration organisée à Gagnoa, selon une étude de Sontia Victor Désiré Coulibaly, de l’Université Alassane Ouattara, intitulée « La problématique du développement dans les fêtes d’indépendance tournantes : cas de Bondoukou en 1971 et d’Odienné en 1972 ».
Pour l’auteur, cette décision revêtait un caractère stratégique. Cette partie du pays avait jusque-là bénéficié de peu de projets de développement spécifiques, en dehors de ceux inscrits dans les différents plans quinquennaux. L’organisation de la fête nationale devait ainsi permettre d’accélérer la réalisation d’équipements structurants et de répondre aux attentes des populations.
Au-delà de la célébration, l’enjeu était également de réduire le sentiment d’abandon exprimé dans cette partie du territoire et de renforcer son intégration dans la dynamique nationale de développement.
Le jour où Bondoukou devint le centre de la Côte d’Ivoire
Le 7 août 1971, Bondoukou s’était ainsi retrouvée au cœur de la célébration nationale. Félix Houphouët-Boigny avait effectué le déplacement pour prendre part aux festivités organisées à la Place de la République, alors appelée Tribune de l’Indépendance, située en face du nouveau marché.
Vêtu, selon les archives et les témoignages conservés, d’une tenue traditionnelle nafana, symbole de noblesse, qui lui avait été remise par le Bambara Massa de Bondoukou, le chef de l’État avait présidé une cérémonie restée gravée dans la mémoire collective de la cité.
Le site de la célébration était lui-même le symbole d’une ville en pleine transformation. Construit la même année, le marché, devenu au fil du temps le Grand marché de Bondoukou, s’était imposé comme l’un des principaux centres d’activités économiques de la région du Gontougo.
Plus d’un demi-siècle plus tard, ce lieu chargé d’histoire a été frappé par un violent incendie dans la nuit du 12 juillet 2026, un sinistre qui a lourdement affecté les commerçants et porté un coup important à l’activité commerciale locale.
La mémoire de la fête de 1971, conservée notamment par le Musée de Bondoukou, reste ainsi étroitement liée à ce site et à une période où les festivités nationales constituaient également un puissant levier de modernisation pour les villes hôtes.

Eau, électricité et voirie : les premiers signes de la modernisation
La préparation de la fête avait donné lieu à d’importants travaux dans plusieurs secteurs. L’alimentation en électricité avait été renforcée et les principales artères de Bondoukou éclairées, offrant à la ville un nouveau visage et améliorant les conditions de déplacement et de sécurité des populations.
La desserte en eau avait également bénéficié de nouveaux investissements grâce à la réalisation d’ouvrages hydrauliques destinés à renforcer l’approvisionnement des habitants.
Dans le même mouvement, les infrastructures administratives avaient été renforcées avec la construction de résidences destinées au président de la République et au préfet, ainsi que le réaménagement des services des Postes et Télécommunications.
La santé parmi les priorités
Le secteur de la santé avait également bénéficié de cette dynamique d’investissement. L’hôpital de Bondoukou avait fait l’objet de travaux d’aménagement destinés à améliorer ses capacités de prise en charge.
Des équipements sanitaires avaient par ailleurs été réalisés dans plusieurs localités de la zone. Le centre de santé de Sandégué ainsi que les maternités de Téhini et de Doropo figuraient parmi les réalisations destinées à rapprocher les soins des populations et à améliorer notamment la prise en charge de la santé maternelle.
Ces investissements traduisaient la volonté d’étendre les retombées de la fête au-delà du seul périmètre de Bondoukou, en inscrivant l’événement dans une dynamique plus large de développement du Nord-Est ivoirien.

Hôtel, stade et artisanat : une ville appelée à changer d’échelle
La transformation de Bondoukou avait également concerné le tourisme, le sport et l’artisanat. La Société ivoirienne d’expansion touristique et hôtelière (SIETHO) avait ainsi construit l’hôtel « Mont Zanzan », un établissement de 40 chambres doté notamment d’une piscine, d’une salle de conférence et d’un night-club.
Cet équipement devait renforcer les capacités d’accueil de la ville et soutenir son attractivité touristique.
Dans le même élan, le stade Ali Timité avait été construit. Au fil des décennies, l’infrastructure est devenue un repère historique du sport local et un lieu majeur de la pratique du football à Bondoukou.
Selon des témoignages recueillis, le stade avait notamment accueilli une finale de la Coupe nationale entre le Sporting Club de Gagnoa et le Stade d’Abidjan. Interrompue par une forte pluie, la rencontre avait été rejouée au stade Félix-Houphouët-Boigny, à Abidjan, où le Stade d’Abidjan s’était finalement imposé par quatre buts à zéro.
La dynamique de modernisation avait également gagné le secteur de l’artisanat et du développement rural, avec la création d’un quartier artisanal moderne et d’un centre technique rural destiné à accompagner les acteurs du monde agricole. Plusieurs villas résidentielles avaient enfin été construites pour accueillir les officiels et accompagner l’extension urbaine de la ville.

Cinquante-cinq ans après, les traces d’un tournant
La fête nationale de l’Indépendance de 1971 avait ainsi largement dépassé le cadre d’une célébration protocolaire. L’amélioration de l’accès à l’eau et à l’électricité, l’éclairage des principales voies, le renforcement des infrastructures sanitaires et administratives, ainsi que la construction du marché, de l’hôtel Mont Zanzan, du stade Ali Timité, du quartier artisanal, du centre technique rural et de plusieurs résidences avaient contribué à modifier durablement le paysage urbain de Bondoukou.
Cinquante-cinq ans après, certaines de ces réalisations demeurent des repères majeurs de la ville, tandis que d’autres ont disparu ou ont connu de profondes transformations. Leur empreinte reste néanmoins présente dans l’organisation urbaine de Bondoukou comme dans la mémoire de ses habitants.
En accueillant, le 7 août 1971, la fête nationale de l’Indépendance, Bondoukou n’avait donc pas seulement été, le temps d’une journée, le centre de la célébration ivoirienne. La ville était devenue le théâtre d’un vaste chantier de modernisation dont les effets ont continué de se faire sentir bien après le départ des officiels et l’extinction des lampions.
Plus qu’une fête, l’année 1971 demeure ainsi, dans l’histoire de Bondoukou, celle d’un tournant : le moment où une célébration nationale est devenue un instrument de transformation durable d’une ville et de son environnement.
(AIP)
Nmfa/kp

