Bongouanou, 15 août 2026 (AIP) – Le député de la circonscription de Bongouanou sous-préfecture, Andé, Assié-Koumassi et N’Guessankro, Diby Kokora Bernard, entend relayer à l’Assemblée nationale les préoccupations exprimées par les populations lors de la première étape de sa tournée de remerciements et de restitution de son action parlementaire. Dans une interview accordée à l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), l’élu évoque notamment la mévente du cacao, la dégradation des voies, l’emploi des jeunes, l’autonomisation des femmes et la lutte contre l’orpaillage illégal. Il plaide également pour l’évolution du statut administratif de plusieurs localités du Moronou, notamment leur érection en communes, afin de renforcer le développement local.
AIP : Vous venez d’effectuer une tournée dans votre circonscription. Quel était l’objectif principal de cette tournée ?
Diby Kokora Bernard : Je viens effectivement d’effectuer une tournée dont nous avons bouclé la première étape. Elle avait deux objectifs principaux. Le premier était de remercier les populations grâce auxquelles je suis aujourd’hui député. Il était important pour moi d’aller vers elles pour leur exprimer ma reconnaissance.
Le second objectif, puisque nous sommes en vacances parlementaires, était de leur rendre compte des projets de loi que nous avons adoptés à l’Assemblée nationale.
AIP : Quel bilan tirez-vous de ces rencontres avec les populations ?
D.K.B. : Le bilan est positif. Nous avons rencontré des populations enthousiastes qui nous ont accueillis avec ferveur. Cela montre qu’elles ont toujours confiance en leur élu et en leur député. Nous sommes donc satisfaits et fiers de l’accueil qui nous a été réservé.
AIP : Quelles sont les principales préoccupations qui vous ont été exprimées par les populations ?
D.K.B. : De façon globale, la principale préoccupation est la pauvreté et le manque de moyens, particulièrement en milieu rural. La question est de savoir comment aider davantage ces populations.
La mévente des produits agricoles participe à cette situation. Lorsqu’on se rend dans les zones rurales, on mesure véritablement les difficultés auxquelles les populations sont confrontées. Les femmes et les jeunes sont particulièrement concernés.
AIP : Certaines préoccupations vous ont-elles particulièrement marqué au cours de cette tournée ?
D.K.B. : Bien sûr. Ce qui est ressorti de façon générale, c’est la mévente du cacao et, particulièrement, les difficultés liées à la commercialisation du cacao de la campagne passée. C’est la préoccupation majeure exprimée par les populations.
AIP : Quel engagement avez-vous pris à l’issue de ces rencontres ?
D.K.B. : À la reprise des travaux de l’Assemblée nationale en octobre, pour la deuxième session, nous comptons saisir le bureau de l’institution afin que le ministre en charge de l’Agriculture puisse venir nous éclairer suffisamment sur la situation de la filière cacao.
Nous voulons savoir exactement où se situe le problème. Nous ne pouvons pas comprendre qu’un produit dont le prix avait été fixé à 2 800 FCFA le kilogramme se retrouve aujourd’hui vendu à des prix dérisoires.
Bongouanou est une grande zone de production de cacao. Même si le centre de gravité de cette production s’est déplacé au fil des années, nos populations n’ont pas abandonné cette culture. Une grande partie d’entre elles en dépend toujours. C’est donc une préoccupation majeure pour nous, élus de la région.
AIP : Cette tournée a-t-elle permis, selon vous, de renforcer davantage le lien entre l’élu et les populations ?
D.K.B. : Bien sûr. Cette tournée m’a permis de comprendre davantage que mon élection n’est pas tombée du ciel. On sent que la population a besoin de son élu et de son député. Cela s’est manifesté par l’enthousiasme et la ferveur constatés lors de nos différentes étapes. C’est une joie et une fierté pour moi.
AIP : Depuis votre élection, quel bilan faites-vous de votre activité à l’Assemblée nationale ?
D.K.B. : Nous avons déjà parcouru un petit chemin. Nous avons achevé la première session au cours de laquelle 27 projets de loi ont été adoptés. Nous avons notamment voté la loi relative au Plan national de développement (PND), ce qui constitue un acte majeur.
À l’Assemblée nationale, nous appartenons au groupe parlementaire AGI. Lorsqu’un député appartient à un groupe parlementaire, il ne s’exprime pas seulement en son nom. Nous portons donc nos préoccupations à travers notre groupe parlementaire.
AIP : Quels sont les principaux dossiers concernant votre circonscription que vous avez défendus ou que vous souhaitez défendre au Parlement ?
D.K.B. : Certaines préoccupations dépassent ma seule circonscription et concernent l’ensemble de la nation. La question du cacao, par exemple, touche plusieurs régions productrices de Côte d’Ivoire.
Mais, de façon spécifique, dans le Moronou et particulièrement dans ma circonscription, nous allons nous attaquer au problème des voies. C’est une préoccupation majeure. De grandes localités comme Assié-Koumassi et N’guessankro ne bénéficient pas du bitume et, avec la saison des pluies, nous constatons une forte dégradation des voies.
Il y a également le problème récurrent de l’orpaillage illégal. Ce sont des préoccupations que nous entendons porter à la reprise des travaux parlementaires.
AIP : Vous arrive-t-il de consulter les populations avant de défendre certaines questions au Parlement ?
D.K.B. : Oui. Pour certaines questions majeures, nous consultons les populations. Il existe évidemment des sujets pour lesquels nous n’avons pas nécessairement le temps de revenir consulter les populations, mais lorsqu’il s’agit de questions importantes qui engagent la vie de la nation, nous cherchons à recueillir leur avis. C’est tout à fait logique.
AIP : Comment organisez-vous la restitution de vos activités parlementaires auprès des populations ?
D.K.B. : C’était justement l’un des deux objectifs de cette tournée. Le premier consistait à remercier les populations de m’avoir porté à l’Assemblée nationale et le second à leur rendre compte de notre activité parlementaire.
Au cours de la tournée, j’explique les projets de loi que nous avons adoptés afin que les populations disposent également de l’information et comprennent les textes qui seront ensuite promulgués. Lors de la deuxième étape de cette tournée, nous comptons aller encore plus en profondeur dans ces explications.
AIP : Quels sont les prochains dossiers que vous comptez porter à l’Assemblée nationale ?
D.K.B. : Il y a le problème de la filière café-cacao et celui de la dégradation des voies. Mais il existe également une autre préoccupation majeure : l’évolution du statut administratif de certaines grandes localités du Moronou.
Nous souhaitons voir dans quelle mesure le gouvernement peut ériger des localités comme N’guessankro, Andé, Kotobi ou Krégbé en communes. Ce sont de grandes localités qui sont déjà des sous-préfectures. Nous pensons que le gouvernement doit aller plus loin parce que le développement peut partir de ces entités et doit partir de là.
Leur érection en communes pourrait contribuer à booster davantage leur développement. Il est vrai que le Parlement n’a pas directement cette prérogative, mais nous allons porter cette préoccupation afin que les autorités compétentes puissent se pencher sur le cas de ces localités.
AIP : Après cette tournée et au regard de ce que vous avez entendu sur le terrain, peut-on dire que votre action parlementaire est directement guidée par les préoccupations des populations ?
D.K.B. : Tout à fait. Nous prenons en compte les préoccupations des populations de notre circonscription. C’est pour cela que nous avons été élus. Notre rôle est de voir comment défendre les intérêts et les préoccupations de nos populations.
AIP : La mévente du cacao préoccupe aujourd’hui de nombreux producteurs. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?
D.K.B. : C’est un désastre et une situation extrêmement préoccupante. Aujourd’hui, les producteurs sont confrontés à une grande précarité. Ils avaient compté sur le prix de 2 800 FCFA le kilogramme annoncé par le gouvernement.
Certains ont reçu des tickets ou des reçus et, jusqu’à présent, leur cacao n’a pas encore été payé. Ceux qui parviennent à vendre sont parfois contraints d’accepter des prix dérisoires. Nous avons également entendu que les stocks présents dans les magasins seraient pris en compte, mais certains stocks y sont toujours. Il faut donc que le gouvernement nous explique clairement où se situe le problème.
AIP : Quelles conséquences cette situation a-t-elle sur les familles et l’économie locale ?
D.K.B. : Les conséquences sont graves. Au cours de notre tournée, nous avons rencontré des producteurs appauvris et surendettés. C’est une préoccupation qui dépasse d’ailleurs le cadre local pour devenir un problème national.
La situation est particulièrement difficile à l’approche de la rentrée scolaire. Des producteurs qui comptaient sur les revenus de leur cacao se retrouvent sans ressources.
AIP : Au-delà d’une éventuelle audition du ministre en charge de l’Agriculture, quelles démarches pouvez-vous entreprendre pour faire entendre la voix des producteurs auprès des autorités compétentes ?
D.K.B. : Le député est le porte-parole de la population, mais il agit dans le cadre de l’Assemblée nationale. La gestion de la commercialisation du cacao relève du gouvernement. En tant qu’élus, nous pouvons donc interpeller le gouvernement et lui demander d’apporter des solutions.
Nous agissons également à travers notre groupe parlementaire AGI. Nous allons chercher à convaincre le bureau de l’Assemblée nationale de la nécessité d’entendre le ministre en charge de l’Agriculture. Avant de régler un problème, il faut d’abord en connaître précisément la nature. Si le ministre vient devant la représentation nationale pour expliquer où se situe le blocage, nous pourrons ensuite mieux informer nos populations sur les solutions envisagées.
AIP : Au-delà du cacao, comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture dans votre circonscription ?
D.K.B. : C’est également une préoccupation parce qu’on constate un certain découragement. Lorsque les producteurs rencontrent des difficultés pour vendre leur cacao, cela affecte leur motivation à retourner au champ et à investir dans cette culture.
Je pense que si le problème de la commercialisation est réglé, la confiance pourra revenir et les populations seront davantage encouragées à poursuivre leurs activités agricoles.
AIP : L’autonomisation économique des femmes constitue une préoccupation importante. Quelles actions souhaitez-vous promouvoir en leur faveur ?
D.K.B. : Au cours de ma tournée, j’ai encouragé les femmes et les jeunes à se regrouper en associations. Les AVEC constituent aujourd’hui un outil important. Nous avons voté une loi qui permet de mieux encadrer ces organisations afin qu’elles puissent bénéficier d’un accompagnement lorsqu’elles sont bien structurées.
Nous avons déjà contribué à la création d’AVEC dans cinq à six villages et nous voulons poursuivre cette démarche afin que, dans les différents villages, les femmes puissent disposer d’organisations structurées et bénéficier des possibilités offertes par la nouvelle législation.
AIP : En dehors des AVEC, comment faciliter l’accès des femmes au financement, à la formation et aux activités génératrices de revenus ?
D.K.B. : La première étape consiste à les encourager à se regrouper. Individuellement, l’accès au crédit est beaucoup plus difficile. Lorsqu’elles disposent d’associations bien organisées, nous pouvons les accompagner dans leurs démarches auprès des institutions financières afin qu’elles puissent bénéficier de crédits.
AIP : Peut-on envisager la mise en place de projets spécifiques destinés aux associations féminines de la circonscription ?
D.K.B. : Bien sûr. J’ai déjà mené certaines actions et je continue à apporter, dans la mesure de mes moyens, ma contribution à des groupements et associations de femmes.
Mais cette aide individuelle ne suffit pas. C’est pourquoi nous encourageons les femmes à créer des associations dans les villages et les différentes localités afin que nous puissions mieux les orienter et les accompagner vers les mécanismes de financement.
AIP : Quelle place la jeunesse occupe-t-elle dans votre vision du développement de votre circonscription ?
D.K.B. : La jeunesse représente une part très importante de notre population. Son emploi constitue donc une préoccupation majeure. Lorsque les jeunes n’ont pas d’activité, ils peuvent être attirés par certains phénomènes comme l’orpaillage illégal.
Nous encourageons également les jeunes à se constituer en associations et en groupements afin que nous puissions mieux les accompagner vers les mécanismes de financement. Nous avons une trentaine de localités dans la circonscription et il est difficile d’aider individuellement tous les jeunes. L’organisation collective peut faciliter cet accompagnement.
AIP : Quel message adressez-vous aux jeunes qui, faute de perspectives, sont tentés par l’immigration clandestine et les activités illégales ?
D.K.B. : Nous ne pouvons pas encourager les jeunes de notre circonscription à emprunter les voies de l’immigration clandestine et à risquer leur vie. Il vaut mieux rester, travailler la terre ou développer une activité ici plutôt que de partir à l’aventure au péril de sa vie.
Notre préoccupation est de faire en sorte que les jeunes de la circonscription puissent exercer une activité. Concernant les activités illégales, notamment l’orpaillage clandestin, le gouvernement a pris des mesures et nous suivons leur mise en œuvre. L’essentiel reste de créer des perspectives économiques pour la jeunesse.
(Propos recueillis par Soro Adama)
(AIP)
sa/cmas

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