Abidjan, 17 août 2026 (AIP) – Les biais algorithmiques, les erreurs produites par l’intelligence artificielle (IA) et la perte de la dimension humaine constituent trois risques majeurs liés à l’introduction de l’IA dans la justice, a alerté lundi 17 août 2026 à Abidjan l’avocate française Christiane Féral-Schuhl, lors de la leçon inaugurale de la deuxième édition de l’Académie internationale de droit du numérique (AIDN).
La leçon inaugurale, placée sous le thème « La justice à l’ère du numérique », a donné le coup d’envoi de cinq jours d’échanges consacrés aux mutations du secteur judiciaire à l’ère de l’IA, au Centre africain de management et de perfectionnement des cadres (CAMPC) de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody
Placée sous le thème « La justice à l’ère du numérique », la leçon a ouvert cinq jours d’échanges consacrés aux mutations du secteur judiciaire à l’ère de l’IA, à l’Université Félix Houphouët-Boigny et au Centre africain de management et de perfectionnement des cadres (CAMPC).
Me Féral-Schuhl a relevé que la justice algorithmique n’appartient plus à la fiction, citant notamment l’utilisation de systèmes automatisés dans certaines juridictions en Estonie et en Chine, ainsi que le recours croissant à l’IA par des tribunaux et des professionnels du droit dans plusieurs pays.
« La justice algorithmique n’est pas une fiction », a-t-elle affirmé, appelant les professionnels du droit à mesurer les conséquences de cette transformation sur leurs pratiques.
Selon l’avocate, le premier risque tient aux biais contenus dans les données utilisées pour entraîner les systèmes d’IA. Ces biais peuvent conduire à des discriminations lorsqu’ils sont reproduits dans des décisions ou des outils d’aide à la décision.
Elle a notamment évoqué des expériences menées dans plusieurs pays dans les domaines du recrutement, de l’évaluation des risques de récidive ou encore de la détection des fraudes aux prestations sociales.
Le deuxième risque concerne les « hallucinations » de l’IA, susceptibles de produire des références juridiques, des décisions ou des citations inexistantes. Me Féral-Schuhl a cité plusieurs affaires dans lesquelles des professionnels du droit ont utilisé des références générées par l’IA sans en vérifier l’exactitude.
« L’IA est toujours sous le contrôle et la responsabilité de l’utilisateur », a-t-elle insisté, appelant les magistrats et les avocats à vérifier systématiquement les sources produites par les outils d’intelligence artificielle.
Le troisième risque est lié, selon elle, à une perte de la dimension humaine de la justice, notamment lorsque les professionnels se reposent excessivement sur les outils automatisés.
« Notre rôle, avocat, magistrat, c’est d’apprécier la singularité d’un dossier », a-t-elle souligné, estimant que l’utilisation de l’IA ne doit pas conduire à réduire l’activité judiciaire à la répétition ou à l’application mécanique de solutions.
Elle a également mis en garde contre une dépendance des professionnels à un nombre limité de fournisseurs technologiques, susceptible d’affecter leur indépendance, ainsi que contre la tentation de remplacer les collaborateurs débutants et les stagiaires par des outils d’IA.
Face à ces risques, l’avocate a appelé au renforcement de la réglementation, de la formation et de la responsabilité des utilisateurs. Elle a notamment rappelé que les systèmes d’IA utilisés dans le domaine de la justice sont considérés comme présentant des risques élevés dans les cadres réglementaires adoptés en Europe.
La deuxième édition de l’AIDN se déroule du 17 au 21 août 2026 au CAMPC d’Abidjan, autour du thème général « La justice à l’ère de l’intelligence artificielle ». Elle réunit plus de 30 intervenants venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord.
Créée comme une école d’été internationale, l’AIDN réunit chaque année juristes, magistrats, avocats, régulateurs, universitaires et décideurs autour des principales mutations du droit du numérique en Afrique, notamment la protection des données personnelles, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la régulation des marchés numériques. Elle est issue d’un partenariat entre le cadre d’études droit-numérique.cd, l’université protestante de Lubumbashi en République démocratique du Congo et la faculté de droit de l’université Laval au Canada.
Sa première édition s’est tenue en août 2025 à Lubumbashi avec plus de 80 participants. La session d’Abidjan comprend des séances plénières, des conférences thématiques et des ateliers, avant une évaluation des participants, la remise du prix du meilleur mémoire et la délivrance d’attestations de participation et de certificats de compétence.
(AIP)
haa

