Abidjan, 17 août 2026 (AIP) – Les professionnels de la justice doivent conserver la maîtrise des décisions prises avec l’appui de l’intelligence artificielle (IA), afin de prévenir les erreurs, les discriminations et les atteintes aux principes de la justice, a recommandé lundi 17 août 2026 à Abidjan l’avocate française Christiane Féral-Schuhl.
Elle intervenait lors de la leçon inaugurale de la deuxième édition de l’Académie internationale de droit du numérique (AIDN), organisée du 17 au 21 août au Centre africain de management et de perfectionnement des cadres (CAMPC), autour du thème « La justice à l’ère de l’intelligence artificielle ».

Me Féral-Schuhl a relevé que l’IA s’installe progressivement dans les juridictions et les cabinets d’avocats à travers le monde, avec des applications allant du traitement des dossiers à l’aide à la rédaction de documents juridiques.
Elle a notamment cité l’exemple de l’Estonie, où des systèmes automatisés ont été expérimentés pour traiter certaines procédures, ainsi que celui de la Chine, où des dispositifs numériques sont utilisés pour le traitement de litiges en ligne.
« La justice algorithmique n’est pas une fiction », a-t-elle déclaré, estimant que cette évolution impose aux professionnels du droit de s’interroger sur les limites à fixer à l’utilisation de ces technologies.
Selon l’avocate, les principaux risques résident dans les biais algorithmiques, les erreurs produites par les systèmes d’IA et la perte de la dimension humaine de la justice.
Elle a expliqué que les algorithmes reproduisent parfois les biais présents dans les données qui servent à leur apprentissage, pouvant ainsi conduire à des décisions discriminatoires. Elle a cité notamment des expériences dans le recrutement, la détection de fraudes sociales et l’évaluation des risques de récidive.
Me Féral-Schuhl a également attiré l’attention sur les « hallucinations » de l’IA générative, qui peuvent conduire à la production de fausses références juridiques ou de décisions inexistantes.
« L’IA est toujours sous le contrôle et la responsabilité de l’utilisateur », a-t-elle insisté, appelant les avocats et magistrats à vérifier les informations, les textes et la jurisprudence fournis par les outils numériques.
Elle a cité plusieurs affaires dans lesquelles des avocats ou des magistrats ont utilisé des références générées par l’IA sans procéder aux vérifications nécessaires, donnant lieu à des sanctions ou à des procédures disciplinaires.

La conférencière a par ailleurs mis en garde contre une utilisation excessive de l’IA susceptible d’affaiblir l’appréciation humaine des dossiers.
« Notre rôle, avocat, magistrat, c’est d’apprécier la singularité d’un dossier », a-t-elle souligné, rappelant que la justice ne peut être réduite à l’application automatique de solutions issues de données antérieures.
Elle a enfin appelé à renforcer la formation des professionnels du droit, la réglementation et les mécanismes de responsabilité afin d’accompagner l’intégration de l’IA dans la justice.
La deuxième édition de l’AIDN réunit plus de 30 intervenants venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord. Créée en 2025 à Lubumbashi, en partenariat avec l’université protestante de Lubumbashi et la faculté de droit de l’université Laval au Canada, l’académie vise à rapprocher recherche et pratique autour du droit du numérique en Afrique.
(AIP)
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