Abidjan, 20 juin 2026 (AIP) – À l’École primaire publique (EPP) N’Tanouan 4, située au sein du groupe scolaire N’Tanouan Bad, dans la commune d’Abobo, l’établissement offre un visage en souffrance où apprendre relève chaque jour d’un véritable combat.
Les élèves apprennent dans un environnement marqué par l’insalubrité, la dégradation avancée des infrastructures et l’insécurité. Implanté au sein du groupe scolaire N’Tanouan BAD, dans le quartier Sogefiha, cet établissement de six classes accueille 682 élèves encadrés par 18 enseignants, malgré des conditions d’apprentissage particulièrement éprouvantes.

Une école confrontée à une dégradation généralisée
Dès l’entrée, le constat est saisissant. Une importante stagnation d’eau occupe une partie de la cour, transformant l’espace scolaire en un véritable marécage propice à la prolifération des moustiques. Les bâtiments portent les marques de l’usure du temps : toitures endommagées, murs dégradés et clôture partiellement effondrée.
Créée en 1994, l’école n’a jamais bénéficié d’une réhabilitation d’envergure, selon son directeur, Mambo Henri Jean-Jacques, en poste depuis 2023. « Depuis sa création, l’établissement n’a jamais connu de véritables travaux de réhabilitation », déplore-t-il.
Des inondations qui perturbent les cours
Pendant la saison des pluies, la situation devient encore plus préoccupante. L’eau envahit la cour et rend difficile l’accès aux salles de classe.
« Quand il pleut, l’accès devient un risque. Les enfants ne viennent plus à l’école parce que l’eau rentre dans les salles de classe », relate le directeur.
Outre les perturbations des activités pédagogiques, cette stagnation d’eau représente un risque sanitaire pour les élèves et le personnel. Des déchets y sont fréquemment déversés, aggravant l’insalubrité du site. « Il y a des gens qui viennent jeter des ordures dans l’eau. Cela entraîne la prolifération des moustiques. Les enfants tombent malades, tout comme le personnel », ajoute-t-il.
Dans ces conditions, l’école tente de maintenir un minimum de continuité grâce à des initiatives individuelles. Face à l’absence de moyens, le directeur n’hésite pas à mettre la main à la poche pour venir en aide aux élèves malades. « Quand un enfant a de la fièvre, je vais acheter des médicaments à la pharmacie sans demander aux parents », explique-t-il.
Une insécurité persistante aux abords de l’établissement
Faute de sécurité suffisante, l’école ferme ses portes dès 16 heures, alors que les activités pédagogiques devraient se poursuivre jusqu’en fin d’après-midi. « Notre programme va jusqu’à 17h30, mais nous fermons à 16h pour éviter les agressions », précise le directeur.
Selon l’administration, après le départ des élèves et des enseignants, des personnes en situation de marginalité occupent régulièrement les lieux. « À partir de 16h30, les drogués s’installent, fument et occupent la cour de l’école », déplore-t-il.
Cette présence crée un climat permanent de peur. « Nous sommes parfois obligés de négocier avec eux pour qu’ils quittent les lieux, mais souvent ils refusent et nous manquent de respect », ajoute t-il.
Le directeur note que cette situation alimente un climat d’insécurité qui préoccupe aussi bien le personnel éducatif que les parents d’élèves.
L’absence de clôture sécurisée favorise les intrusions. Des individus s’introduisent régulièrement dans l’enceinte de l’école et jusque dans les salles de classe, occasionnant parfois des dégradations et des actes d’incivisme. « Nous avons eu des gens de bonne volonté qui ont mis des grilles, mais là où il n’y a plus de protection, les individus viennent désormais dans les salles », dit-il.
Face à cette réalité, l’administration se retrouve parfois contrainte d’assurer des tâches dépassant largement ses missions. « Des individus mal intentionnés s’introduisent régulièrement dans l’école pour y faire leurs besoins, jusque dans les salles de classe et sur les chaises des enseignants. Pour accéder aux locaux, ils n’hésitent pas à forcer ou à endommager les portes. Une situation qui oblige le personnel enseignant à se substituer aux agents d’entretien. Je suis souvent contraint d’aider mes collaborateurs à nettoyer les salles avant la reprise des cours, faute de moyens pour rémunérer des ménagères », assure Mambo Henri Jean-Jacques.
Des installations sanitaires insuffisantes
La cantine et les toilettes illustrent à elles seules la dégradation avancée de l’établissement. « Les toilettes sont bouchées depuis des années. Nous faisons des efforts, mais cela ne suffit pas », regrette le directeur.

Sur les douze toilettes que compte l’école, seules quatre sont encore fonctionnelles. Cette insuffisance complique le quotidien des élèves et accentue les problèmes d’hygiène dans un environnement déjà fortement dégradé.
« Lorsque les installations sont occupées, certains élèves n’ont parfois d’autre choix que de se soulager à même le sol des toilettes, aggravant l’insalubrité générale et exposant les enfants à des conditions indignes », souligne le directeur.
Des appels à l’aide restés sans suite
Selon le directeur, plusieurs courriers ont été adressés aux autorités compétentes. « On a écrit à la mairie. Ils sont venus, ils ont pris les photos, ils ont dit qu’ils reviendraient mais rien (…). En 2025-2026 aussi, nous avons encore écrit à notre DRENA-ET qui ne nous a toujours pas donné de réponse favorable », regrette- t-il.

Malgré les constats effectués sur le terrain, la situation de l’EPP N’Tanouan 4 demeure inchangée, suscitant incompréhension et désarroi au sein de l’équipe éducative. Pourtant, les besoins de l’école sont clairement identifiés et urgents. Le directeur lance un appel aux autorités compétentes pour sauver l’établissement. « L’urgence, c’est d’abord l’eau qui ne s’écoule pas normalement dans la cour de l’école, ensuite la sécurité et enfin la dotation de l’établissement en personnel », plaide t-il.
Le COGES en appelle à la survie de l’école
De son côté, le Comité de gestion des établissements scolaires (COGES) souligne également que les ressources mises à sa disposition ne permettent pas de répondre à l’ampleur des besoins. Son représentant, Abia Juste relève que les parents d’élèves ne sont plus autorisés à lever des cotisations supplémentaires pour faire face aux difficultés de l’école.

« Aujourd’hui, c’est l’État qui met les fonds à la disposition du COGES. Il est formellement interdit de demander une cotisation aux parents d’élèves pour assurer le fonctionnement de l’école ou le bien-être des enfants et des enseignants. Nous faisons ce que nous pouvons avec les ressources limitées dont nous disposons. Nous réparons quelques tables-bancs, nous essayons d’entretenir les toilettes, mais les fonds disponibles sont loin de suffire pour résoudre les nombreux problèmes que connaît l’établissement », déplore t-il.
Face à cette restriction, le Comité mise sur la solidarité. « Nous lançons des appels aux bonnes volontés qui souhaitent apporter leur contribution. Ces aides se font sur une base volontaire », poursuit M. Abia. Il souligne que la situation est aggravée par l’effectif élevé des élèves accueillis dans un environnement fortement détérioré.
« Les difficultés sont visibles. Le nombre d’élèves est pléthorique et les enseignants comme les enfants travaillent dans des conditions éprouvantes. Il suffit de regarder le cadre dans lequel ils évoluent pour comprendre l’ampleur du problème », soutient le représentant des parents d’élèves.

Selon lui, l’état de dégradation des infrastructures, l’insécurité et les problèmes d’assainissement constituent autant de défis qui compromettent les conditions d’apprentissage et de travail au sein de l’établissement. « Ne laissez pas mourir l’école, car c’est le temple du savoir », supplie Abia Juste.
L’école des épreuves : de la détresse à la résilience
Malgré les nombreuses difficultés, l’EPP N’Tanouan 4continue d’enregistrer des résultats scolaires encourageants.
« Nous ne sommes jamais en dessous de 50%. Cette année, nous avons atteint 90% de réussite à l’entrée en Sixième », se réjouit le directeur qui impute cette performance à l’engagement des enseignants et à la détermination des élèves.
Cette performance, obtenue dans des conditions d’apprentissage préoccupantes, reflète la résilience d’une communauté éducative refusant d’abandonner ses élèves. Le corps enseignant poursuit sa mission avec persévérance, dans l’espoir de voir un jour l’établissement bénéficier des investissements nécessaires pour offrir aux enfants un cadre d’étude plus sûr et plus digne.
À l’EPP N’Tanouan 4, l’école ne se limite plus à ses murs fissurés ou à ses salles dégradées. Elle incarne aujourd’hui un appel, celui d’enfants qui continuent d’apprendre malgré l’eau stagnante, l’insécurité et l’insalubrité.
(Reportage réalisé par Awa Diaby)
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Encadré 1 : L’EPP N’Tanouan 4 en chiffres
Créée en 1994 par M. Djoman, l’EPP N’Tanouan 4 est intégrée au groupe scolaire N’Tanouan BAD et relève de l’Inspection de l’enseignement préscolaire et primaire (IEPP) d’Abobo Agbékoi. L’établissement s’étend sur une superficie d’environ 600 m² et compte six salles de classe fortement dégradées, pour 682 élèves encadrés par 18 enseignants.Malgré des conditions d’apprentissage difficiles marquées par l’insalubrité, l’insécurité et la vétusté des infrastructures, l’établissement continue d’assurer sa mission éducative auprès des enfants du quartier.
Encadré 2 : Le COGES lance un appel à la solidarité
Face à l’ampleur des difficultés, le Comité de gestion de l’établissement scolaire (COGES) affirme ne plus disposer de marges de manœuvre suffisantes pour répondre aux besoins de l’EPP N’Tanouan 4. Selon son représentant, Abia Juste, les parents d’élèves ne peuvent plus être sollicités pour des cotisations exceptionnelles, les ressources du comité provenant essentiellement des fonds mis à disposition par l’État. « Nous réparons quelques tables-bancs et essayons d’entretenir les toilettes, mais les moyens restent très limités face aux nombreux problèmes de l’établissement », explique-t-il. Le COGES en appelle ainsi aux autorités, aux entreprises et aux personnes de bonne volonté afin de soutenir l’école confrontée à des défis d’assainissement, de sécurité et de réhabilitation des infrastructures.
Encadré 3 : 90 % de réussite malgré l’adversité
Malgré les difficultés liées à l’insalubrité, à l’insécurité et à la dégradation des infrastructures, l’équipe pédagogique de l’EPP N’Tanouan 4 continue d’enregistrer des résultats encourageants. Selon le directeur, Mambo Henri Jean-Jacques, les performances scolaires demeurent satisfaisantes grâce à l’engagement des enseignants. Le taux de réussite 90% cette année à l’examen du CEPE et de l’entrée en Sixième témoignede la résilience de la communauté éducative et de la détermination des élèves à poursuivre leur scolarité en dépit des conditions de travail et d’apprentissage particulièrement difficiles.
Encadré 4 : Abobo, une commune à forte densité démographique
Abobo est l’une des communes les plus peuplées du district autonome d’Abidjan et de la Côte d’Ivoire, comptant 1 340 083 habitants, selon les données du 5e Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2021). Elle se positionne au 2e rang des communes les plus peuplées, derrière Yopougon et devant Cocody. Avec une superficie d’environ 90 km², Abobo occupe le 3e rang des communes d’Abidjan en termes d’étendue territoriale, après Yopougon (environ 153 km²) et Cocody. Cette configuration en fait la commune la plus densément peuplée de la métropole abidjanaise. Cette forte pression démographique contribue à des défis importants en matière d’infrastructures sociales, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’assainissement.
Le quartier Sogefiha est un ensemble immobilier historique construit par l’État à travers la Société de Gestion Financière de l’Habitat (SOGEFIHA), dans la seconde moitié des années 1970. Contrairement à la majorité des zones d’habitat spontané de la commune, cette cité initialement planifiée compte 1 596 à 1 775 logements économiques et se caractérise par une forte densité urbaine. Elle se situe à environ 3 km d’Abobo-Gare, en plein cœur de la commune populaire.
(AIP)
ad/cmas

