Abidjan, 12 mai 2026 (AIP)- Le chercheur senior au Centre international de développement et au Centre des études africaines de l’Université Harvard, Dr Gomez G. Agou a appelé à une transformation profonde des économies africaines pour répondre durablement au chômage massif des jeunes, estimant que les politiques actuelles reposent sur des erreurs d’analyse qui aggravent la crise.
Dans une tribune consacrée à la presse africaine francophone, le chercheur souligne que près de 12 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail africain, alors qu’environ trois millions seulement d’emplois formels sont créés, laissant un déficit annuel de neuf millions de jeunes sans emploi stable.
Face à cette situation, Dr Agou met en avant plusieurs solutions structurelles pour corriger ce qu’il considère comme les principales erreurs des politiques publiques africaines.
Selon lui, la première erreur consiste à croire que la seule croissance économique suffira à absorber le chômage des jeunes.
Il préconise plutôt une transformation de la structure économique africaine, dominée par les secteurs extractifs et les services peu exportables, vers une industrialisation capable de créer massivement des emplois formels.
Le chercheur recommande notamment le soutien aux secteurs prioritaires, la protection temporaire des industries naissantes et l’utilisation des commandes publiques pour stimuler la production locale, à l’image des stratégies adoptées par des pays comme la Corée du Sud, le Vietnam, la Malaisie ou encore le Bangladesh.
La deuxième erreur relevée concerne l’idée selon laquelle le chômage des jeunes résulterait principalement d’un déficit de formation.
Pour Dr Agou, la priorité ne doit pas être uniquement la multiplication des centres de formation, mais surtout la création d’un tissu industriel et d’entreprises capables d’absorber les diplômés.
« Construire des écoles sans construire des usines », soutient-il, revient à former des jeunes sans perspectives réelles d’emploi.
Concernant la troisième erreur, relative à la promotion excessive de l’entrepreneuriat comme solution unique, le chercheur estime que celui-ci ne peut produire des résultats durables sans un véritable écosystème industriel.
Il explique que les petites entreprises prospèrent généralement grâce à l’existence de grandes industries, d’un marché structuré et de mécanismes de financement adaptés.
Dr Agou plaide également pour une exploitation concrète de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qu’il considère comme une opportunité majeure pour bâtir un marché intégré de 1,4 milliard de consommateurs et soutenir l’industrialisation du continent.
Le chercheur alerte enfin sur les conséquences sociales et sécuritaires de l’inaction, évoquant les migrations clandestines, les recrutements par des groupes armés et les mouvements de protestation de jeunes observés dans plusieurs pays africains en 2025.
(AIP)
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