Abidjan, 27 oct 2026 (AIP) – À chaque rentrée scolaire, les cartables, cahiers, stylos et autres fournitures distribués gratuitement aux élèves témoignent d’un élan de solidarité en faveur de l’éducation en Côte d’Ivoire. Pour les familles confrontées aux dépenses de la rentrée, ces dons représentent un appui appréciable. Mais une question demeure : comment faire en sorte que cette aide, parfois massive, réponde durablement aux besoins des enfants et contribue effectivement à de meilleures conditions d’apprentissage ?
Derrière les cérémonies de remise de kits scolaires et les chiffres annoncés, se dessine l’enjeu de l’utilisation de ces ressources, de leur répartition entre les bénéficiaires et de leur adéquation aux exigences de l’école.
Car distribuer des fournitures ne consiste pas seulement à remettre un cartable ou un lot de cahiers. Il s’agit aussi de permettre à chaque enfant de disposer, au moment opportun, du matériel nécessaire pour suivre les enseignements dans des conditions satisfaisantes.
Pour les ménages modestes, la rentrée scolaire concentre plusieurs dépenses. Aux fournitures s’ajoutent les uniformes, le transport, la cantine et, selon le niveau d’études, les manuels ou autres supports pédagogiques. Dans ce contexte, un kit gratuit peut alléger les charges du foyer et permettre aux parents de consacrer une partie de leurs ressources à d’autres besoins essentiels.
L’utilité de cette aide dépend toutefois de sa pertinence. Des cahiers en quantité suffisante, des fournitures adaptées au niveau scolaire et des manuels conformes aux programmes répondent davantage aux besoins des élèves qu’un ensemble de matériels dont l’usage n’est pas assuré.
Une mobilisation à grande échelle
En Côte d’Ivoire, la distribution gratuite de fournitures scolaires occupe une place importante dans la politique de soutien aux familles.
Pour l’année scolaire 2026-2027, le gouvernement a annoncé la distribution de 5 081 262 kits scolaires dans les écoles primaires publiques, selon une communication du ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique publiée à l’occasion de la rentrée scolaire.
Une autre communication gouvernementale, datée du 21 septembre 2026, fait état de 5 421 200 kits à distribuer au titre de la même année scolaire. La différence entre ces deux chiffres appelle une clarification du périmètre de chaque annonce, notamment en ce qui concerne les catégories d’établissements et les bénéficiaires concernés.
Les données gouvernementales rapportées dans le bilan de cette politique font état de 4 116 957 kits distribués au cours de l’année scolaire 2024-2025 et de plus de 4,3 millions prévus pour 2025-2026. Entre 2011 et 2025, près de 57 millions de kits auraient ainsi été distribués, pour un montant cumulé de 147 milliards de francs CFA.

Ces chiffres traduisent l’ampleur d’un dispositif installé dans la durée. À côté de l’État, les collectivités territoriales, les fondations, les associations et les donateurs privés contribuent également à cet effort.
À Abobo, dans le district autonome d’Abidjan, le conseil municipal a distribué, le 23 septembre 2026, 65 000 kits scolaires aux élèves des écoles primaires publiques et confessionnelles de la commune. La valeur annoncée de cette dotation s’élève à 322,86 millions de francs CFA. Selon la maire Kandia Camara, cette opération prolonge une initiative qui avait permis la distribution de 60 000 kits lors de la rentrée précédente.
Le 24 septembre 2026, la Fondation Children of Africa, présidée par la Première dame, Dominique Ouattara, a également lancé une campagne nationale portant sur 15 000 kits scolaires. Les dons comprennent notamment des cartables, des livres de soutien et diverses fournitures. L’opération s’accompagne d’autres appuis aux établissements, notamment des équipements pour les cantines scolaires et du mobilier pour les enseignants.
L’importance de ces interventions soulève néanmoins une question de fond : comment apprécier leur efficacité au-delà des quantités distribuées et des montants mobilisés ?
L’équité, un enjeu central
La multiplication des initiatives ne garantit pas, à elle seule, une répartition équitable des fournitures. Lorsque plusieurs organisations interviennent auprès des mêmes établissements, des doublons peuvent survenir, tandis que des écoles éloignées ou moins visibles risquent de recevoir moins d’appuis.
Pour éviter ces déséquilibres, la connaissance des besoins locaux constitue un levier essentiel. Les services éducatifs, les collectivités territoriales, les établissements et les associations de parents d’élèves pourraient contribuer à établir, avant chaque rentrée, un état des besoins par école et par niveau d’enseignement.
Une telle démarche permettrait de mieux identifier les enfants qui nécessitent une assistance prioritaire, de limiter les distributions répétées aux mêmes bénéficiaires et d’adapter le contenu des kits aux programmes scolaires.
Les critères de sélection doivent également être transparents. L’objectif est que les fournitures parviennent en priorité aux élèves qui en ont besoin, sans que leur accès dépende uniquement de la présence d’un donateur dans leur localité ou de la visibilité d’un établissement.
La qualité du matériel mérite, elle aussi, une attention particulière. Les besoins d’un élève du cours préparatoire ne sont pas ceux d’un collégien ou d’un lycéen. Une distribution efficace suppose donc de tenir compte des disciplines enseignées, des prescriptions officielles et des fournitures réellement nécessaires.
Pour l’année scolaire 2026-2027, le gouvernement a annoncé une liste unique nationale des manuels scolaires et supports didactiques, une mesure destinée notamment à mieux encadrer les références utilisées et à contribuer à la maîtrise des dépenses des familles. L’alignement des dons sur les prescriptions officielles pourrait ainsi limiter les achats inutiles et le gaspillage.

Des fournitures qui ne suffisent pas à faire une école
L’efficacité des dons se mesure aussi à la lumière des autres conditions dans lesquelles les enfants apprennent.
Un cartable neuf ne remplace ni une table-banc, ni une salle de classe adaptée, ni un encadrement pédagogique suffisant. L’accès à l’eau, à l’assainissement, à la cantine et au transport peut également peser sur la fréquentation scolaire et les conditions de travail des élèves.
Pour la rentrée 2026-2027, le gouvernement a annoncé la prévision de 75 000 tables-bancs destinés aux écoles primaires et secondaires publiques, en complément de la politique de distribution des kits scolaires.
Cette complémentarité rappelle que la qualité de l’éducation dépend d’un ensemble de facteurs. Les fondations, associations et autres donateurs peuvent apporter une contribution utile en soutenant les bibliothèques, les cantines, l’équipement des établissements ou l’accompagnement des enfants particulièrement vulnérables.
Encore faut-il distinguer les équipements annoncés de ceux effectivement livrés et utilisés. Un suivi régulier permettrait de documenter les réalisations, de repérer les besoins non couverts et d’orienter les interventions futures.
De la distribution au suivi des résultats
Le passage d’une logique de distribution à une logique de résultats constitue ainsi un défi majeur pour les acteurs de la solidarité scolaire.
Un diagnostic préalable, des critères d’attribution clairement définis et une coordination entre les différents intervenants offriraient une meilleure visibilité sur les besoins. À ces mesures pourrait s’ajouter un bilan annuel précisant les quantités distribuées, les établissements bénéficiaires, les ressources engagées et les difficultés rencontrées.
Ce suivi devrait également chercher à apprécier l’utilisation effective des fournitures et les éventuelles améliorations observées dans les conditions d’apprentissage. Les effets sur l’assiduité ou les résultats scolaires ne pourraient toutefois être établis qu’à partir de données fiables permettant de les évaluer.
Des partenariats pluriannuels entre donateurs, établissements et collectivités pourraient enfin favoriser un accompagnement mieux adapté aux difficultés qui se prolongent au-delà de la rentrée.
La distribution gratuite de fournitures scolaires demeure une réponse utile aux charges supportées par de nombreuses familles ivoiriennes. L’ampleur des dispositifs publics et la mobilisation des collectivités et des fondations témoignent de l’importance accordée à cet effort de solidarité.
Mais, derrière chaque kit remis, se pose une exigence : celle de faire parvenir à chaque enfant le matériel dont il a réellement besoin et de l’inscrire dans un environnement favorable aux apprentissages. C’est à cette condition que la solidarité scolaire pourra dépasser le temps des cérémonies de remise pour contribuer durablement à une éducation inclusive, équitable et de qualité, conformément à l’Objectif de développement durable 4.
(AIP)
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